DISCUSSION DE LA PHILOSOPHIE
DE iLVLM THOMAS D'AQUIN.
L'histoire de la philosophie, comme des esprits trop exclusivement voués aux études historiques Font pensé , est-elle à elle-même son but , et devonsnous désespérer d'en recueillir quelque fruit plus positif que la connaissance des opinions successives, OU) pour mieux parler, dee erreurs mouvantes de Fesprit humain?
Dans ce cas, les tableaux qu'elle met sous nos yeux y ne mériteraient pas le labeur qu'ils coûtent à l'historien y et la vaine euriosité qui s'y attache ne suflirait pas pour les préserver de l'oubli.
Serait-ce donc qu'en dehors et au-dessus des sys* tèmes, il n'existe pas une vérité immuable et absolue que les écoles philosophiques aspireut tour à tour à représenter? Et ee que nous appelons de ce beau nom de vérité se réduirait-il aux diverses évolutions de nos idées si mobiles et si iocei iLiines?
S'il en était ainsi , je concevrais que Thistoire de la philosophie ne [uU pas être rabaissée aux modestes proportions d'une méthode et qu'il fût déraisonna- Il IS
Diyilizeo by GoOglc
27^ DISCUSSION Dë Lk PUILOSOPUIE
ble et presque puéril â*y ebercher des directions
pratiques. Elle vaudrait bien mieux qu'une méthode; elle serait adéquate à la science elle-œèmey puisque la suecessioo des systèmes qu elle fait revivre conslituerait la seule vérité que la raison pût ayouer.
Mais ramenez à soa expression la plus simple de
ces théories ai l)i(raire8 , vous retombez dans la maxime de Protagorasy réfutée par Platon : u L'homme est la mesure de toutes choses; il est la mesure de Texistence des choses qui sont, et de la noii-existenoe des choses qui ne sont pas » A ce point de vue, tout est Trai et tout est &ux. Toutes les doctrines sont vraies, par cela seul qu'elles se sont produites ; ' toutes les doclrmes sont fausses , par cela seul qu'elles sont contestées. Chaque siècle , chaque pays a les siennes, égales eu vérité et en erreur à toutes celles qui ont précédé ou qui suivront. Voilà Tinextrtcable et stérile confusion à laquelle aboutit la science de la vérité, lorsqu'elle est réduite à Tinerte récit des opinions humaines sur la vérité.
L'histoire de la philoeophie nW donc paa son bol à elle-même; elle doit tendre à des cooclnsions dogmatiques.
De quelque faux air on de ciroonspeetioa oo de profondeur que la prétention opposée soit oouTcrtep
1. V'oy. le ThéMete de Platon, p. 152 : « <I>r(<ît ttoj (TTpwtcryiipa;)
DE SAINT THOlUS O^AQUIN.' tT5
elle conduit par une pente infaillible au doute uni- Tersel et au nihiliBme*
Ne nous laissons pas arrêter par des fins de nonrecevoir inacceptablea, cl complétons le travail que noua avons entrepris^ en dégageant par la discussion celles des pensées de saint Thomas qui doivent trou* ver place dans la philosophie contemporaine. Isous avons fidèlement exposé sa doctrine; nous en avons suivi le développemeat historique pendant la fin du moyen âge et jusqu'au win* siècle. Essayons maintenant de mettre en lumière les parties de ce vaste édifice qui ont échappé aux ravages do temps, et que Taveuir doit respecter.
Afin de procéder avec ordre dans cette recherche , nous examinerons suocessivement : I* les rapports de la foi et de la raison d'après saint Thomas ; 2** sa méthode philosophique; 3** sa doctrine religieuse; 4* sa théorie de TUidividuation; 5* sa doctrine psychologique; 6* sa doctrine morale; l"" sa politique.