‹ La philosophie de SocrateChapitre 5 sur 73 · VI MÉTHODE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

VI MÉTHODE GÉNÉRALE

mort de Socrate ne peuvent s'expliquer que par ses spéculations philosophiques.

Pourtant, quelque soin que Xénophon ait pris de représenter un Socrate orthodoxe, le philosophe novateur se trouve dessiné dans les Mémorables en traits impossibles à méconnaître. Xénophon nous révélera malgré lui ce remueur d'idées, cet accoucheur d'esprits, ce curieux chercheur qui s'efforce de tout définir, qui interroge d'abord la nature, puis sa propre pensée, et qui ne cessa jamais de poser des questions à lui-même ou aux autres.

Nous arriverons même, par la comparaison de Xénophon avec Platon et Aristote, à un résultat inattendu : dans la question de la volonté et du libre arbitre, Socrate, au témoignage de Xénophon et d' Aristote, a été plus idéaliste, plus radical et plus pai^adoxal que Platon, et ce dernier a, sur ce point, adouci la doctrine de son maître.

Si nous découvrons ainsi dans Xénophon même les traces d'une spéculation hardie, n'aurons-nous pas le droit d'en conclure que Socrate devait être plus hardi encore et plus spéculatif? Xénophon, auquel nous aurons perpétuellement recours, nous fournira donc, au sujet de

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Socrate, des témoignages très-précieux, quoique incomplets.

Platon, outre qu'il n'a rien omis des idées de Socrate, y a encore énormément ajouté. Si on excepte quelques passages qui ont presque le caractère d'une biographie intellectuelle de Socrate, les œuvres de Platon ne semblent d'abord fournir par elles-mêmes aucun moyen de discerner les idées socratiques. Cependant, tout ce qu'il y a d'élémentaire dans Platon, et comme d'exotérique, doit être le plus souvent rapporté à son devancier. Une lecture attentive du texte fait d'ailleurs découvrir certaines phrases par lesquelles Platon distingue lui-même sa théorie des doctrines socratiques*. Les spéculations

• Nous en verrons bien des exemples. Dans le Phédon^ le discours de Socrate se divise en deux parties bien distinctes : Tune où il parle pour son propre compte, l'autre où il parle pour Platon. Dans la République, le premier livre est consacré à exposer la théorie socratique du juste comme étant « le plus avantageux, le plus utile, le plus convenable. » Puis Platon met dans h bouche de ses propres frères une objection à Socrate qui annonce le poiot de vue des a Idées. » — Socrate, disent les frères de Platon, a apprécié la valeur de la justice par ses conséquences et ses avantages extérieurs ; mais il faut examiner ce qu'elle vaut en elle-même, indépendamment des dieux et des hommes, et si la justice en soi, dans son Idée, est préférable à rinjuslice. C'est le point de vue platonicien opposé au point de vue socratique. Des artifices de composition semblables s^;

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transcendantes sur les choses « en soi » sont toutes platoniciennes. Elles offrent même parfois des contrastes avec des doctrines moins élevées, contenues dans d'autres dialogues. Ces contrastes, qui ont fait croire à des contradictions et qui ont pour but d'initier, par l'exposition de doctrines préparatoires, à la théorie des Idées, sont un critérium utile et trop négligé pour discerner la part du disciple et celle du maître.

Si les doctrines socratiques sont notablement augmentées par Platon, il y a du moins une chose qu'il a fidèlement exprimée : c'est la méthode de son maître. Les applications qu'il en fait sont d'une variété et d'une force inconnues à Socrate ; mais les procédés généraux sont les mêmes. Xénophon, frappé exclusivement des résultats pratiques et moraux, comprend peu de chose à la méthode dialectique; Platon, au contraire, l'adopte et l'applique jusqu'au bout; tout ce qu'il découvre par elle, il semble le considérer comme le bien de Socrate et non comme le sien propre : il fait ainsi reretrouvent dans presque tous les autres dialogues, quand on les Ut avec soin. Sous les fantaisies de Timagination, Platon cai^he toujours un dessein très-systématique.

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■onter la gloire de ses doctrines jusqu'à celui nquel il doit sa méthode.

Est-ce à dire qu'on doive restituer toutes les théories métaphysiques à Platon, et que quel-

( qoes principes élémentaires soient seuls la part de Socrate? Nullement. Le germe déjà développé de plusieurs grandes théories se retrouve dans renseignement de Socrate ; ce dernier a même eu, sur plusieurs points, des idées tellement systématiques et contraires à l'opinion commune que Platon a senti le besoin de les modérer.

Remarquons en outre que Platon conserve toujours, dans ses dialogues, une certaine vraisemblance : il a un sens artistique et dramatique trop parfait pour attribuer à ses personnages des doctrines dont ils n'auraient pas possédé au moins le germe. C'est ce qui explique, dans ses œuvres, ces divergences d'idées secondaires dont nous parlions tout à l'heure.

. Nous sommes persuadé qu'il n'y a pas dans Platon une seule contradiction positive sur un point important; mais il y a des personnages divers, des rôles divers, des points de vue di-

i vers. Le pythagoricien Timée ne parle pas et ne

[ doit pas parler comme l'éléate Parménide ; et de même, Socrate n'expose jamais dans Platon

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