De Ordine ^ lib. II, cap, ii
DE LA MÉMOIRE ET DE l'iMAGINATION. 157
ici un objet qui dure, là un objet qui a cessé d'être \ » Et ce n'est pas seulement dans ce sens étroit et équivoque qu'Augustin reconnaît une mémoire des choses qui ne passent pas. Cette mémoire est, à ses yeux, réminiscence. Sans doute il n'accepte point de toutes pièces et repousse même dans quelques-uns de ses principes essentiels la théorie socratique et platonicienne de la réminiscence ^. Mais il en retient et en défend ce qu'elle renferme de vrai, proclamant trèsnoble la doctrine qu'énonce Socrate, lorsqu'il affirme qu'apprendre n'est point acquérir des idées nouvelles, mais se rendre présents des souvenirs. En vain objecterait-on que la mémoire ne s'appUque qu'aux choses passées, tandis que les idées qu'on acquiert par la science sont éternelles , au témoignage même de Platon, et par conséquent ne peuvent passer. Ceux qui parlent de la sorte ne remarquent pas que ce qui est passé, c'est la vision que nous avons eue de ces choses. Les revoir par la réminiscence, après nous en être détournés et avoir porté nos regards ailleurs, c'est nous en souvenir^.
C'est en s'élevant à ce point de vue supérieur qu'Augustin n'hésite pas à déclarer que si Dieu doit être cherché au-dessus de la mémoire, Dieu a pourtant sa place dans la mémoire, et qu^ainsi avec l'idée de Dieu apparaît dans la mémoire l'idée de la vie heureuse qui est Dieu.