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gences d'un plan, l'art fait profession d'être inutile comme la pliilosophie même; le génie méprise la pratique, il craindrait de s'abaisser aux calculs réfléchis de la volonté qui, de toute la force de ses instincts, se livre à l'intérêt et à l'amljition; dans sa naïveté, il ignor'e du monde tout ce qui est étranger à la beauté; aussi, malgré sa puissance et sa supériorité, préfère-t-il le rôle de roi sans couronne, voué à une solitude sublime; alors même qu'il se sent le jouet des Antonio, il ne veut pas abdiquer la folie chevaleresque du Tasse *. On comprend par là comment le génie doit être ennemi de ces sciences abstraites où .concourent la représentation et la volonté : il accepte de l'imagination tout ce qu'elle peut fournir à l'art, mais il repousse cette autre imagination que Kant appelait Vimof/inatcon a priori et qui sert uniquement à ligurer les formes de la sensibilité, telles que l'espace et le temps. 11 en résulte que le génie doit avoir une antipathie profonde contre les mathématiques, cette science de l'espace et de l'imagination abstraite : Schopenhauer est loin de croire avec Novalis qu'un géomètre soit poète ; il s'attache plutôt à dresser une liste de génies hostiles aux sciences exactes, et la contemplation pure lui semble tellement étrangère à la raison suffisante qu'il la juge incompatible avec la science des relations et des catégories. Il trouve au contraire des rapports évidents entre le génie et la folie : selon lui, les fous et les grands génies se ressemblent en ce qu'ils connaissent surtout le présent; de mémo que le sujet pur de la connaissance voit tout dans une intuition immédiate, soustraite aux limites du temps, de même le fou parai o concentrer toute la raison qui lui reste sur les objets immédiatement présents à ses yeux ; les réalités se dessinent dans son intelligence avec un relief puissant ; i! ne commence à se tromper et à délirer que plus tard,
1. Allusion à l;i ii-a;:éilie de Gœlhe : TorquaLo Tasso. Die Wult I, Uv. 111. S •'i6 '-l 37.
quand il essaie de rejoindre, dans la durée, ses intuitions actuelles à ses souvenirs. La folie et le génie n'ont pas de mémoire : ils ne vivent que du présent, l'intuition est leur seule faculté, et les images s'ollVent toujours à eux dans leur dessin le plus concret et leur couleur la plus vive. Leur faculté de sensations semble toute neuve, ils paraissent voisins encore de l'enfance, tant leur système nerveux est développé *, avec cette différence toutefois que chez les enfants il n'y a pas eu d'effort à faire pour maintenir cette prédominance de l'intuition, tandis que le géni"?. et souvent la folie sont le résultat d'une lutte prolongée entre les notions abstraites et les perceptions immédiates. Cette lutte, au reste, se trahit dans l'état pliysiologicjue du cerveau ; le cerveau des hommes de génie doit être rangé au nombre des monstra per exccssum 2, et la cause qui détermine cette heareuse anomalie, est précisément le trionipiie de l'intelligence contemplative sur la volonté. Dans l'état normal, le cerveau contient 2/3 de volonté et 1/3 d'intelligence ; chez les hommes de génie la proportion est renversée, l'intelligence envahit les 2/3, abandonnant 1/3 à la volonté ; le système nerveux croit dans la même proportion et les physiologistes pourraient confirmer par leurs observations celle des psychologues. Tel est le génie, ce sens des idées, ce miroir du monde que ne ternit aucun soufHe de personnalité ; telle est cette faculté supérieure, qui, par les privilèges de sa nature, initie les âmes élevées aux mystères de la contemplation esthétique.
Mais il y a, dans l'esthétique, deux éléments à distinguer: l'un, subjectif, le sujet pur de la connaissance;