‹ La philosophie de SocrateChapitre 12 sur 73 · L'ÉTUDE DE L'HOMME, POINT DE DÉPART DE TOUTE SPÉGUUTION PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

L'ÉTUDE DE L'HOMME, POINT DE DÉPART DE TOUTE SPÉGUUTION PHILOSOPHIQUE

Le nouveau principe de Socrate devait nécessairement renouveler la méthode de la philosophie. Si, d'un côté, la morale touche à la métaphysique, de Tautre elle a un lien étroit avec la psychologie ; aubnt les études physiques des Ioniens entraînaient Tesprit au dehors, autant les études morales de Socrate le forceront désormais à rentrer en lui-même.

Socrate demandait si les philosophes « croyaient avoir assez approfondi les choses humaines ^ » pour s'occuper des mystères du cosmos. C'était donc l'erreur de méthode, et non la vanité de l'objet, qui choquait sa raison. La vraie méthode consistait pour lui à s'élever du facile au difiîcile, du connu à l'inconnu; par conséquent, le point de départ devait être à ses yeux la connaissance de soi-même.

« En vérité, Socrate, je me croyais très-avancé a dans la philosophie, et je pensais avoir appris par a elle tout ce qui convient à un homme qui soucc pire après le beau et le bon. Figurez-vous quel

* Xén.y Mém.y I, i.

36 L'ÉTUDE DE L*HOMlfE.

« est à présent mon découragement, en voyant que, « pour fruit de tant de peines, je ne puis pas même « répondre aux questions qu'on me fait sur ce qu'il « est si important de savoir, et que je ne connais « plus avûune rovte {6iov oiieyLlay) qui puisse me con- « duire à devenir meilleur. — Socrate reprit alors : «Dites-moi, Euthydème? êtes-vous jamais allé à « Delphes ? — Oui, et même deux fois. — Avez-vous « lu cette inscription gravée en quelque endroit du « temple: Connais'toi toi-même? — Oui. — Avez- « vous négligé cet avis, ou avez-vous entrepris « d'examiner qui vous êtes ? — Non, en vérité. C'est « une connaissance que je croyais bien posséder ; a car difficilement fen eusse acquis d^ autres , n « je ne me fusse pas connu m^i-même. — Pensez- « vous que, pour se connaître, il suffise de savoir « son nom? Ou bien, à l'exemple de celui qui, vouc< lant acheter un cheval, ne se flatte pas de bien « le connaître sans avoir examiné s'il est docile ou « rétif, faible ou vigoureux, vif ou lent, en un mot « s'il réunit toutes les qualités qui constituent un (c bon ou un mauvais cheval, ne doit-on pas exami- « ner, ju^er à qvm l^on est propre et quelles sont ce nos forces? — Il me semble, en effet, que ne « pas connaître ses facultés, c'est ne pas se con- « naître soi-même. — N'est-il pas évident que les « homn^es ne sont jamais plus heureux que quand « ils possèdent cette connaissance, ni plus mal- « heureux que lorsqu'ils se trompent sur leur pro- « pre compte? En effet, ceux qui se connaissent

Page 1