Die Welt a/s WiUe, I, livro II
essence, consciente par accident. Il distingue soigneusement la Volonté prise en général (Wille) et la Volonté déterminée par des motifs {Willkur)^. « J'ai choisi, dit-il, ce mot Volonté faute de m.ieux, comme denominaiio a potiori, en donnant au concept de Volonté une extension plus grande que celle qu'il avait eue jusqu'ici... On n'avait pas reconnu jusqu'à ce jour l'identité essentielle de la Volonté avec toutes les forces qui agissent dans la nature, et dont les manifestations variées appartiennent à des espèces dont la Volonté est le genre. On avait considéré tous ces faits comme hétérogènes. Par suite il ne pouvait exister aucun mot pour exprimer ce concept. J'ai donc dénommé le genre d'après l'espèce la plus élevée, d'après celle dont nous avons la connaissance immédiate en nous, laquelle nous conduit à la connaissance médiate des autres. »
La Volonté, dans ce sens très général, se rappi'ochant du concept de force, on peut se demander pourquoi Schopenhauer n'a pas choisi ce dernier. 11 répond en ces termes : « Jusqu'ici on a ramené le concept de Volonté au concept àa force ; je fais le contraire et je considère toute force naturelle comme une Volonté : qu'on ne croie pas que c'est là une vaine dispute de mots : c'est un point qui est au contraire de la plus haute importance, car le concept force a pour base, comme tous les autres, la connaissance intuitive du monde objectif; c'est-à-dire le phénomène, la représentation, et c'est do là qu'il vient. Il est abstrait du domaine où régnent les effets et les causes. Il représente ce qu'il y a d'essentiel dans la cause; ce point où l'explication étiologique s'arrête, ne pouvant plus rien éclairer. — Au contraire, le concept de Volonté est le seul, entre tous, qui n'a pas sa source dans le phénomène ni dans la pure représentation intuitive; mais qui vient du dedans, qui sort de la conscience de chacun; dans lequel chacun
1. IJebpr dcn Willcn in dpr A'a/i/r, 3« édition, p. l'.t .''i,
reconnaît son propre individu, immédiatement, sans forme aucune, même celle de sujet et d'objet; car là ce qui connaît et ce qui est connu coïncident. Si donc nous ramenons la notion de force à celle de vouloir, nous ramenons l'inconnu à une chose beaucoup plus connue, à la seule chose immédiatement connue, ce qui étend beaucoup notre connaissance. Ramenons-nous au contraire, comme on l'a fait jusqu'ici, le concept de Volonté à celui de force, nous abandonnons l'unique connaissance immédiate que nous ayons du monde ; nous la laissons se perdre dans un concept abstrait tiré des phénomènes, et avec lequel nous ne pourrons jamais les dépasser^. »
Puisque la volonté est au cœur de nous-mêmes et de toute chose, il faut la placer au premier rang. Il lui est dû ; quoique, depuis Anaxagore, l'intelligence l'ait usurpé. Dans le volume qui complète son grand ouvrage, Schopenhauer a écrit un chapitre intéressant sur i> le Primat de la Volonté » ^ et sur l'infériorité du principe pensant, considéré comme un simple « phénomène cérébral ». A rigoureusement parler, l'intelligence n'est même qu'un phénomène tertiaire. La première place appartient à la Volonté ; la seconde à l'organisme qui en est l'objectivation immédiate; la troisième à la pensée qui est une « fonction du cerveau » et par conséquent de l'organisme, « On peut dire par conséquent : l'intelligence est le phénomène secondaire, l'organisme, le phénomène primaire ; la Volonté est métaphysique, l'Intelligence est physique; l'Intelligence est l'apparence, la Volonté est la chose en soi; et dans un