‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 79 sur 318 · Ibid., lib. I, cap. iv · texte numérisé non relu

Ibid., lib. I, cap. iv

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que solide, jeté comme en passant. Augustin a des arguments bien autrement profonds pour distinguer l'art de l'imitation, et le beau que l'art exprime de l'agrément que nous goûtons dans le beau.

ce Si je demande à un architecte, écrit-il, pourquoi, après avoir construit un arc, il se propose de construire en regard un arc pareil, il répondra, je crois, que c'est afin que les parties de l'édifice soient symétriques. Si j'insiste et que je lui demande pourquoi il recherche cette symétrie, il dira qu'elle est convenable, qu'elle est belle, qu'elle recrée le spectateur; sa réponse n'ira pas au delà. Car, courbé vers la terre, il s'en rapporte à des yeux de chair, et ne comprend pas à quoi son œuvre est suspendue. Pour moi, je ne cesserai pas d'avertir l'homme intérieur, d'apprendre au spectateur invisible pourquoi cette symétrie lui plaît, afin qu'il ose être juge du plaisir même qu'il éprouve. En effet, il est supérieur à ce plaisir et n'en dépend point, puisque ce n'est pas d'après ce plaisir qu'il juge, mais qu'il juge ce plaisir même. Et d'abord, je lui demanderai si les choses sont belles parce qu'elles plaisent, ou si elles plaisent parce qu'elles sont belles. Et sans doute il me répondra qu'elles plaisent parce qu'elles sont belles. Je lui demanderai ensuite pourquoi elles sont belles, et s'il hésite, je lui suggérerai que cette beauté tient sans doute à la simiUtude des parties et à la convenance qui les ramène à l'unité. Cela une fois entendu, je lui demanderai si cette unité même, vers laquelle conspirent ces parties, est pleinement réalisée par ces parties, ou plutôt si elles n'en sont pas infiniment éloignées, n'en présentant en quelque façon que le fantôme. S'il en

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est ainsi, je le prierai de me dire par où il aperçoit cette unité, et d'où il l'aperçoit; car, s'il ne la voyait pas, d'où saurait-il que les corps en offrent quelque image, quoique une image affaiblie... A coup sur, ce n'est point par les yeux du corps que nous voyons cette unité, attendu que les yeux du corps ne voient rien que de corporel; c'est donc par l'esprit qu'elle est perçue. Mais où la voyons-nous? Si c'était dans le lieu où se trouve présentement notre corps, celui qui, en Orient, juge comme nous de la symétrie des corps, ne verrait pas cette unité. Ainsi, elle n'est pas contenue dans un lieu; et comme elle est présente en tout lieu, à tout entendement, elle n'est nulle part dans l'espace, tandis qu'en puissance elle est partout ^ »

En un mot, la beauté physique n'est belle que par la beauté intellectuelle qu'y découvre l'esprit. Vainement elle charmerait les sens, si l'intelligence est offensée. L'agréable, encore une fois, n'est pas le beau. De même, le beau qui est par soi-même, diffère du convenable, qui est relatif à autre chose ^. A travers les informations des sens, c'est l'esprit qui déclare et qui goûte le beau.

c( Qu'un histrion exécute une danse, comme ses gestes sont une expression pour qui sait entendre, quoique le mouvement cadencé de ses membres recrée les yeux par cette cadence même, on dit que cette danse est raisonnable, parce qu'à part le plaisir des sens, elle a une signification et s'adresse à l'esprit. Que si, au contraire, il représentait Vénus avec des ailes, ou Cupidon

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