Pararff» und Puralipamena, tome II, § 3îi
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objet en général, puisqu'un être objectif n'est pensable que par opposition avec un sujet dont il est la représentation ; 2" formellement; puisque le mode d'existence de l'objet, c'est-à-dire de sa représentation (temps, espace, causalité) vient du sujet, est prédisposé dans le sujet. » Cet idéalisme procède, non de Berkeley, mais de l'analyse de Kant,
Schopenhauer a employé son talent d'écrivain à prendre et reprendre sous vingt formes la thèse de l'idéalisme et il l'a quelquefois exposée avec beaucoup d'originalité. Citons comme exemple un fragment que Lindner et Frauenstaedt nous ont conservé : « Deux choses étaient devant moi, deux corps, pesants, de formes régulières , beaux à voir *. L'un était un vase de jaspe avec une bordure et des anses d'or; l'autre, un corps organisé, un homme. Après les avoir longtemps admirés du dehors, je priai le génie qui m'accompagnait de me laisser pénétrer dans leur intérieur. Il me le permit, et dans le vase je ne trouvai rien, si ce n'est la pression de la pesanteur et je ne sais quelle obscure tendance réciproque entre ses parties, que j'ai entendu désigner sous le nom de cohésion et d'affinité ; mais quand je pénétrai dans l'autre objet, quelle surprise, et comment raconter ce que je vis? Les contes de fées et les fables n'ont rien de plus incroyable. Au sein de cet objet ou plutôt dans la partie supérieure appelée la tête, et qui, vue du dehors, semblait un objet comme tous les autres, circonscrit dans l'espace, pesant, etc., je trouvai quoi? le monde luimême, avec l'immensité de l'espace, dans lequel le Tout est contenu, et l'immensité du temps, dans lequel le Tout se meut, et avec la prodigieuse variété des choses qui remplissent l'espace et le temps, et, ce qui est presque insensé à dire, je m'y aperçus moi-même allant et Tenant...
•1 Oui, voilà ce que je découvris dans cet objet à peine
1. Traduit par M. Clialieuiel-Lacour. Le texte est dana les Mamo-
-'abilien, p. 28&.
aussi gros qu'un gros fruit, et que le bourreau peut faire tomber d'un seul coup, de manière à plonger du même coup dans la nuit le monde qui y est renfermé. Et ce monde n'existerait plus, si cette sorte d'objets ne pullulaient sans cesse, pareils à des champignons, pour recevoir le monde prêt à sombrer dans le néant, et se renvoyer entre eux, comme un ballon, cette grande image identique en tous, dont ils expriment cette identité par le mot d'objet... »
La conclusion à laquelle cet idéalisme aboutit et que Schopenhauer ne se lasse pas de répéter, c'est « que la matière est un mensonge vrai » O.t) à^TÎOtvov ({'e^oo;. La matière n'est autre chose que ce qui agit en général, et abstraction faite de tout mode d'action. Comme telle, la matière est l'objet non de l'in.tuition, mais de la pensée ; par suite, c'est une pure abstraction : et il faut louer Plotin et Jordano Bruno d'avoir soutenu cette thèse paradoxale, que la matière est incorporelle. L'étonnemeni que nous cause la variété des phénomènes de la matière est au fond comparable à celui du sauvage qui, pour la première fois, se voit dans un miroir et ne s'y reconnaît pas. Ainsi faisons-nous quand nous considérons le monde extérieur comme étranger à nous-mêrae. La vérité c'est qu'il a sa source dans l'intelligence (faculté de la représentation), qu'il naît avec elle, dure avec elle, meurt avec elle. « La grande erreur de tous les systèmes consiste à avoir méconnu cette vérité : que la matière et l'intelligence sont corrélatives, c'est-à-dire que l'une n'existe que pour l'autre; que toutes deux s'élèvent et tombent en même temps ; que l'un ne fait que réfléchir l'autre ; qu'elles sont proprement une seule et même chose examinée de deux côtés opposés; » et cette chose, nous le verrons plus tard, c'est la volonté.
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Il est très facile à chacun de connaître, par son expérience personnelle, que le monde, pour être un objet, a besoin d'un sujet qui le pense. Le sommeil profond, sans rêves, ne montre-t-il pas à chacun que le monde n'existe que pour une tête pensante? Que tout, dans la nature, dorme éternellement d'un profond sommeil et ne s'éveille jamais à la conscience, comme les plantes, et il ne sera plus question jamais d'un monde extérieur.
Mais, objectera-t-on, le monde, bien que je n'en aie pas conscience, bien que ma tête et les autres têtes ne le perçoivent pas, ne peut-il pas exister comme objet? ne peut-il pas exister en dehors et indépendamment de toutes les têtes, étendu dans le temps et l'espace et formé de la chaîne continue des effets et des causes? L'ima^-e qui se forme dans un miroir n'est possible que si un miroir existe ; et si tous les miroirs étaient détruits il n'y aurait plus d'images. Mais s'ensuit-il que si vous détruisez les miroirs, les objets qui s'y réfléchissent disparaissant aussi ?
Suivant Schopenhauer, la doctrine de l'idéalité du temps et de l'espace répond à cette difficulté. On connaît le travail de Kant sur les catégories , dans sa Critique de la raison pure. Il admet deux formes subjectives de la sensibilité : temps et espace ; et douze concepts régulateurs de l'entendement. Le procédé par lequel il dérive ces douze catégories des douze formes du jugement est assez artificiel et ne s'explique guère que par un goût exagéré de la symétrie et de la régularité logique. Dans cette liste des catégories, il y a beaucoup de double emploi. Aussi Schopenhauer, tout en procédant de Kant, n'admet que trois formes fondamentales de la connaissance : temps, espace^ causalité. Je crois que sur ce point
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toutes les écoles philosophiques actuelles, idéalistes et matérialistes, spiritualistes et positives, sont à peu près "i'accorcl. Ce sont là les idées-maitresses dont il faut avant tout déterminer la valeur. Or, le temps et l'espace étant le réceptacle de tous les phénomènes ; la scène, — sans réalité d'ailleurs, — où se déroule la causalité ; si leur idéalité est établie, celle du monde l'est du même coup. Schopenhauer trouve que l'idéalité du temps est établie par une loi de la mécanique, la loi d'inertie. « Car, au fond, que dit cette loi? que le temps ne peut tout seul produire aucune action physique ; que seul et en luimême, il ne change rien au repos ni au mouvement d'un corps. S'il était inhérent aux choses elles-mêmes à titre de propriété ou d'accident, il faudrait que sa quantité (c'est-à-dire sa longueur ou sa brièveté) pût changer les choses en une certaine mesure. Il n'en est rien; le temps passe sur les choses sans y laisser la moindre trace. Car ce qui agit ce sont seulement les causes qui se déroulent dans le temps, nullement le temps lui-même. Aussi, quand un corps est soustrait aux influences chimiques, — par exemple, le mammouth dans les glaciers de la Lena, les moucherons dans l'ambre, un métal dans un air bien sec, les antiquités égyptiennes et même les chevelures des momies dans leurs nécropoles fermées, — des milliers d'années ne le changent en rien. Cette inactivité absolue du temps est aussi ce qui constitue en mécanique la loi d'inertie. Un corps a-t-il une fois reçu un mouvement, aucun temps ne peut le lui enlever ni le diminuer; il serait absolument sans fin, sans la réaction des causes physiques; de même qu'un corps en repos resterait éternellement en repos, si les causes physiques ne le mettaient en mouvement. D'où il suit que le temps n'est pas quelque chose qui soit en contact avec le corps, que tous deux sont de nature hétérogène; que cette réalité qui appartient au corps ne doit pas être ajoutée au temps, qui est absolument idéal, c'est-à-dire appartient à la pure représentation et à son organe; tandis qu'au
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contraire, les corps par les nombreuses diversités de leurs qualités et de leurs actions montrent clairement qu'ils n'ont pas une existence purement idéale; mais ils manifestent une réalité objective, une chose en soi, si différente qu'elle puisse être de ses manifestations. »
En ce qui touche l'idéalité de l'espace, Scliopenhaucr dit : « La preuve la plus claire et la plus simple de l'idéalité de l'espace , c'est que nous ne pouvons pas enlever l'espace de notre pensée, comme toute autre chose. Nous pouvons concevoir l'espace comme n'ayant plus rien qui le remplisse, supposer que tout, tout, absolument tout a disparu de l'espace, nous représenter l'espace entre les étoiles fixes comme complètement vide, etc. Mais l'espace lui-même, nous ne pouvons en aucune façon nous en débarrasser : quoique nous fassions, où que nous nous placions, il est là, n'ayant de fin nulle part ; car il est la base et la condition première de nos représentations. Cela prouve sûrement qu'il appartient à notre intelligence, qu'il en est une partie intégrante, qu'il est la trame de ce tissu sur lequel la diversité du monde extérieur vient s'appliquer. Dès qu'un objet est représenté pour mui, l'espace l'est aussi ; il accompagne tous les mouvements, tous les tours et détours de mon intelligence aussi fidèlement que les lunettes qui sont sur mon nez accompagnent tous les mouvements, tous les tours et détours de ma personne, ou comme l'ombre accompagne le corps. Si je remarque qu'une chose m'accompagne partout et dans toutes les conditions, j'en conclus qu'elle dépend de moi : par exemple, si partout où je vais, il se trouve une odeur particulière à laquelle je ne puis échapper. Il en est de même pour l'espace : quoi que je pense, quelque monde que je puisse me représenter, l'espace se présente tout d'abord et ne cède en rien la place. Il faut donc qu'il soit une fonction, une fonction fondamentale de mon intelligence; par suite son idéalité s'étend à tout ce qui a de l'extension, c'est-à-dire à tout ce qui est représentable. Par suite nous connaissora les choses, non tollos
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qu'elles sont en elles-mêmes; mais telles qu'elles apparaissent *. •>
On a dû reconnaître dans ce qui précède le disciple et le continuateur de Kant. Mais ce qui est curieux à noter c'est que Schopenhauer fait subir aux doctrines de son maître une transformation physiologique : il identifie volontiers les /ormes de l'intelligence et la constitution du cerveau. « La philosophie de Locke, dit-il justement, est la critique des fonctions sensorielles. La philosophie de Kant est la critique des fonctions cérébrales. » Et ailleurs : « Les sens ne donnent que des sensations, mais pas d'intuitions (connaissance). Ce que donnent les sens tout seuls est à ce que donnent les fonctions de cerveau (temps, espace, causalité; ce que la masse des nerfs sensoriels est à la masse du cerveau. » Cette transformation était d'ailleurs toute naturelle et il est probable que si Kant eût vécu un demi-siècle plus tard, en plein développement des sciences biologiques, il l'eût opérée lui-même.
Toutefois le temps et l'espace ne sont que les formes de l'existence phénoménale, des cadres vides ; il faut quelque chose qui les remplisse : c'est la causalité. Causalité, matière, action, sont pour Schopeniiauer des termes synonymes. « La matière n'est d'un bout jusqu'à l'autre que causalité. Son être, c'est agir; et il est impossible d'en penser aucun autre. C'est comme agissant qu'elle remplit l'espace et le temps*. »
L'une des fonctions essentielles de la causalité, c'est d'unir l'espace et le temps. Chacun d'eux a des propriétés qui s'excluent; mais la causalité les réconcilie. Elle rend l'accord possible entre le flux instable du temps et persistance immuable de l'espace. Dans le temps pur, il n'y a pas de coexistence; dans l'espace pur, il n'y a ni avant , ni maintenant , ni après. Mais dans l'exis-