‹ La philosophie de SocrateChapitre 4 sur 73 · MÉTHODE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

MÉTHODE GÉNÉRALE

ceux qui savent Fart de tromper. Peut-être mon style est-il dépourvu d'élégance. Je ne suis point jaloux d'un tel avantage. Mon seul but est de donner les leçons nécessaires à ceux qui se forment à la vertu ; or, ce ne sont pas des mots qui peuvent instruire, ce sont des pensées, si elles sont bonnes. J'écris pour être vrai, non pour faire des sophistes, mais des sages et des gens de bien. » Xénophon est trop modeste. Il n'est point un homme ordinaire, mais ce n'est pas non plus un philosophe. Il se montre même dédaigneux de la spéculation philosophique et fort peu habile dans la « définition des objets » à laquelle son maître attachait, selon lui, tant d'importance. Nous lirons dans les Mémorables plus d'une phrase naïve comme la suivante :

c< Il serait trop long de rapporter comment Socrate définissait toutes choses (^Travra Sic^piZero). » Génie pratique et un peu étroit, Xénophon s'attache à la lettre bien plus qu'à Tesprit de l'enseignement de Socrate ; or, dans ce cas, la lettre même finit toujours par être mal saisie et plus ou moins altérée.

D'ailleurs, Xénophon a surtout pour but de peindre, dans les Mémorables, l'homme et le mo-

MÉTHODE GÉNÉRALE. y

laliste, non le philosophe. Il veut nous montrer ce que, pour sa part, il goûtait le plus dans Socrate. La nature même de son apologie l'excite, indépendamment de ses goûts et de ses aptitudes, à voiler le plus possible le côté spéculatif des doctrines de son maître. N accusait-on pas ce dernier de vouloir pénétrer les mystères dé la nature et les secrets de la divinité? Ne le confondait-on pas avec ces sophistes qui se plaisent aux discussions subtiles et aux spéculations oiseuses ? Les Entretiens mémorables furent publiés à une époque où Socrate était encore impopulaire. Xénophon ménage beaucoup plus que Platon les opinions reçues ; il est plus politique. S'il réussit admirablement à reproduire dans ses grands traits la morale pratique de Socrate, il laisse dans Tombre, autant qu'il peut, le philosophe et le dialecticien. Il voudrait nous montrer dans Socrate un honnête citoyen, peu novateur, fidèle aux traditions religieuses de son pays. Mais, si on s'en tenait à ce Socrate affaibli, pourrait-on rien comprendre à l'immense révolution philosophique dont Socrate fut le promoteur?

comprendrait-on davantage les î^iiées d'Aristophane et l'accusation de Mélitus? La vie et la

Page 1