Die Welt, u. s. w. I, liv. II
sons de plus en plus métaphorique : la Volonté est la substance de l'homme, l'Intelligence est l'accident ; la Volonté est la matière, l'Intelligence la forme; la Volonté est la chaleur; l'Intelligence est la lumière. » Ceci s'établit par les faits suivants :
1° Toute connaissance suppose un sujet et un objet; mais l'objet est l'élément primitif et essentiel ; il est le prototype dont le sujet est l'ectype. Scrutons notre connaissance, et nous verrons que ce qu'il y a de plus généralement connu en nous, c'est la volonté avec ses affections : s'efforcer, désirer, fuir, espérer, craindre, aimer, haïr, en un mot, tout ce qui a rapport à notre bien ou à notre mal, tout ce qui est une modification du vouloir ou du non-vouloir. Même dans la conscience, la Volonté est donc l'élément primitif et essentiel.
2'' La base de la conscience dans tout animal, c'est le désir. Ce fait londamental se traduit par la tendance à conserver sa vie, son bien-être, et à se reproduire. Cette *^endance contrariée ou satisfaite produit la joie, la colère, la crainte, la haine, l'amour, legoïsme, etc. Ce fond est commun au polype et à l'homme. Les différences entre les animaux viennent d'une différence dans le connaître. La Volonté est donc le fait primitif et essentiel, l'Intelligence le fait secondaire et accidentel.
3» Si nous parcourons la série animale, nous verrons qu'à mesure qu'on descend, l'Intelligence devient de plus en plus faible et imparfaite ; qu'aucune dégradation pareille n'a lieu dans la Volonté. Dans le plus petit insecte la Volonté est tout entière : il veut ce qu'il veut aussi pleinement que l'homme. La Volonté est partout identique à elle-même; sa fonction est de la plus grande simplicité : vouloir ou ne pas vouloir.
4" L'intelligence se fatigue; la Volonté est infatigable. L'intelligence étant secondaire et physique est soumise coitMiiQ ioWe il la force d'inertie, ce qui explique pour-
quoi le travail intellectuel demande des moments de repos et pourquoi l'âge amène des dégénérescences du cerveau, par suite la folie ou la démence sénile. Quand on voit des hommes comme Swift, Kant, Walter Scott, Southey, Wordsworth et tant d'autres tomber en enfance ou en état de faiblesse intellectuelle, comment nier que l'intelligence est un pur organe, une fonction du corps ; tandis que le corps est la fonction de la Volonté?
5° L'Inielligence joue si bien un rôle secondaire qu'elle ne peut bien remplir sa fonction qu'autant que la Volonté se itbit et n'intervient pas ; cette remarque a été faite depuis longtemps : la passion est l'ennemie déclarée de la prudence. « L'œil de l'entendement humain, dit justement Bacon, n'est point un œil sec; mais un œil humecté par les passions et la Volonté : l'homme croit toujours ce qu'il préfère. »
6° Au contraire les fonctions de l'intelligence sori.'' augmentées par les excitations de la volonté, quand toutes deux agissent dans le même sens. C'est encore une remarque vulgaire. « La nécessité est mère des arts. » « Facit indlf/natio versuni, » etc. Même chez les animaux, des faits cités par tous ceux qui les ont étudiés, montrent que, quand la Volonté commande, rintoUigence obéit. Mais la réciproque n'est pas vraie. L'Intelligence s'éclipse devant la Volonté, comme la lune devant le soleil.
1" Si la volonté dérivait de l'intelligence, comme on l'admet généralement, là où il y a beaucoup de connaissance et de raison, il devrait y avoir beaucoup de volonté. Mais il n'en est pas toujours ainsi. L'expérience de tous les temps le montre. L'intelligence est l'instrument (le la volonté, comme le marteau est celui du forgeron.
b" Considérons, d'une part, les qualités et les défauts de l'intelligence; d'autre part, ceux de la volonté : l'histoire et l'expérience nous apprenucit qti'ils sont «'oni-
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plétement indépendants les uns des autres. Parmi les exemples qui viennent en foule, nous n'en rappellerons qu'un : François Bacon, de Vérulam. On a toujours regardé les dons de l'esprit comme un présent de la natui'e ou des dieux. Les qualités morales sont considérées comme innées, comme vraiment intérieures et personnelles. Aussi toutes les religions ont promis les récompenses éternelles, non aux vertus de l'esprit qui sont extérieures et accidentelles, mais aux vertus du caractère qui sont l'homme môme. Et les amitiés durables sont beaucou£..glutAtcelj£iLJ4I^^
l'analogiSoesintelligeriçes^e là la puissance de l'esprit de partlToesecte, de faction, etc.
9° Rappelons encore la différence que tout le monde fait entre le cœur et la tète. Le cœur, ce primuni mobile de la vie animale, est pris avec raison pour synonyme de la volonté. La langue emploie cœur partout où il y a volonté; tête partout où il y a connaissance *. On embaume le cœur des héros, non leur cerveau; on conserve le crâne des poètes et des philosophes.
10° Sur quoi repose l'identité de la personne? ce n'est pas sur la matière du corps qui change en peu d'années : ni sur la forme qui change en totalité et dans toutes ges parties; ni sur la conscience, car elle repose sur la mémoire et l'âge, les maladies physiques et mentales la détruisent. Elle ne peut donc reposer que sur l'identité de la volonté et l'immortalité du caractère. « L'homme est enfoncé dans le cœ»ur, non dans la tête. »
11» La volonté de vivre, avec l'horreur de la mort qui en résulte, est un fait antérieur à toute intelligence et indépendant d'elle.
12° Ce qui montre clairement la nature secondaire et dépendante de l'Intelligence, c'est son caractère d'inter-
1. Telles sont les expressions : bon cœur, mauvais cœur, avoir à cœur, être tout cœur à une chose — forte tête, pauvre tôle, perdre la t^te, etc.
LA VOLONTÉ 7l
mittence, de périodicité. Dans le sommeil profond, toute connaissance cesse. Seul, le cœur de notre être, le principe métaphysique, le primum mobile ne s'arrête pas, sans quoi la vie cesserait. Tandis que le cerveau se repose et avec lui l'intelligence, les fonctions organiques continuent toujours leur oeuvre. Le cerveau, dont l'office propre est de connaître, est une sentinelle placée dans la tête, par la volonté, pour surveiller le monde extérieur par 'a fenêtre des sens : de là son état d'effort et de tension continuels ; de là la nécessité de la relever de son poste.
Nous avons dit que Schopenhauer se comparait à Lavoisier et qu'il prétendait que la séparation, dans l'âme, de deux éléments (intelligence, volonté), est pour la métaphysique ce que la séparation de deux éléments dans l'eau est pour la chimie ^.
Il tenait beaucoup à l'originalité de sa découverte et il affirme qu'on la chercherait vainement avant lui dans la philosophie. Il n'a trouvé que quelques remarques de Spinoza (Éthique, III, prop. 9, 57) et ce curieux texte des Stromates de saint Clément d'Alexandrie : « Les facultés rationnelles sont, de leur nature, soumises à la volonté, « (al Y«p Xo'Ytxat Suvâp-ei; tou poûXeaOai Siaxdvoi Tîiçpûy.aai.) « IMais c'est l'envie seule qui nous fait trouver dans les anciens toutes les découvertes modernes. Une phrase vide de sons ou du moins inintelligible avant ces découvertes suffît pour faire crier au plagiat *. » Cette opposition entre la volonté et l'intelligence avait été cependant déjà exprimée, sous une forme physiologique, par un homme pour lequel Schopenhauer professe une profonde admiration, par Bichat. Il ne permettait pas à ses disciples de parler de physiologie ni de psychologie, avant de se l'être assimilé, ainsi que Cabanis; et il considérait sa philosophie comme la traduction métaphysique de la physiolo-