‹ La philosophie de Schopenhauer (volume 2)Chapitre 28 sur 97 · Voir ci-a|irès, ch. vi. § I · texte numérisé non relu

Voir ci-a|irès, ch. vi. § I

V. IJfhr den Witlcn in ilcrNatur : Veruleichente Anutomie . Die Wrllalu ». 8. VI. ttiiii. II, ch.'.:ii.

conceptioM a^i.-.cie de la vie organique; c'esl-à-diru en les rattachant, à la volonté comme cause première... Ici,* comm? partout, l'erreur vient -le ce qu'on a mis l'Intel-- Iii;ence au premier rang, la volonté au second, tandis .. que le contraire est la vérité. « La finalité évidente «[ui se rencontre dans toutes les parties de roryanisme animal, montre Clairement qu'il va là, non pas une force aveuyle, mais uns volon'é Mais on s'est accoutumé à ne concevoir l'action d'une volonté cjue^îomme conduite par une intelligence. On tient la volonté et l'intolligcnce pour.^ complètement inséparables et on regarde la volonté^ cuinme une pure opéraMon de l'intelligence. Par suite, là où la volonté igit, on dit que l'intelligence doit la conduire. Qu'arrive-t-ilV c'est qu'on cherche la finalité où elle n'est pas. On la met à tort hors de l'animal (jui devient dès lors le produit d'une volonté étrangère, placée sous la dépendance d'une intelligence qui, elle, a conju la finalité et la réalise. Par suite l'animal existerait dans rintolligence avant d'exister dans la réalité. C'est là le fondement de la preuve physlco-théologique. ■> Mais i onr Scliopenliauc!' la finalité dérive esseniiellcmont de la volonté et comme la volonté est le fond de tout être vivant, comme tout corps arganisé n'est que la volonté devenue visible, il en résulte que cette finalité est coétendue à l'être lui-i;iôme, «qu'elle est intérieure, iniinnnente.

« Notre étonnenient, dit-il, dans son livre sui- la Volonf.fi dans la nature (p. 5U), à la vue de la perfection infinie et de la finalité des œuvres de la nature, vient de ce que nous les considérons comme nous considérons nos propi'es œuvres. Dans celles-ci la volonté et l'œuvre sont de deux espèces différentes : puis, entre ces deux choses, il y en a encore deux autres : 1° l'intelligence étrangère à la volonté en elle-même et qui est un milieu que celle-ci doit cependant traverser avant de se réaliser; 2" une matière étrangère à la volonté et qui doit recevoir d'elle une forme et la recevoir de force; parce (juo cette

volonté lutte contre une autre qui est la. nature même de

i cette matière. — Il en est tout autrement des oeuvres de

1 la nature qui sont une manifestation immédiate, et non

•^ médiate de la volonté. Ici la volonté agit dans sa nature

primitive, sans connaissance . la volonté et l'œuvre ne

sont séparées par aucune représentation intermédiaire ,

elles ne font qu'un. Et même la matière ne lait qu'un

avec elles; car la matière est simplement la volonté à

l'état visible (die blosse Sichttarkeit des Willens). Aussi

trouvons-nous ici la matière complètement pénétrée par

la forme Ici, la mallèie, quand on la sépare de la

forme, comme dans l'œuvre d'an, est une pure abstraction, un être de raison dont il n'y a aucune expérience possible. La matièi e de l'œuvre d'art, au contraire , est empirique. L'identiié de la matière et de la forme est le caractère du produil naturel; leur diversité, du produit de l'art. »

Scliopenliauer pense qu'en établissant, comme le fait ' sa philosophie, l'identité de la matière et de la force, l'identité des causes efficientes et des causes finales est par là même établie, et que le débat entre le mécanisme et la finalité vient de ce que chacune des écoles s'en tient exclusivement à une des deux expressions d'une seule et ^ môme chose. Le matérialiste dit : nous voyons parce que nous avons des yeux, nous pensons parce que nous avons un cerveau. — Le partisan des causes finales dit : c'est ajin que nous voyions que nous avons des yeux; ajin que nous pensions que nous avons un cerveau. Tous deux ont en partie raison. Le parce que est juste, mais dans riiypothôse du a/t/i que ; et le ajln que est juste en se complétant par le parce que. La vie est le résultat de r l'action des forces matérielles; mais ces forces ne sont que la manifestation de la cause finale de la vie, c'est-à- , dire de la volonté de vivre. En un mot: La volonté devivi'o produit l'organisme et l'organisme, dans son contact avec le inonde extérieur, rend la vie possible. La volonté de connaître fa(;onne le cerveau et le cerveau

dans son contact avec les impi-essions du moude extérieur l'end la connaissance possible.

Ainsi, tandis qu'on admet généralement, au sommet des choses, une intelligence qui conçoit la fin et les moyens et dont la volonté est le pouvoir exécutif qui façonne la matière, Schopenhauer pose la volonté à la fois comme cause et comme matière : les concepts de moyen et de fin n'étant inhérents qu'à la nature de notre raison quand elle réfléchit sur l'organisme *. Ici Schopenhauer parle comme Kant qui considérait la conformité à un but, comme créée par la réflexion de l'esprit, qui admire par conséquent un miracle qu'il a produit luimême.

L'instinct éclaircit la finalité. Il semble qu'en le créant, la nature ait voulu mettre dans les mains de l'investigateur un commentaire de son mode d'action dans la production dos causes finales. Car l'instinct des animaux montre que l'être peut travailler d'une façon parfaitemont déterminée, en vue d'une fin qu'il ne connaît pas, dont il n'a même aucune représentation. La cause finale elle aussi est un motif (jui agit sans être connu.

On peut dire que la volonté chez les animaux est gouvernée et conduite à l'action de deux manières différentes: par motif ou par instinct; par une occasion extérieure ou par une impulsion intérieure. Mais cette opposition du motif et do l'instinct, examinée de plus près, devient moins profonde et n'offre même plus qu'une différence de degré : car le motif, lui aussi, ne peut agir que dans ^hypothèse d'une impulsion intérieure ^c^e^i-k-àivQ d'une manière d'être particulière de la volonté que l'on appelle •le caractère. En ce sens la différence de l'instinct et du caractère se réduit à ceci : que l'instinct est un caractère qui n'agit que sous l'impulsion d'un motif déterminé d'une manière toute spéciale: et par suite on peut le définir-

1. Jst die ZweckiiiaessigUeit 'les Orgiinisiiius IjIoss da fiir die er- UeiiiuMule Vernniirt, dereii L'eborlugung un die li^ yrilTo von Zvvcck <Mi'! Mitlel yoljuudcn ist.

88 LA l'ilILnsoPHlK DE SCHOI'ENH ACEIl

« un caractère delenijiiiè diitis un sens uiiiijue avec uiio force incomniensuraLile. « Le motif, au contraire, suppose une sphère fie connaissance plus étendue et par conséquent une intelligence plus développée. — Quant à ces instincts qui supposent chez l'animal une r nticipation do l'avenir (le nccrophorus Kcspillo, etc.) « leur source, dii Schopenbauer n'est pas dans la connaissance ; mais dans la volonté comme chose en soi, laquelle, comme telle, est en dehors des formes de la connaissance : à cet égaid donc le temps n'a aucun sens pour elle ; le futur est aussi près d'elle que le présent. »

Celte élude sur la volonté nous a fait pénétrer jusqu'r.u cœur même de la philosophie de Schopenhauer, puisquo la volonté est l'irréductible, l'explication dernière, « bi chose^en^oi "• Mais faut-il croire que nous touchons ici à ce que les métaphysiciens appellent l'absolu? 11 iaut s'expliquer sur ce point.

« (Qu'est-ce que la connaissance? dit Schopenhauer*.

— C'est d'abord et essentiellement une représentation.

— Qu'est-ce qu'une représentation? — Un phénomène céréljral très complexe qui aljoutit à la formation d'une Imugc. Ces intuitions qui sont la base et' la matière de toute autre connaissance, ne pouvent-elles pas être considérées comme la connaissance de la chose en soi ? Ne peut-on pas dire : l'intuition est produite par quclijue chose qui est hors de nous, qui a(jit, et par conséquent qui est? Nous avons vu que l'intuition, étant soumise aux formes du temps, de l'espace et de la causalité, ne peut donner par là même la chose en soi; que celle-ci doit être cherchée, non d ins une connaissance, mais dans un acic; qu'il y a une voie intérieure qui, semblable à un souterrain, à une route secrète, nous introduit d'un seul cou|>, comme par trahison, dans la forteresse. La chose en soi

t. Die Welt als Willc u s. w. tome 11, cli. xviii.

ne peut être donnée que dans la conscience ; puisqu'il faut qu'elle devienne consciente d'elle-mênae. Vouloir la saisir objectivement, c'est vouloir réaliser une contradiction. Mais qu'on remarque bien ce qui en résulte.

La perception interne que nous avons de notre propre volonté, ne peut en aucune façon nous donner une connaissance complète, adéquate de la chose en soi. Cela ne pourrait être que si la volonté nous était connue immédiatement. Mais elle a besoin d'un intermédiaire , l'intelligence, qui suppose elle-même un intermédiaire : le corps, le cerveau. La volonté est donc, pour nous, liée aux formes do la connaissance ; elle est donnée dans la conscience sous la forme d'une perception et, comme telle, se scinde en sujet et en objet. La conscience se produit sous la forme invariable du temps, de la succt'ssion; chacun ne conuait sa volonté que par des actes successifs, jamais dans sa totalité. Chaque acte devoloi:té qui sort des profondeurs obscures de notre intérieur, pour/ arrivera la lumière de la conscience, représente le pas-i sage de la chose en soi au phénomène. C'est là du moins le point où la chose en soi se donne le plus immédiatement comme phénomène, se rapproclie le plus du sujet connaissant. Et c'est en ce sens que la volonté est tout lO qu'il y a de plus intime, de plus immédiat, de [tlus imlcpendant de la connaissance, qu'elle peut être appelée la chose en soi.

« ISiais si on se pose cette question dernièi^e : « Cette volonté qui se manifeste dans le monde et par le monde, qu'est-elle absolument et en elle-même? » H n'y a aucune réponse possible à cette question; puisque être connu est en contradiction avec être en soi, et que tout co qui est connu est par là même phénomène. » En d'autres termes, la volonté saisie sous la forme de la connaissance est par là même saisie comme conditionnée et cesse d'être la chose en soi.

<! Pour conclure, l'essence universelle et fondamentale de tous les phénomènes, nous l'avons appelée colonie,

d'après la manifestation dans laquelle elle se fait connaître sous la forme la moins voilée ; mais par ce mot nous n'entendons rien autre chose qu'une X inconnue : en revanche, nous la considérons comme étant, au moins d'un côté, infiniment plus connue et plus sûre que tout le reste *. »

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