‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 87 sur 318 · De Vera Reliriione, cap. x · texte numérisé non relu

De Vera Reliriione, cap. x

corps, si elle est une faculté de Tesprit, pure de tout corps alors même qu'elle représente les corps, il n'en faut pas moins distinguer, à côté de la mémoire sensible, la mémoire intellectuelle. Il y aurait, en effet, illusion à prétendre que le souvenir ne va pas sans représentation sensible ^ Telle est la mémoire des sciences, la mémoire des nombres, la mémoire des opérations intellectuelles.

Ce n'est pas tout. La mémoire intellectuelle nous rappelle nos passions et les états de notre esprit. Et, chose singulière ! nous pouvons nous rappeler nos passions sans en subir actuellement les effets , nos tristesses avec joie et nos joies avec tristesse. La mémoire se souvient même de l'oubli, et, pour retrouver un objet qu'on a égaré, il est nécessaire d'en avoir conservé le souvenir.

Augustin pousse encore plus loin ces divisions de la mémoire. 11 distingue la mémoire des choses qui passent et la mémoire des choses qui persistent. Le sage se sert comme d'une esclave de la mémoire des choses qui passent, qui s'écoulent, qui fuient en quelque façon. Cette mémoire est reléguée dans la partie inférieure de l'âme '^. Il y a, d'un autre côté, une mémoire de ce qui dure. « Je me rappelle mon père qui m'a quitté et qui maintenant n'est plus; je me rappelle Carthage que j'ai quittée et qui maintenant est encore. Évidemment, tout en s'appliquant au passé, la mémoire a pour objet

1. Epist.Wl, Nebridio (389), cap. i. « Memoria tibi nuUa videtnr esse posse sine imaginibus vel imaginariis visis^ qua> phantasiarum unmine appellare voJuisti : ego nliud existimo, »

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