Epht.yW, NcOridio, cap. n
Dans cette même classe se rangent aussi toutes les fictions, sous le voile desquelles les sages ont caché quelque vérité, ou tout .ce que la folie ou la superstition des hommes leur a fait accepter pour vrai, comme le fleuve infernal Phlégéton... l'essieu par où Ton suppose que la terre est percée du midi au nord, et tourne en équiUbre avec le ciel, et une infinité d'autres chimères nées de l'imagination des poètes et des hérétiques. Il faut encore y ajouter toutes les hypothèses auxquelles on a parfois recours en raisonnant; comme si l'on disait: supposons qu'il y ait trois mondes l'un sur l'autre, tels que celui-ci, ou que la terre soit carrée, et ainsi du reste.
Enfin, à la troisième classe se rapportent les images qui se forment en nous par l'étude des nombres et des dimensions : les unes ont dans la nature quelque chose qui leur correspond comme quand à force de penser et de raisonner on découvre quelle est la figure du monde, et qu'on se la représente telle qu'elle est réellement; les autres reproduisent simplement ce que nous avons appris, ou par des figures dans l'étude de la géométrie, ou par les valeurs et la cadence des sons, dans l'étude de la musique, ou par une infinité d'autres proportions qui se trouvent dans les nombres \
Ainsi, non-seulement Augustin ne réduit pas l'imagination à l'imaginative, il l'élève même au-dessus de la fantaisie, c'est-à-dire de l'imaginative qui combine, et lui reconnaît, en certains cas, un objet purement intellectuel. Toutefois, on ne doit pas s'y tromper. Que
\>K LA MÉMOIRE ET DE l'iMAGINATION. 163
l'imaginalion se mêle à la raison, c'est là un fait que le saint docteur constate, mais qu'il regrette; car l'imagination lui paraît engendrer toujours quelque erreur, dont la raison a peine à se défendre ^
Sans doute il peut être utile de nous appuyer sur les formes sensibles pour nous éle\er à ce que les sens n'atteignent point ^. Mais, ni la sagesse, par exemple, ni la justice ne sauraient se concevoir par effort d'imagination. La raison seule nous donne ces pures idées. C'est pourquoi, loin de nous être un secours assuré pour nous élever aux vérités éternelles, les images nous deviennent souvent des obstacles.
Aussi bien, Augustin a-t-il trop longtemps subi les prestiges de l'imagination, pour n'entrer point en défiance à l'endroit de cette maîtresse d'illusions. N'était-ce pas l'imagination qui enchaînait aux récits fabuleux des poètes sa jeunesse ravie? N'était-ce pas l'imagination qui l'avait enflammé de convoitises? N'était-ce pas l'imagination qui, enveloppant son esprit de ténèbres épaisses, l'avait asservi aux sens, de telle sorte que, durant des années, il lui avait été impossible de parvenir à la conception pure de Dieu?
C'est pourquoi, il nous exhorte sans cesse à repousser les ombres et les fantômes de l'imagination, et à rompre tout commerce avec cette faculté dangereuse. Les blessures qu'elle fait à l'âme sont comme inguérissables. « Nidlo enim modo resistitur corports sensibus , quœ nohis sacratissima disciplina