LART
rcusement aux progrès de l'objectivât ion et de l'idée dans la nature. <> La basse fondamentale est dans l'harmonie ce qu'est dans l'univers la nature inorganique, Is masse sur laquelle tout repose, et d'où tout s'élève pour s'accroître ; « c'est cette analogie que Mozart a respectée dans le dernier acte de don Juan, en traduisant par la basse les sentiments de la Statue de pierre. De même, les intervalles des sons peuvent être comparés aux espèces, et la transition de l'harmonie à la mélodie est comparable aux progrès que fait l'univers depuis la nature inorganique jusqu'à l'homme. Au reste, si la musique est l'imago immédiate de la volonté, elle est une philosophie, et à la définition de Leibniz: '■ Excrcitiuin arUhmeilcœ occultum ncsclentls se numerare animi, » on doit préférer la suivante : « Muslca est exercifium riietaphfjsices occultum -nescientis seplùLosophari animi.» Ici Schopenhauer semble, par l'effort de sa pensée originale, renouveler certaines théories de l'antique pytliagorisme ; et toutefois cette restauration savante perd son caractère archaïque si l'on songe que de notre temps même, la musique appelée par certains critiques l'art distinctif du xix^ siècle, a inspiré plus d'un système où la métaphysique paraissait se souvenir de Sébastien Bach et de Beethoven. Il faut avouer en effet que la musi(]ue, par l'universalité même des sentiments (ju'elle e.\[»rinic, se rapproche en quelque sorte de l'absolu : « Tandis que les notions abstraites sont les unioersalla post rem, e' les réalités les unioersalia in re, la musique traduit les unicers'i lia ante rem;n aussi ne doit-elle pas dégénérer de sa nature, et sa première loi, que Rossini a observée, est de ne point s'asservir aux paroles de l'opéra. Elle est et reste libre : elle est l'art le plus indépendant, le plus aifranchi, celui qui représente le mieux le quiétisme esthétique de l'objectivité et de la contemplation.
< Je ne veux pas, dit en terminant Scliopeiiliauer, prolonger ces réflexions: le but de mon ouvi-age pourtant les rendait nécessaires, et l'on me blâmera moins, si
l'on se rappelle l'importance trop méconnue et le haut mérilo de l'art. On réfléchira que si, à notre sens, l'ensemble du monde visible n'est que l'objectivationet le miroir de la volonté, destiné à lui donner la conscience d'ellemême, et, comme nous le verrons, à lui faire espérer la possibilité de son affranchissement; si, en même temps, le monde comme leprésentation indépendamment de la volonté, est le côté le plus joyeux et le seul innocent de la vie: dès lors nous pouvons considérer l'art comme le plus haut progrès, le développement le plus accompli, puisqu'il est essentiellement la même chose que le monde visible, mais concentré, achevé, et que partant, il peut être nommé, dans le vrai sens du mot, la fleur de la vie. Si en effet le monde comme représentation n'est que l'objectivation de la volonté, l'art est l'explication même de cette objectivation, la chambre obscure qui montre les objets avec plus de pureté, les laisse mieux dominer et embrasser; c'est le spectacle dans le spectacle, la scène sur la scène d'//'< ah /e^. Mais la jouissance de toute beauté, la consolation de l'art, l'enthousiasme qui fait oublier à l'artiste les peines de la vie, tout cela repose sur cette considération que la volonté et l'existence sont une souffrance aussi lamentable qu'effrayante, tandis que le monde considéré comme représentation et concentré par l'art fournit un spectacle intéressant. Ce côté de la connaissance pure et de la concentration artistique est l'élément de l'artiste ; c'est là son but, il y reste. Toutefois, ce n'est pas encore là le quiétisme de la volonté que nous verrons dans le livre suivant: l'artiste n'est en effet afTranchi de la vie que pour quelques instants, l'art n'est pas un chemin pour sortir de la vie, c'est une consolation pour y rester; jusqu'à ce qu'eiiihi, fatigué du jeu, on en vienne aux choses sérieuses. La sainte Cécile do Rai)Iiaël est comme le symbole do cette transition do l'art à la morale ^