Confessioniim lib. III. caji. vi
'2. Ibkl. lib. V, cap. xi.
3". Ibid. lib. VI, cap. xi.
i. Ibid. lib. VI, cap. x, .
parfaite, plus éclatante et plus étendue, dans outes les parties de l'univers. Elle était d'une autre espèce et entièrement différente de lalumière ordinaire . Elle n'était poi nt au-dessus de mon esprit comme l'huile est au-dessus de l'eau, et le ciel au-dessus de la terre, mais elle étaitau-dessusde moi-même comme m'ayant donné l'être, et j'étais au-dessous d'elle comme ayant été créé par elle. Celui qui connaît la vérité connaît aussi cette lumière, et celui qui connaît cette lumière, connaît aussi l'éternité; et c'est la charité qui la fait connaître. 0 éternelle vérité ! ô véritable charité! ô chère éternité! C'est yous quiètes mon Dieu, et c'est pour vous que je soupire jour et nuit. Aussitôt que je commençai à vous connaître, vous m'ouvrîtes les yeux pour me faire voir qu'il y avait des choses qui pouvaient tomber sous l'inteUigence humaine, mais que je n'étais pas encore capable de les entendre. Et vos regards furent si clairs et si pénétrants, que la faiblesse de ma vue ne pouvant les soutenir, je fus avec tremblement touché d'amour et de crainte, et trouvai que le péché qui avait presque effacé votre image dans mon âme, m'avait tellement éloigné de vous, que je n'entendis que comme d'un heu fort élevé au-dessus de moi cette voix par laquelle vous me disiez : « Je suis la nourriture des forts. Croissez, et puis vous me mangerez. Yous ne me changerez pas néanmoins en votre substance, comme il arrive en la nourriture corporelle; mais ce sera vous qui serez changé en moi. »
(( Je connus alors que vous châtiez les hommes à cause de leurs péchés, et que par cette raison vous aviez rendu mon âme plus sèche qu'une toile d'araignée, selon la parole du Prophète. Ce qui me fit dire en moi-même :
Ja vérité n'est-elle donc rien, parce que je ne la vois point se répandre dans aucun espace ni fini, ni infini? Et vous me répondîtes en criant comme de fort loin : « Tant s'en faut qu'elle ne soit rien, que c'est moi qui suis celui qui est. » Cette voix que j'entendis intérieurement dans mon cœur, fit cesser de telle sorte tous mes doutes, que j'aurais été capable depuis ce moment de douter plutôt si j'étais en vie, que de douter s'il y a une vérité qui se voit par l'œil de rintelligence, et reluit dans toutes les créatures visibles * . )>
Délivré ainsi de l'odieuse chaîne qui le retenait loin du sein nourricier de la philosophie, guéri de ce désespoir d'arriver à la vérité, qui est la nourriture de l'âme^, Augustin rend grâce aux Platoniciens. Car il pourra donc être heureux, puisqu'il pourra connaître le vrai.
Et méprise étrange! Augustin confond d'abord dans le même respect, dans le même élan de gratitude les Académiciens et les Platoniciens, attribuant aux maximes de l'Académie un sens ésotérique et secret qu'il distingue profondément de ses enseignements publics.
«Non, non, pas même en me jouant, jamaisje n'oserais attaquer les Académiciens. Effectivement, comment d'aussi grands hommes exerceraient-ils sur moi tant d'autorité, si je n'étais persuadé qu'ils ont été doués de tout autres sentiments que ceux que leur prête le vulgaire? Je les ai imités autant que j'ai pu. bien plus que je ne les ai réfutés, ce dont je suis absolument incapable. Ils me semblent en effet s'être accommodés aux besoins de leur temps, en dérivant sous d'épais et ombreux
1. Confpssionnm V\h. VIT, cap. x. CC. TieCivUnto Dri. lib. X, cap. ii. 'J . Ejii*!t. I, Hf'rnKxjenutno (38(>j.
buissons les eaux pures du Platonisme alin de les faire servir au rafraîchissement de quelques âmes d"élite; au lieu de les laisser s'échapper dans la plaine, où d'immondes animaux en auraient troublé le Umpide courant. Car le moyen de ne pas assimiler aux betes les hommes qui aftiiment que Tàme est corporeUe '? »
Augustin juge d'ailleurs opportun de rendre à leur libre cours les eaux fécondantes du Platonisme. G'e.-t pourquoi il croit nécessaire de combattre la doctrine vulgaire de l'Académie^ qui, voisine de la doctrine stoïcienne, soutient qu'il n'y a point de certitude ; que le sage ne doit jamais accorder son assentiment, mais qu'à défaut de la science, il faut suivre l'opinion, et dans notre ignorance invincible du vrai, nous attacher au vraisemblable et au probable.
Et d'abord, saint Augustin le remarque avec à-propos. 11 y a dans cette doctrine académique du doute, du vraisemblable, du probable, une flagrante contradiction ^. En effet, comment douter, sinon parce qu'on entend ce que c'est que la vérité? Comment douter, sinon parce qu'entendre le vrai, c'est être certain de cela même qu'on entend? Comment, en un mot, juger du vraisemblable sinon par le vrai, et du probable sinon par le certain ?
uLa règle suivante est infaillible : quiconque comprend qu'il doute, comprend le vrai, et est certain de cela même qu'il comprend; il est donc certain du vrai. Donc quiconque doute s'il y a une vérité, a en lui-même