Purerija und l'aralipomena. ioin. II
des formes innombrables et de plus en plus parfaites, la volonté de vivre en est venue jusqu'au singe. Mais ce n'était encore que son avant-dernier pas ; dans l'homme elle a atteint le dernier. Un être supérieur à lui, plus intelligent que lui, serait impossible ; car il trouverait la vie trop déplorable pour la supporter un seul instant.
Ainsi l'univers nous apparaît dans sa totalité comme une objectivation progressive de la volonté. Au plus bas degré, les phénomènes dont s'occupent la mécanique et l'astronomie; puis en passant par la physique, la chimie, l'anatomie et la physiologie, nous atteignons enfin la poésie « qui nous montre la volonté sous l'influence des motifs et de la réflexion. Drame, épopée et roman nous peignent le caractère individuel et le poète est d'autant plus haut qu'il excelle mieux à la peindre : tel est Sha kespeare. »
L'indestructibilité (Un:rerstoerbarkeU) est le second caractère de la volonté. Comme chose en soi, elle est en dehors du temps, donc du changement, du phénomène, de la destruction. Samanière d'être est un éternel présent, un nunc stans, ce qu'on appelle l'éternité; « concept qui n'ayant pour base aucune intuition, n'a qu'une valeur négative ». Toute mort est une apparence, toute destruction une illusion. Nous allons voir Schopenhauer s'appuyer à plusieurs reprises sur le principe de conservation çt, dp ppi-siVilniva rln In f 'ii'ri--TI ne semble pas cependant qu'il en ait tiré tout le parti possible ; et il est probable qu'il eût insisté davantage, s'il eût écrit vingt ans plus tard. Ce qui le préoccupe surtout c'est la question de la mort ; problème capital « car la mort est proprement le génie inspirateur, le Musagète de la philosophie. Sans elle, on eût difficilement philosophé. » L'aniuiul a peur de la mort, mais il n'en a pas réellemejU la
connaissance; aussi chaque individu jouit en lui-nicrae de la pérennité de l'espèce, a conscience de lui-même comme étant sans fin. Chez l'homme il n'en est pas de même. Aussi toutes les religions et toutes les philosophies ont essayé de répondre à ses terreurs, pour les calmer. Les réponses oscillent entre ces deux extrêmes : considérer la mort comme un anéantissement absolu ; admettre une immortalité en chair et en os. Deux solufjons également fausses *.
En faiL,lar-ciiaijite deJa mort est indépendante de toute
connaissance. Elle existe^ chëzT^uinTàT^[Troiquîriir^êiî~~ait aucune idép.' Quiconque est né l'a apportée au monde avec soi. Elle a sa som^o,diinsia vojoiitc nuitend à vivre^ Nous sommes guidés durant notre existence par deux illusions : l'amour du plaisir, la crainte de la mori; c'est la volonté aveugle, mais souveraine, qui s'en sert pour nous conduire à ses fins. Si l'homme était une pure intelligence, la mort serait pour lui indlllerente, souvent même désirée. Mais l'existence individuelle a pour base la volonté, comme chose en soi, dont l'ellort vers l'cLre et le phénomène constitue le monde ; et cette tendance aveugle vers la vie est aussi inséparable de la volonté que l'ombre l'est du corps. Qujmniiiiajxi3eje^^ si notre ci'ainte du néant était laisonnée, nous devrions
rt6lTsiTîtruieTer auttrulttu néant qui a précédé noti'c existence que de celui qui doit la suivre. Et pourtant il n'en est rien. J'ai horreur d'un uïTini a parte post qui serait sans moi; mais je ne trouve rien d'effrayant dans un inlini a parie antc qui a été sans moi.
Nous savons, môme au simple point de vue de l'expérience, que rien ne périt. Le pendule qui, après beaucoup d'oscillations, a trouvé son centre de gravité, reste en repos. S'imagine-t-on pour cela que sa pesanteur est anéantie? Non; mais on dit que son activité n'est plus visible pour nos yeux, A la pesanteur, à l'électricité, à
1. Pour toute cette question : Die Welt ah Wille, tom. II, cli. 41, et tom. I, liv. IV.
•toutes les forces inférieures de ia nature, nous rorcnnaissons une éternité, une indestructibilité, que la fugacité et la disparition de leurs pliénomènes ne peuvent masquer. Comment donc pourrions-nous admettre l'aiiôantissement du principe de la vie, la destruction totale de riiomme par la mort? La matière prise dans le réseau inextricable de la causalité, assurerait à elle seule l'indestructibilité, même à celui qui serait incapable d'en saisir une plus haute. « Quoi! dira-t-on, la persistance d'une pure poussière, d'une matière brute; ce serait là la persistance de notre être? — •' Voyons, connaissc/.vous donc cette poussière? Savez-vous ce qu'elle est et ce qu'elle peut? Apprenez à la connaître avant de la mèjiriser. Cette matière qui n'est maintenant que poussière et que cendre, bientôt dissoute dans l'eau deviendra cri;,tal, brillera comme métal, jaillira en étincelles électriques, manifestera sa puissance magnétique, se fat^onnera en plantes et en animaux, etde son sein mystérieux se dévelo[)pera cette vie, dont la perte tourmente tant votre esprit borné. Dui'er sous la forme de cette matirMe, n'est-ce donc rien? » Quand l'imparfait, l'inférieur, l'inorganique est indestructible, comment admettre que les êtres les ]i!us parfaits, les vivants avec leur organisation infiniment compliquée seraient absolument détruits pour faire place à d'autres? Cela est si évidemment aljsurde qu'il est impossible que ce soit le véritable ordre des choses. Cela cache quelque mystère que la nature de notre intelligence nous empoche de pénétrer.
L'idéalisme donne le mot de cette énigme. Dans le monde des phénomènes soumis aux formes du tcmi)s, de l'espace et de la causalité, tout semble naître et mourir. Mais tout cela n'est qu'apparence. C'est une illusion qui a sa racine dans l'intelligence, qui ne subsiste que par elle et disparaît avec elle. Notre être véritable et l'être véritable de toute chose est en dehors du temps; et là les concepts do naissance et de mort n'ont aucune signitication. Spinoza a raison de dire que nous nous seii-
tons éternels « scntimus experimurque nos œternos esse n ; et la Nature au sens transcendant ressemble à ce château dont parle Diderot dans Jacques le fataliste, au frontispice duquel on lisait : « Je n'appartiens à personne et j'appartiens à tout le monde; vous y étiez avant que d'y entrer et vous y serez encore quand vous en sortirez. »
L'individu meurt, l'espèce est indestructible. L'individu est l'expression dans le temps de l'espèce qui est hors du temps. « La mort est pour l'espèce ce que le sommeil est pour l'individu. » L'espèce que Schopenhauer appelle aussi l'idée, au sens platonicien, représente un d.es aspects de la volonté comme chose en soi. A ce titre, elle représente ce qu'il y a d'indestructible dans l'individu vivant, comme les forces physico-chimiques représentent ce qu'il y a d'indestructible dans la natui'e inorganique. Elle contient tout ce qui est, tout ce qui fut, tout ce qui sera. « Quand nous jetons un regard vers l'avenir et que nous pcr.sons aux générations futures avec leurs millions d'individus humains, diflerents de nous par leurs mœurs et leurs costumes, et que nous essayons de nous les rendre présents, cette question se pose : D'où viendront-ils tous? Où sont-ils maintenant? Où donc est ce riche sein du néant, gros du monde, qui cache les générations à venir? — Et où pourrait-il é tre, sinon là où toute réalité a été et sera, dans le pré- ^ fjTJi pt d'ins__'^o qu'il pnptHiH4j,; en toi-nj££aiQ^-XH*^aii£tfH'i^feuiIins^nséi qui en méconnaissant ta propre essence, ressembles à la feuille sur l'arbre qui, se flétrissant en automne et pensant qu'elle va tomber, se lamente sur sa mort et ne veut pas se consoler à la vue delà fraîche verdure dont, au printemps, l'arbre sera revêtu. Elle dit en pleurant : Je ne suis plus rien! Feuille insensée! Où veux-tu aller? d'où les autres feuilles pourraient-elles venir? Où est ce néant dont tu crains le goulïre? Reconnais donc ton propre être dans cette force intérieure, cachée, toujours agissante de l'arbre qui à travers toutes
ses générations de feuilles ne connaît ni la naissance m la mort! Et maintenant l'homme n'est-il pas comme la feuille? »
OtT] Zip o'vXXôjv "^éviT], T0tr,5î xai àvoowv
« Voyez votre chien, dit encore SchopenhcTierqui pensait sans doute à son tidcle A.traa, comme il ast là devant vous paisible et joyeux! Des milliers de chiens ont dû mourir avant que celui-ci pût vivre. Mais la moi't de ces milliers n'a entamé en rien l'idée de l'espèce. Voilà pourquoi ce chien est si vif, si plein de force qu'il semble que ce soit son premier jour et qu'il n'en aura jamais un dernier, et que dans ses yeux brille le principe indestructible qui est en lui. Ce qui est mort n'est pas le chien; c'est son ombre, son image telle que les conçoit notre manière de connaître, soumise aux conditions du temps. » Sans doute l'individualité disparait à la mort, .lajiôtre coTnme cellejie |aiumal. Fra^îT^jH^r^mèaê^Té àJa con,science^par suite au cerveau, elle ne peut survivre à l'organisme. Mais qu'importe! « Ma persoiuialité phénomène est une aussi petite partie de mon être réel, que mon être est une petite partie du monde... Et que souci puis-je avoir de la perte de cette individualité, quand je porte en moi la possibilité d'individualités sans nombre?.... Une individualité bornée, qui serait condamnée à une durée sans fin, aurait une vie si monotone que mieux vaudrait le néant. Désirer l'immortalité de la personne, c'est proprement vouloir perpétuer une illusion à l'infini. » La seule chose qui soit indestructible ea nous et ailleurs, c'est donc la volonté.
Il nous resterait à examiner je troisième caractère do la volonté : la liberté. Cette étude trouvera luiuux sa
Kl l.A rilILOSOPHIE DE SHOPEMî.VLER
plucô dans la Morale ^ Pour Scliopenhauer, la voinniô est, à la fois absolument libre comme chose en soi et absolument nécessitée comme phénomène. En sorte que nous trouvons partout la même opposition : dans le monde de l'être, identité, indestruetibilité, liberté ; dans le monde du paraître, variété sans lin, naissance et mort, l'atalilé et déterminisme.
Pour compléter cette étude de la volonté qui est or même temps une métaphysique de la nature, il nous reste à exposer un point fort obscur, de la doctrine générale de Scliopenliauer : c'est sa théoloyie ^.
Le p.rogi'és des sciences physico-chimiques et des sciences biologiques a suscité, comme on le sait, de très vifs débats sur la question des causes finales. L'Allemagne en a été pnncipalement le théâtre : Licbig, Moleschott, Vogt, Bfichnor ont été les principaux jouteurs.
D'après le matérialisme physico-chimique, l'organisnie vivant n'est pas l'expression d'une force vitale ou d'un tvjie; mais simplement le résultat des forces aveugles de la nature. La vie est le produit de combinaisons chimiques très complexes, soumises à l'action des agents physiques extérieurs contre lesquels elles réagissent; et le mot vie n'-est qu'un terme collectif pour désigner la somme des fonctions de la matière organisée.
D'après la doctrine des causes finales, au conti-aire, la vie n'est pas un simple résultat des forces de la matière, agissant selon les lois mécaniques et chimiques ; mais c'est la manifestation d'une idée, d'un type, qui gouverne les forces aveugles de la matière et les emploie à ses desseins. La vie est un principe, non un résultat; une nniié réelle, non une unité fictive.
Frauenstaedt prétend que son maître a réconcilié ces lieux écoles rivales et qu'il a résolu le problème de l'accord des causes elficiontes et des causes finales par une