RONDEMENT ONTOLOGIQUE DE LA MÉTHODE DE SOCRÀTE
rêtre, l'universel de l'individuel, et le poser, sous le nom à' Idée, en dehors des objets sensibles, comme le principe dont ils tiennent leur forme et leur existence même : « Platon dit que les choses « sensibles existent en dehors des Idées, et sont « nommées d'après elles ; car il pensait que toutes « les choses d'une même classe tiennent leur nom « commun des Idées, en vertu de leur participation « avec elles *. »
Le dogme propre à Platon est donc' bien la réalisation de l'universel dans l'Idée, et de l'Idée dans l'Être absolu (r^ TravreXwç Svrt). Aristote a beau réduire la portée de ce changement, il n'en est pas moins vrai que tout le platonisme y est contenu. Est-ce donc peu de chose que de transporter dans V objectif celle distinction de l'universel et du particulier, qui était surtout subjective avant Platon? Ou plutôt, Socrate a déjà confondu dans une synthèse spontanée et vague le point de vue de l'être et celui de la pensée; il est déjà dialecticien, et en cherchant les genres, il soupçonne qu'il n'accomplit pas seulement un travail logique ; mais qu'est-ce que cette synthèse qui vient d'une analyse insuffisante, auprès de la synthèse réfléchie propre à Platon?
On sait que Platon admettait trois degrés dialectiques : les choses sensibles, les choses mathématiques et logiques {ri jutaSyî/xanxa), et Ics Idécs en soi. Les Ioniens n'ont connu que les choses sensibles ;
^Mét.,ïbid.
lONDEMENT ONTOLOGIQUE DE LA MÉTHODE DE SOCRATE. 137
Jes Pythagoriciens se sont arrêtés aux nombres mathématiques ; Socrate lui-même n'a pas franchi la r^on des conceptions logiques {oi Tiéyoïj.ol opicriioi, xà ym)j région intermédiaire entre le sensible et Tidéal (ri ixera^v). Platon s'élève plus haut. Tout a sa raison dans l'absolu; donc les distinctions de la pensée doivent avoir leur raison dans la nature étemelle des choses ; les notions logiques doivent avoir leur fondement dans quelque réalité ontologique. Au-dessus de l'idée inhérente à l'esprit humain, ou notion générale^ comme au-dessus de l'idée inhérente à la matière, ou phénomène sensible, doit «e trouver l'Idée en soi, séparée, absolue, réelle et intelligible tout ensemble, principe commun d'être et de pensée. C'est ce principe qui est la vraie raison des choses sensibles et des notions logiques. Les choses lui doivent la possibilité d'être définies ; et l'esprit humain lui doit le pouvoir de définir. C'est une forme éternelle de l'existence et de la pensée absolue, à laquelle participent la matière et l'esprit humain; c'est tout à la fois ce qu'il y a de plus idéal et de plus réel, c'est l'unité de la pensée et de l'essence : c'est l'Idée. Il en résulte que le dialecticien atteint l'être en même temps que la pensée, et possède ainsi une méthode à double portée, à la fois logique et ontologique, qui d'abord idéalise le réel, puis réalise l'idéal.
En un mot, pour déterminer. ce qui est socratique et ce qui est platonicien, Aristote nous a fourni le meilleur critérium. La dialectique de Socrate roule