Parêrga und ParaLipomena, tom. I, p
û{j LA PHILOSOPHIE DE SCHOPËNHAÙEft
la conduite de l'humanité, il faut bien reconnaître qùô les doctrines métaphysiques, à tort ou à raison, ont un intérêt de premier ordre.
« L'homme est le seul être qui s'étonne de sa propre existence * ; l'animal vit dans son repos et ne s'étonnanl de rien. La Nature après avoir traversé les deux règnes inconscients du minéral et du végétal et la longue série du règne animal, arrive enfin dans l'homme à la raison et à la conscience ; et alors elle s'étonne de son œuvre et se demande ce qu'elle est. Cet étonnement qui se produit surtout en face do la mort, et à la vue de la destruction et de la disparition de tous les êtres, est la source de nos besoins métaphysiques ; c'est par lui que l'homme est un animal métaphrjsiquc. Si notre vie était sans fin et sans douleur, peut-être ne serait-il arrivé à personne de se demander pourquoi le monde est, qu'elle on est la nature : tout cela paraîtrait se comprendre de soi-même. Mais nous voyons que tous les systèmes religieux ou philosophiques ont pour but de répondre à cette question : qu'y a-t-il après la mort? et quoique les religions paraissent avoir pour principal objet l'cxistonco de leurs dieux; cependant ce dogme n'a d'influence sur l'homme qu'autant qu'il est lié ù celui de l'immortalité et qu'il en parait inséparable. C'est ce qui explique aussi pourquoi les systèmes proprement matérialistes, ou absolument sceptiques, n'ont jamais pu obtenir une inlluence générale ni durable.
« Les temples et les églises, les pagodes et les mosquées, dans tous les pays, dans tous les temps, témoignent du besoin métaphysique de l'homme. Il peut se contenter quelquefois de fables grossières, de contes absurdes ; mais quand on les a imprimés en lui d'assez l)onne heure, ils suffisent à lui donner le sens do son existence et à soutenir sa moralité. Qu'on considère par exemple le Koran : ce méchant livre a suffi pour fonder