‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 2 sur 125 · IM.. I, p. 532; UghelU, /talki soeni» i. VI, p. 63S · texte numérisé non relu

IM.. I, p. 532; UghelU, /talki soeni» i. VI, p. 63S

et elles ont coolnbué daas une proportion beaucoup moiodro à la renommée de saint Thomas; mais la part que des plumes étrangères y ont prise est d'autant plus remarquable. N'est-elle pas la preuve éclatante du prestige qui entourait le saint docteur» et de l'immense autorité dont il Jouissait parmi les , membres de son ordre?

Le plus illustre des disciples que saint Thomas ait eus de son vivant, parmi les dominicains, e*est Pierre de Tarentaise, qui après avoir étudié et enseigné avec beaucoup de succès la théologie dans les écoles de Paris, fut successivement provincial de Tordre, archevêque de Lyon et primat des Gaules , et pape sous le uom d'Innocent Y. Il mourut cinq mois après son élévation, le 22 juin 1276. Louis de Valladolid lui attribue dt^s Questions QuodlibctiqueSy et Laurent Pignon, divers opuscules De l'unité de la forme^ De la tnaiière du cielf De C éternité du mondey De l'entende^ ment et de îavolonlé^ Mais tous ces ouvrages, s'ils ont existé, sont perdus, et le seul témoignage que nous possédions aujourd'hui du savoir philosophique et théologique de Pierre de Tarentaise, est son Commentaire sur le Maître des sentences*. Ce n'était pas sans doute un personnage d*un méhte ordinaire que celui dont la carrière s'acheva sur le

1. Script, ord. Prxdie.^ l, 353| HiU. liU, de la France, t. XIX,

p. 317 et suiv.

2. î't tri de Tarentasia ComniefUarii tn IV Lilffoi sententiarum, ThoiosiË, 1652, in-fol., k vol.

6 PREMIERS DCTEr^mMENTS DE LA DOCTRINE

trône pontifical, après avoir commencé dans l'obscurité du cloître. Mais chez Pierre de Tarentaise» le sens pratique et la force d'àme, néeessaires pour gouverner les hommes, l'emportaient sur les qualités spéculatives et philosophiques. Ën général, il adopte les opîoions de saint Xhomas f qu'il avait eu pour maître et dont il cultiva toute sa vie TamiLié ; il le suit pour ainsi dire pas à pas , et Écbard a pu dire avec une parfaite exactitude que son Commentaire sur Pierre Lombard n*était que Tabrégé de celui du docteur Augélique*. L'ouvrage, grâce au nom véoeré de Tauteur» n'en obtint pas moins un long suocès, attesté par le grand nombre des manuscrits connus; il ne fut pas sans aulorité dan& les controverses tbéologiques qui ont agité la dernière période du moyen âge.

MaisTinfluence de .^aiiil Thomas comme philosophe et comme • théologien n'avait pas été renfermée dans rintérieur des maisons de Tordre de Saint-Dominique. Comme sa vie s'était passée presque tout entière à enseigner dans plusieurs villes de France et d'Italie, et surtout h Paris, ce centre brillant de la chrétienté,, il avait eu de nombreux auditeurs venus de toutes les parties de TEurope, qui répandirent sa renommée et ses ouvrage, au sein des universités et parmi les ordres religieux. Veut-on juger de Timmense autorité

1. Scrtpl. ùrd, Prxâk., 1. 1, p. 353 : < Quod opus illud Ml et non sUud ÎD quo dicitiir dociriDam D. Tbontt in eompendiuin rede-

fftt'il mit «cqiii8e?H fout lira la lettre que TUnlver-

silé (le Paria adressait à l'occasion de sa mort, aux proviociauxde l'ordre des Frères prêcheurs, réunisà Lyon en chapitre général. Quels eflbrts les maîtres séculier u'avaient-ils pas faits ponr résister à î^établissenient des religieux mendiants l Ces luttes opiniâtres ve- BAient à peine de cesser, les passions qu'elles avàient eieitées n'étaient |)as encore éteintes , lorsque saint Thomas fut enlevé par un coup prématuré, dépendant sa mort laissait un si grand vide» que fiiisant trêve à de vieiUeB rancunes, rUniversité de Paris n^hésita pas à rendre Un public hommage au génie de rhomnre illustre qui avait figuré parmi ses adversaires. On peut regretter qu^elle n'ait pâs mieuic évité la pompe déclamatoire et le mauvais goût du siècle) mais sous l'emphase des paroles, quel profond et sineère enthousiasme ! *

u Consternes de la perte immense que TÉglise vient de fiiire, et qui jette Técoie de Paris dans la . plus eruelle affliction, nous avons voulu, écrit le

reclpur au nom de tous les maîtres, unir en ce jour nos gémissements et nos trop justes pleurs. Qui nous donnera la volt et les lamentations de Jérémie pour peindre la stupeur incroyable qui a d'abord saisi tous les esprits, et la douleur qui a péuélré au plus ])rofèttd de nos cœurs ? A peine pouvûns*nous parler du coup qui nous frappe; l'attachement et l'amour

1. Pu Bovlay» Hi9t, Àea4. Pam, t. lU, p. 4QS; Qfidin, DtSeftif^' Êêtietkatieiê, t. UI, col. 36<i Bt tq.

s PREMIERS DE LA DOCTRINE

comprimeraient .no9 paroles, sî noire douloureuse angoisse ne nous pressait de dire que, diaprés la renommée publique et des reiations trop certaines , le vénérable docteur et frère Thomas d'Aquin a été rappelé de cette terre. Gomment pénétrer par quelle vue secrète la divine Providence a permis que cette étoile du matin, qui jetait un si grand éclat dans le monde, ou pour mieux dire que ce soleil lumineux qui présidait au jour, ait si t^t retiré ses rayons? Il serait déraisonnable de penser que sa splendeur s'est éteinte, ou qu'elle a souffert une éclipse, alors qu'elle a cessé d'éclairer I Kiilise. Nous n'ij^norons pas que le Créateur ii avait donné au monde ce grand docteur, par un effet particulier de sa bonté , que pour un temps; et cependant, s*il est permis de 8*appuyer sur Tautorité des anciens philosophes , la sagesse divine semblait Tamr placé ici-bas pour expliquer les prodiges les plus obscurs de la nature. >i

Il serait intéressant de placer saint Thomas en face de ses contemporains, les uns maîtres séculiers de rUniversité de Paris, les autres engagés comme lui dans un ordre monastique; de suivre la trace de son enseignement dans leurs ouvrages, et de mesurer avec précision Tinfluence qu'il a exercée sur le

mouvement philosophique et relii^icux du xiiT siècle, ^lais pour recueiUir tous les traits de ce tableau, il faudrait des recherches longues et minutieuses dont le résultat ne serait pas proportionné à la difficulté. Oblige de choisir dans un sujet aussi divers , nous

nous sommes proposé pour étude principale, deux personnages égulement célèbres dans TÉglise et dans TÉcole; Vnn, Gilles de Rome, qui parait avoir été Tau* diteur de saint Thomas ; Tautre, Henri de Gand, qui fut son rival, sinon de gloire, au moins d'influence. Us seront- pour nous l'expression savante et éelairée de tout nn groupe d'esprits graves, instruits, non dé* pourvus de force et d'originalité, qui sans accepter d'abord la suprématie philosophique du docteur Angélique, sans consentir à Tavouer pour chef, s'inspirèrent cependant de sa doctrine; et subirent à des degrés divers, rascendaut de son génie.

iËgidius ou Gilles de Rome, appelé aussi Gilles Colonna^ Italien par le lieu de sa naissance et par sa famille, appartenait à l'ordre des Ermites de Saint» Augustin. Le renom qu il s était acquis par son enseignement dans rUniversité de Paris, le ût désigner par le roi de France, Philippe le Hardi , pour être précepteur de son Ois aîné, •celui qui tut dans la suite Philippe le Bel. Ën 1295, le souverain pontife le promut an siège épiscopal de Bourges. Il est mort en 1316*. On lui doit des Comuieutaires sur quelques ouvrages

1. Du Boulay, t. UI, p. G71; Fabricius, Bibliolh. med. et inf, Latinit., t. I, p. 20; Franc. Gandoifo, Dmertatio historien de ducen' tis celeberrimi 8 scriptori bus, ^ooïif}, llOk, in-^, p. 20 etsq.; Ossiuger, BiUioiheca Augustiniam Mtlortoa, logotatadu 0t Aogufll» TmMioQnuB, 176S, in-fol.

10 PB£Mi£ftS DÉVELOPPEMENTS DE LA DOGTHINE

d'ArisioCe et sur le Maître des Smtmceif des ^mstims Quodlibétiques, le traité célèbre du Gouvernement des princes^ qu'il écrivit a la demaDde de son royal disciple et un grand nombre d*<i]Mi8eule8 qui roulent sur la philosophie et la théologie. Sous le rapport du choix et de la distribution des matières, ces ouvrages ne difllàrent pas sensiblement de tous ceux de la même époqne; seulement le style a peut ttie un peu plus d'ampleur et d'abondance; la pensée du moins n'est pas emprisonnée constamment dans les formes arides du syllogisme.

Dans le procès de la canonisation de saint Thomas et dans la biographie écrite par Guillaume de Tocco'» Gilles de Rome est représenté comme un fervent admirateur du suiiit docteur que durant treize années, dit-on, il avait eu pour mattre. Faut-il conclure de là qu'il se soit constitué Tapologiste officieux de ses opinions, et qu'il ait écrit pour les défendre le

1. Vit. s. ThomXf C. yii; Act. SS, Martii, t. 1, p. 672 : t Quidam magtsler Eremitanim Fr. iCgiilius qui po»t modum fuit archiepiscopus Biliiricpnais, qui trcdecim annis istiun niatîi«'lrMnn audivpraf. de {)ra''dii'lo doclore dixit, diridendo insiilliaentiam correp- Ujrum : In lioc niirabili et digno memoria doclore Fr. Thomn do Aquino fuit gui sublilitalis insrenit el ccrtiludiiiis judicii manifcstura indiciiim, quod opiniom^s novas et rationes quas scripsil Baccell»rius, inagister effeclus paucis exceptis , nec docendo nec scribendo mulavit. > Cf. Procm. dé Vit, S. Thomx, ibid., p. 714 : < Dixit etiam idem Fr. Jaoobiu Ipà tmti quod Fr. ifigidin de Roœt eecne theologis doclor» ordioie Augu&tiniSoorum, frequentiv sibi dixeral io doneelico eermoae Pariiiis : Fr. iaoobe, si Fratree praadicatores volttiflNftt, ipai fuiamt ecieiitea et ioteUisentes et nos idiot«« et non eommaaieaseent nob» ecripla Fr. Ihome.... » Pu Boulayi HM.,

Dl SAINT THOMAS D'AQUIN. - Il

médiocre ouvrage qui a pour titre» Befenton^m Ukfrùfum daet&ris AngeHei^J Ce dernier point noua

paraît très-douteux; 1° aucun écrivain contemporaiu ne mentionne le Defensorium parmi lea ouTragee de raichevèque de Bourges; 2* le manuacrtt le plna ancien qui porte son nom est du xv*" siècle, et Echard remarque que ce nom est écrit d'une main récente qui l'a aubatttué à un autre nom donné par le premier copiste; 3° chez les dominicains de Paris, au témoignage d'Échard, la tradilioii attribuait l'ouvrage à un frère prêcheur qui n^eat paa connu d'une manière certaine, mais qui paraît avoir été Jean de Paris ou i Anglais Hichard Clapoei^ V enfin, sous le rapport dea doctrines , il existe quelques différences assez notables entre le Defemmtun et les

AciuL Par., t. III, p. 409. classe Gilles U© Uomo parmi les maîtres qui cumbaltircnt saint Thomas. Celte assertion ne s'accorde pas avec les témoignages contemporains et le docte historien l'a luinlme eontreditei eomme le remarque U. Huet ijaDs ws Hieehmàm $ur Hmri d$ Gond^ p. kl et 43. Elle n*a d'aulre fondement que Touvrag^ aujouid'bui perdu dans lequel un dominicain anglais, nommé Robert, reprochait à Oiiles de Rome de s'être éearlé du docleur Angélique en certains point?. Voy. Seripl, Ord. Prgd,, 1. 1, p. 431.

1. Defenftoriwmeu correeUnrium lihnrmndœtorif Angelici Thoaue Aquinaiis in GuilMmi Lamerensis Jliofiue corruptorium. L'ouvrage

a eu plusieurs éditions. Nous avons eu soua les yeux celle de Cologne (Culûtiia.' Af^rippina;, 162^, in-8); elle iai?se hi'aïuuup à désirer, comme l'u prouvé d'Arjentré, Colhct. jwîiciorum, t. I. p. 219 et suiv. KubiMS, D. Thomœ, Op!'-' dunné la dtscriplion

(1 ijti tiiaiiuâcril de l'ouvrage (pu piirait remontera l'rfioijue même de iu composition. Voy. au chapitre suivant l auulyse du DefensO' fittm.

Il PRBtfIBBS DBVBL0M»BMS1ITS DB LA DOCTBINE

compositioDS auliieuliqueâ de Gilies de Home ; pour ea eiter un exemple, sur cette qoestion fort débattue au XI II" siècle : Diea peut-il créer deux anges de la même espèce? Tapologiste de saint Thomas est très-décidé pour ia négative'; Gilles de Rome, aa contraire, hésite, et, tout en admettant que Topinion dn saint docteur est seule coniurme au cours actuel de la nature, il réserve les droits de la puissance divine*. Laissons donc de côté le Defensariumj puisque Tau* thenlicité n*en est pas démontrée, et couterltonsnous de chercher dans les ouvrages qui ne peuvent être contestés à l'archevêque de Bourges Texpresaion de ses véi ilables sentiments.

Ët d'abord il admettait que notre esprit, peut 8*élever à la connaissance d*un certain nombre de véritrs s:i vertu propice , et sans le secours surnaturel de la grâce ; d'où il concluait qu il existe, à côté de ia science divine, une acience humaine qui a sa source première dans la raison, et qui s appuie subsidiairement sur Tautorité des philosophes» base fhigile et surtout incomplète, car noua n'ajoutons foi aux enaeignements de la

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