L'ÉTUDE DE L'HOMME, POINT DE DÉPART DE TOUTE SPÉGUUTION PHILOSOPHIQUE
Le nouveau principe de Socrate devait nécessairement renouveler la méthode de la philosophie. Si, d'un côté, la morale touche à la métaphysique, de Tautre elle a un lien étroit avec la psychologie ; aubnt les études physiques des Ioniens entraînaient Tesprit au dehors, autant les études morales de Socrate le forceront désormais à rentrer en lui-même.
Socrate demandait si les philosophes « croyaient avoir assez approfondi les choses humaines ^ » pour s'occuper des mystères du cosmos. C'était donc l'erreur de méthode, et non la vanité de l'objet, qui choquait sa raison. La vraie méthode consistait pour lui à s'élever du facile au difiîcile, du connu à l'inconnu; par conséquent, le point de départ devait être à ses yeux la connaissance de soi-même.
« En vérité, Socrate, je me croyais très-avancé a dans la philosophie, et je pensais avoir appris par a elle tout ce qui convient à un homme qui soucc pire après le beau et le bon. Figurez-vous quel
* Xén.y Mém.y I, i.
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« est à présent mon découragement, en voyant que, « pour fruit de tant de peines, je ne puis pas même « répondre aux questions qu'on me fait sur ce qu'il « est si important de savoir, et que je ne connais « plus avûune rovte {6iov oiieyLlay) qui puisse me con- « duire à devenir meilleur. — Socrate reprit alors : «Dites-moi, Euthydème? êtes-vous jamais allé à « Delphes ? — Oui, et même deux fois. — Avez-vous « lu cette inscription gravée en quelque endroit du « temple: Connais'toi toi-même? — Oui. — Avez- « vous négligé cet avis, ou avez-vous entrepris « d'examiner qui vous êtes ? — Non, en vérité. C'est « une connaissance que je croyais bien posséder ; a car difficilement fen eusse acquis d^ autres , n « je ne me fusse pas connu m^i-même. — Pensez- « vous que, pour se connaître, il suffise de savoir « son nom? Ou bien, à l'exemple de celui qui, vouc< lant acheter un cheval, ne se flatte pas de bien « le connaître sans avoir examiné s'il est docile ou « rétif, faible ou vigoureux, vif ou lent, en un mot « s'il réunit toutes les qualités qui constituent un (c bon ou un mauvais cheval, ne doit-on pas exami- « ner, ju^er à qvm l^on est propre et quelles sont ce nos forces? — Il me semble, en effet, que ne « pas connaître ses facultés, c'est ne pas se con- « naître soi-même. — N'est-il pas évident que les « homn^es ne sont jamais plus heureux que quand « ils possèdent cette connaissance, ni plus mal- « heureux que lorsqu'ils se trompent sur leur pro- « pre compte? En effet, ceux qui se connaissent