‹ La philosophie de SchopenhauerChapitre 24 sur 56 · Die Welt ulé WiUe* u. g. w,, tome II · texte numérisé non relu

Die Welt ulé WiUe* u. g. w,, tome II

LA VOLOMT* 63

Les savants croient que quand ils ont tout réduit au mouvement, tout est clair. Un homme comprend-il mieux pourtant le roulement d'une bille après le choc reçu, que son propre mouvement après un motif perçu? Beaucoup peuvent se Timaginer : c'est tout le contraire. A la réflexion, on verra que, dans les deux cas, l'essentiel est identique. Schopenhauer avait sur ce point un argumentum ad oculos, Frauenstaedt raconte qu'un soir qu'ils buvaient ensemble un verre de vin à V Hôtel â! Angleterre^ au moment où il étendait le bras pour prendre son verre, Schopenhauer l'arrêta brusquement et lui fit remarquer que cet acte volontaire ne diffère pas essentiellement d'un choc mécanique quelconque produit par une force aveugle ; dans les deux cas il n'y a que les causes occasionnelles qui diffèrent : dans l'un, un motif, le verre de vin perçu ; dans l'autre une cause mécanique : mais toujours la même nécessité^.

Toutes ces méthodes ont un défaut commun : elles sont extérieures. « Nous voyons donc que du dehors^ on ne pourra jamais parvenir jusqu'à l'essence des choses; si longtemps qu'on cherche, on n'y gagnera rien, que des images et des mots : c'est ressembler à un homme qui tourne autour d'un château, cherchant vainement une entrée et qui, en attendant, esquisse la façade. Telle est cependant la route que tous les philosophes ont suivie avant moi *. » Quelle est donc cette méthode intérieure qui nous conduira jusqu'au principe des choses, jusqu'à la Volonté ? La voici.

Si l'homme n'était qu'un être pensant, « une tête d'ange ailée et sans corps, » un pur sujet de la connaissance, le monde qui l'entoure ne lui apparaîtrait que comme une représentation. « Mais il a sa racine dans « ce monde, il s'y trouve comme individu^ c'est-à-dire « que sa connaissance qui est le support du monde

1. Frauenstaedt, Briefe ûber die Sc/iopen/Miuer'«<î/ie, Philosophie, p. 153.

l. Die WeU aZ« WHl^, ibid.

« comme représentation, dépend d'un corps dont les a affections sont le point de départ de nos intuitions « du monde. Ce corps est, pour le sujet purement pen- « sant, une représentation parmi d'autres représenta- M tions, un objet parmi d'autres objets : les mouveù ments et les actions de ce corps ne sont connus du ^ sujet purement pensant, que comme les change- « ments de tous les autres objets sensibles; et ils lui « seraient aussi étrangers, aussi incompréhensibles, si « leur signification ne lui était révélée d'une autre

- manière. Il verrait ses actes suivre les motifs, avec I la constance d'une loi naturelle, comme le .«font les " autres objets qui obéissent à des causes de diverses K espèces. Il ne comprendrait pas plus l'influence des ^ motifs que le lien de tout autre effet avec sa cause. <^ Il pourrait à son gré, nommer force, qualité ou ca-

- ractère, l'intime et incompréhensible essence de ses

• actes ; mais il n'en saurait pas plus long. Il n'en est V pas ainsi : il y a un mot qui explique l'énigme du sujet « de la connaissance : ce mot c'est Volonté. Ce mot, « et ce mot seul lui donne la clef de lui-même comme ^ phénomène, lui en révèle le sens, lui montre le res-

■ sort intérieur de son être, de ses actes, de ses mou- « vcments. Au sujet de la connaissance qui, par son

* identité avec le corps, existe comme individu, ce

■ corps est donné de deux façons différentes : comme t représentation ou intuition, comme objet parmi des u objets et soumis comme tel aux lois objectives; — en " même temps, il est ce que chacun connaît immédia- « iement; ce qu'exprime ce mot volonté. Tout acte vô- « ri table de la volonté est immanquablement aussi un u mouvement de son corps; il ne peut vouloir l'acte ff réellement, sans percevoir en même temps qu'il se « manifeste comme mouvement du corps. L'acte voi Ion taire et l'action du corps ne sont pas deux états, « différents objectivement, et reliés par le lien delacau- "t aalité . il n'y a nas entre eux un rannort de cause à

« effet : ils sont une seule et même chose, donnée seu- • lement de deux manières totalement différentes, « d'une part immédiatement, d'autre part dans Tintui- « tion intellectuelle. L'action du corps n'est autre chose « que l'acte de la Volonté objectivé, c'est-à-dire mani- « festé dans l'intuition... Ce n'est que pour la réflexiofi « que faire et vouloir diffèrent ; en réalité ils sont un '» p» Pour conclure, le fond de notre être, c'est la volonté ; sa manifestation immédiate, c'est le corps.

Telle est cette méthode intérieure, immédiate, hérente à la réalité : la seule vraie d'après Schopenhauer. La seule connaissance immédiate que nous ayons est celle de notre Volonté. C'est le datum qui peut nous servir de clef pour tout le reste ; la seule porte étroite que nous ayons pour arriver à la vérité. « Par suite nous devons chercher à comprendre la nature d'après nous-mêmes et non pas nous-mêmes d'après la nature, n Nous verrons plus loin comment Schopenhauer retrouve partout une Volonté identique à elle-même, dans tous ses degrés et chez tous les êtres. Notons seulement ici que c'est la connaissance immédiate que nous en trouvons en nous-même qui, seule, nous fait comprendre le reste de la nature et nous conduit à l'esserico de l'être, c'est-à-dire à la chose en soi. Car le monde dépend de ma représentation qui dépend de mon corps ; mon corps au contraire dépend de la volonté qui rto dépend de rien.

Il y a un point de la plus haute importance sur lequel nous devons insister d'abord, sans quoi le lecteur serait exposé à comprendre tout ce qui suit à contre-sens. Schopenhauer prend le mot Volonté dans un sens qui lui est propre et qu'on peut traduire sans trop d'inexactitude par le mot force. On entend d'ordinaire par Volonté l'acte conscient d'un être intelligent ; tandis que pour Schopenhauer la Volonté est inconsciente par

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