To feel me in the s'ilitude of Kings
Without the power itiat makeu tbem bear a crown. {Proph. of Dante, c. I.)
jouer une valse, pour la danser ensuite. » La vraie méthode ne fait qu'un avec l'objet de sa rechorclie ; les deux sont inséparables, comme la matière et la forme. Cette méthode vivante et en action, où la trouveronsnous? — Les mathématiques ne nous la donneront pas ; car elles n'ont pour objet que des concepts abstraits, représentés par des signes abstraits, vides de toute intuition immédiate; la métaphysique au contraire n'a pas à s'occuper seulement des formes de l'intuition; mais de leur contenu réel et empirique. — La méthode des sciences naturelles, que Schopenhauer appelle niorp!iolo(jie ou description des formes, serait aussi stérile. A la vérité, elle a un objet réel ; elle saisit des analogies ou des ressemblances ; mais elle ne voit toutes les choses que par le dehors. Comment donc pénétrer par elle dans la nature intime de l'être ? — La méthode des sciences physiques, Vétioloijie ou recherche des causes, serat-elle apte à résoudre l'énigme de la nature? Nullement. Cette méthode donne deux choses : des forces et des lois. Elle ne nous apprend rien sur les forces dites naturelles. Quant aux lois, elle les détermine dans l'espace et le temps, sans savoir rien de plus. Ainsi procèdent la physique, la chimie, la physiologie. L'étiologie même la plus parfaite ne serait pour nous qu'une série d'hiéi'Oglyphes, puisqu'elle ne pourrait nous apprendre ni ce qu'est une cause, ni ce qu'est une forco, ni ce qu'est une loi. « Pour employer une comparaison plaisante, mais frappante, l'étiologie complète de la nature mettrait le philosophe dans le même embarras qu'un homme qui serait entré dans une société, sans savoir comment ; qui verrait chaque membre de cette société, à tour de rôle, lui en présenter un autre, comme un ami ou un cousin, et qui, à chaque présentation nouvelle, aurait toujours ce mot sur les lèvres : comment diable suis-je entré dans cette société? * »
l. Die WcH a(8 Wilte,. u. s. w., tome II, Mî-
LA VOLONTft (j l
Les savants croient que quand ils ont tout réduit aa mouvement, tout est clair. Un homme comprend-il mieux pourtant le roulement d'une bille après le choc reçu, que son propre mouvement après un motif perçu? Beaucoup peuvent se l'imaginer : c'est tout le contraire. A la réilexion, on verra que, dans les deux cas, l'essentiel est identique. Schopenhauer avait sur ce point un argumentum. ad oeulos. Frauenstaedt raconte qu'un soir qu'ils buvaient ensemble un verre de vin à \ Hôtel d'Angleterre, au moment où il étendait le bras pour prendre son verre, Schopenhauer l'arrêta brusquement et lui fit remarquer que cet acte volontaire ne diffère pas essentiellement d'un choc mécanique quelconque produit par une force aveugle ; dans les deux cas il n'y a que les causes occasionnelles qui difTèrent : dans l'un, un motif, le verre de vin perçu ; dans l'autre une cause mécanique : mais toujours la même nécessité*.
Toutes ces méthodes ont un défaut commun : elles sont extérieures. « Nous voyons donc que du dehors on ne pourra jamais parvenir jusqu'à l'essence des choses; si longtemps qu'on cherche, on n'y gagnera rien, que des images et des mots : c'est ressembler à un homme qui tourne autour d'un château, cherchant vainement une entrée et qui, en attendant, esquisse la façade. Telle est cependant la route que tous les philosophes ont suivie avant moi 2. » Quelle est donc cette méthode intérieure qui nous conduira jusqu'au principe des choses, jusqu'à la Volonté? La voici.
Si l'homme n'était qu'un être pensant, « une tête d'ange ailée et sans corps, » un pur sujet de la connaissance, le monde qui l'entoure ne lui apparaîtrait que comme une représentation. « Mais il a sa racine dans « ce monde, il s'y trouve comme individu, c'est-à-dire « que sa connaissance qui est le support du monde
1. Frauenstaedt, Briefe ûber die Schopenhauer'sche, Philosophie, p.i;.:!.
S. Die Well als Wille, ibid.
« comme représentation, dépend d'un corps dont les « affections sont le point de départ de nos intuitions f< du monde. Ce corps est, pour le sujet purement pen- « sant, une représentation parmi d'autres représenta- « tiens, un objet parmi d'autres objets : les mouve- « ments et les actions de ce corps ne sont connus du « sujet purement pensant, que comme les change- « ments de tous les autres objets sensibles; et ils lui « seraient aussi étrangers, aussi incompréhensibles, si « leur signification ne lui était révélée d'une autre « manière. Il verrait ses actes suivre les motifs, avec la constance d'une loi naturelle, comme le font les autres objets qui obéissent à des causes do diverses espèces. Il ne comprendrait pas plus l'inlUience des motifs que le lien de tout autre effet avec sa cause. Il pourrait à son gré, nommer force, qualité ou caractère, l'intime et incompréhensible essence de ses actes ; mais il n'en saurait pas plus long. Il n'en est pas ainsi : il y a un mot qui explique l'énigme du sujet de la connaissance : ce mot c'est Volonté. Ce mot, et ce mot seul lui donne la clef de lui-même comme phénomène, lui en révèle le sens, lui montre le ressort intérieur de son être, de ses actes, de ses mouvements. Au sujet de la connaissance qui, par son identité avec le corps, existe comme individu, ce corps est donné de doux façons différentes : comme représentation ou intuition, comme objet parmi des objets et soumis comme tel aux lois objectives; — on môme temps, il est ce que chacun connaît immédiatement; ce qu'ox[)rime ce moi volonté. Tout acte v6l'itable de la volonté est immanquablement aussi un « mouvement de son corps; il ne peut vouloir l'acte « réellement, sans percevoir en même temps qu'il se « manifeste comme mouvement du corps. L'acte vo- ■ lontaire et l'action du corps ne sont pas deux états, « différents olijectivement, et reliés par le lien delacau- <' saHtè , il n'y a cas entre eux un raonort do cause à
« cfTet : ils sont une seule et même chose, donnée seu- « loment de deux manières totalement différentes, « d'une paît immédiatement, d'autre part dans l'intui- « tion intellectuelle. L'action du corps n'est autre ciiose « que l'acte de la Volonté objectivé, c'est-cà-dire mani- H Testé dans l'intuition... Ce n'est que pour la réflexion « que faire et vouloir diffèrent; en réalité ils sont un *. » Pour conclure, le fond de notre être, c'est la volonté; sa manifestation immédiate, c'est le corps.
Telle est cette méthode intérieure, immédiate, iwhérente à la réalité : la seule vraie d'après Schopenhauer. La seule connaissance immédiate que nous ayons est celle de notre Volonté. C'est le dulu/n qui peut nous servir de clef pour tout le reste; la seule porte étroite que nous ayons pour aiviver à la vérité. « Par suite nous devons chercher à comprendre la nature d'après nous-mêmes et non pas nous-mêmes d'api'ès la nature. » Nous verrons plus loin comment Schopenliauer retrouve partout une Volonté identique à elle-même, dans tous ses degrés et chez tous les êtres. Notons seulement ici que c'est la connaissance immédiate que nous en trouvons en nous-mème qui, seule, nous fait comprendre le reste de la nature et nous conduit à l'essence de l'être, c'est-à-dire à la chose en soi. Car le monde dépend de ma représentation qui dépend de mon corps ; mon corps au contraire dépend de la volonté qui ne dépend de rien.
Il y a un point de la plus haute im|)ortance sur lequel nous devons insister d'abord, sans quoi le lecteur serait exposé à comprendre tout ce qui suit à contre-sens. Schopenhauer prend le mot Volonté dans un sens qui lui est propre et qu'on peut tpaduire sans trop d'inexactitude par le mot force. On entend d'ordinaire par Volonté l'acte conscient d'un être intelligent; tandis que pour Sciiopouliauer la Volonté est inconsciente par