‹ La philosophie de Socrate [microform]Chapitre 25 sur 64 · AI'1'E.\D1CE · texte numérisé non relu

AI'1'E.\D1CE

aucun Mémoire u'esl ciiLré aussi profondrnieiit que le Mémoire A' 8. Lors donc que l'aulcur de ce Mémoire se recueille, daus sa conclusion, pour lixer la place et le rôle de Socrate dans ce grand développement de la philosophie ancienne et moderne, et pour montrer rà-pro|)os d'une telle recherche dans les circonstances philosojjhiqms actuelles, cette préoccupation semlile toute nalurelle au sujet. On trouve très-simple et nullement inutile que l'auteur remonte jusqu'à Socrate pour retrouver le premier anneau de cette chaîne de doctrines qui, sous le nom de spiritualisme, se succèdent depuis Platon jus(|u'à notre temps.

« Socrate apparaît enfin sous son vrai jour. Ce n'est plus l'adversaire de la dialectique so])histique ; ce n'est plus le moraliste d'une conscience si sûre et d'une sagesse si jKU'laite : c'est le ibndaleur d'une tradition immortelle, dont le ilambeau, allumé par le génie d'un Socrate, d'un Platon, d'un Aristote, entretenu par Descaries, Malebranche, Leibnitz, s'est ranimé, après un siècb* de langueur, entre les mains de Maine de Biran, de Victor Cousin, de Jouffroy, de Damiron, pour ne [larler (pie de nos maîtres, et ne semble pas devoir s'éteindre sous le souflle de l'esprit scientiiique et positiCaujourd'hui si puissant. Assurément, il serait puéril d'instituer une comparaison entre des époques (pii diffèrent infiniment jilus qu'elles ne se ressemblent. La physique moderne ne raj)])elle pas plus la physicpie ancienne que la critique contemporaine ne fait sou-

UAPPOIIT A I;ACADÉMIE. 417

venir de la sophistique grecque. Mais si des données de la science pure on s'élève aux considéralions philosophiques qui dominent la partie positive des sciences de la nature, ne retrouve-t-on pas la même méthode et les mêmes principes d'explication universelle? N'est-ce pas toujours la même prétention des physiciens anciens et modernes à ramener la sohition du problème à la question du comment, c'est-à-dire à l'explication par des causes naturelles, tandis que les métaphysiciens anciens et modernes maintiennent toujours, au-dessus de ces causes que l'expérience ne leur permet pas de méconnaître, la question du pourquoi et des causes finales?

Ceci fait comprendre qu'il n'était peut-être pas sans à-propos de ramener sur la scène et de mettre de nouveau en présence l'une de l'autre, sous des noms antiques, les deux grandes doctrines qui s'appellent le matérialisme et le spiritualisme. Telle est la pensée qui inspire toute la conclusion du Mémoire K'^ 8. En rattachant à Socrate, dans son esquisse historique, tontes les écoles spiritualisles anciennes et modernes par une filiation très-naturelle, l'auteur n'a fait que répondre à une préoccupation d'autant plus légitime de la section, que la philosophie traverse en ce moment une crise sérieuse, marquée par une recrudescence manifeste de naturalisme.

Si l'auteur n*eût jamais attribué à Socrate d'autre portée métaphysique que celle-là, nous n'aurions point eu à mêler quelques rares observations à notre

41g APPEInDICE.

approbation sans réserve de la pensée dominante du Mémoire, ^''a4.il pas un peu trop obéi ii son propre instinct, quand il a cru découvrir chez Socrate une spéculation d'un ordre encore plus abstrait? Votre section conserve quelques doutes à ce sujet. Ainsi, il semble qu'il ait trop rapproché la théorie socratique de la raison de la dialectique platonicienne et de la théorie des idées révélées par la réminiscence. L'innéité d'une certaine science démontrée par répreuve de la maïeutique ne parait pas avoir une telle i)ortéc dans l'opinion de Socrate ^ De même, quand il va chercher la pensée du maître sur l'identité de la science cl de Tétre dans des dialogues abstraits et savants comme le SophiUc, on peut douter que l'auteur soit suffisamment autorisé à dire que « dans ceU(^ doctrine platonicienne « du bien, comme unité de la pensée et de l'être, « Socrate eût reconnu son enfant légitime ^ >> Et cette autre assertion n'est-elle pas bien hardie : (( Toute àme porte en elle, à l'état latent, pour ainsi (( dire, les grands secrets de la nature; toute pence sée enveloppe obscurément la grande iiensée de « la création. » Voilà une protcssion de méthode spéculative dont Socrate semble avoir eu d'autant moins conscience qu'il n'a jamais entrepris de spéculer sur la nature, dans la véritable accei)tion du mot. EnQn, Socrate eùt-il reconnu sa doctrine dans

» Nous avons essayé de mieux marquer la pari réelle de So-

crate.

Celle formule et les suivantes ont élé supprimées.

cette phrase de la plus haute abstraction métaphysique : « Il a donc la gloire d'avoir entrevu la vraie « nature des substances, qui est d'envelopper Tin- « hni, et de se développer dans le temps par une « série d'existences de plus en plus élevées? » Ce sont de ces propositions qui ne vont, ce semble, ni à la philosophie de Socrate, ni pijut-étre même à la philosophie de Platon.

Si admirateur que soit l'auteur de la doctrine socratique et platonicienne, c'est un esprit trop indépendant et trop doué du sens critique pour accepter toutes les idées de cette doctrine, alors même qu'elles ne font qu'exagérer un principe vrai et qui lui est cher. Ainsi, tout en reconnaissant la vérité et la beauté de la théorie de l'amour platonique, il ne l'accepte qu'en faisant une réserve d'une certaine gravité. On sait que cette théoiie se résume en un mot : l'amour de l'idéal, seul objet vraiment digne de l'ame humaine, dont la vie i)rlmilive a été, et dont la vie future sera la contemplation unique des idées. L'auteur trouve cette doctrine trop abstraite. I^idéal, selon lui, est la raison, non l'objet de l'amour, lequel est toujours un être réel ; l'amour pur a pour objet l'être réel parfait, c'est-àdire Dieu. Cette distinction est juste; inaio l'auteur est-il bien sûr que Socrate et Platon aient pensé différemment? Et n'est-il pas bien sévère pour Socrate, pour Platon et pour toutes les écoles platoniciennes, quand il dit : a L'oubli de la liberté a com- « promis leur doctiûne de l'amour et l'a réduite à

^20 APl'ENlilCi:.

„ l'abstraction '. » î<i Socrale, ni Platon, ni aucun philosophe de leur école n'a voulu dire autre chose qne ceci : L'amour pur a pour objet l'être pariaU Or il ne faut pas que l'auteur oublie que, dans l'idéalisme platonicien, les idées sont des cires les seuls véritables, et que l'idée des idées est Dieu, c-esl-à-diie la suprême existence, l.a cnlique de l'auteur ne pourrait donc s'adresser qu'à celle espèce d'idéalisme qui, séparant la perfection de la réalité, ferait de la première seule l'objet de 1 a-

niour'.

Une autre théorie de Socrate et de Platon, sm

laquelle l'admiration de l'auteur n'exclut pas la criticme, c'est la théorie de la volonté. Déjà, dans son aualvse de celte partie de la psychologie socrat.que/il nous avait expliqué comment le principe de l'ulentiléde la raison cl de la volonté, de la science cl delà veitii, ne trouve son application que dans une vie idéale et vraiment divine. Reprenant la question au même point de vue, il s'efforce de montrer qu'en effet le tvpc véritable de la volonté et de la liberté n'est point, comme on serait tente de le croire au premier abord, la conlingence du libre arbitre, mais bien la nécessité morale, loi de 1 être

. Voir pour T éclaircissement de celte proposil.on, la Philosoph,e ,le PlZiuk mor. de l'a,nour; voir aussi La Uberté ci le delcrnu-

"'fEnU^ceriLusme abstrait et la théorie qui admet la liberté dans ramom se plaçait selon nous, comme intermédiaire, la doclrme plalorenne! q'ui'donne à l'amour un objet nW, mais non per.nncl et libre.

parfait, essentiellement distincte de la nécessité physique. Tandis que la seconde a pour principe l'action des causes efficientes, la première a pour principe Faction des causes finales. Entendue ainsi, et c'est la pensée d'Aristote et de Loibnitz, peut-être de Socrate et de Platon, la doctrine socratique de la volonté n'a rien d'absolument contraire à la liberté morale. Seulement, l'auteur reconnaît qu'elle fait abstraction d'un phénomène de la vie réelle, connu sous le nom de libre arbitre, que le témoignage invincible de la conscience ne permet pas d'écarter. C'est même pour expliquer ce fait qu'il imagine une théorie fort ingénieuse, subtile même, qui a paru quelque peu obscure à votre section, peut-être faute d'un développement suffisant*.

Tout entier à la recherche d'une démonstration métaphysique de la liberté, l'auteur parcourt la série historique des théories sur ce point capital, depuis Socrate jusqu'à Kant, sans pouvoir arriver à une solution qui le satisfasse. Aucune des preuves de la liberté qui s'y rencontrent ne trouve grâce devant sa vigoureuse critique, pas même la preuve psychologique : « C'est au témoignage de la con- « science, dit-il, qu'en réfèrent en dernier lieu « tous les arguments qui précèdent. Mais, malgré « toute Tautorité de la conscience, le fataliste peut « toujours argumenter contre elle, tant qu'il n'y a

* On trouvera cotte théorie développée dans un ouvrage spécial : La Uberté et le délenniiiisme. Nous Favons donc supprimée dans la conclusion de la Philosophie de Socrale.

« pas idciilité parfaite entre le sujet et Tobjet. Or « cette identité n'est point établie dans la question a de la liberté telle que la posent nos philosophes. « Je crois être libre, voilà le fait de conscience que « personne ne songe à nier, et qui est tout subjec- « tif; mais suis-je libre en réalité, et dans l'absolu « des choses? c'est unequeslion. On n'a jamais nié « que l'homme pense, parce que penser est une t( identité de sujet et d'objet. Mais la liberté estce elle un simple phénomène? N'est-elle pas l'acte « d'une cause absolue, en tant qu'elle enveloppe « dans sa puissance deux contraires, et les réalise « par elle-même? Kant l'a parfaitement fait voir : « aflirmer qu'on est cause première d'une série « d'elfets, c'est affirmer plus qu'un yhmomhie, « c'est passer à un noumène. Dès lors l'apparence « du libre arbitre ne suffit plus pour en affirmer la « réalité, si on ne trouve pas un moyen terme entre « le sul)jectif et l'objectif. » Ce moyen terme, l'auteur croit l'avoir trouvé dans le sentiment même de la liberté, sentiment qui influe sur nos actes, et leur communique un caractère propre auquel Socrate et les socratiques n'onî pas réfléchi. « Ce sen- « tinient est une force, dit l'auteur; si je l'ai, il « deviendra pour le moment de l'action une force « nouvelle déterminante, en devenant une idée fixe (c et puissante par la réflexion. Donc, la seule con- « ceiiliiai de ma liberté, comme d'une puissance ft venant de moi et capable de contre-balancer ma c( passion, pourra en effet parvenir à la contre-

« balancer. Brisant la ligne uniforme et fatale de « mes pensées et de mes sentiments, elle aura rendu « possible un acte qui, à ne considérer que la force c( intrinsèque et naturelle des motifs et des mort biles, n'eût pu aucunement se produire... C'est « comme une armée à qui Ton persuade qu'elle f( peut vaincre, si elle le veut. »

Voilà comment l'auteur passe du sentiment de la liberté à la chose elle-même, ài\ 'phénomène ixw nonmène, pour parler le langage de Kant, qui croyait avoir forcé le dogmatisme, à l'endroit de la liberté, dans ses derniers retranchements. Au fond, c'est de l'analyse psychologique que notre auteur fait sortir sa nouvelle déiuonstration de la liberté. Seulement, ce qui était, dans la doctrine des psychologues, la base même et le principe inébranlable de la liberté réelle et objective, n'est plus, dans celle de l'auteur, que le moyen ternie à l'aide duquel il croit pouvoir passer de l'apparence à la réalité. Mais ce moyen terme est tout, car il est le principe générateur de la liberté. En un mot, l'auteur fonde l'existence de la liberté sur l'idée même de la liberté \ Mais cela ne suffit point à un esprit aussi porté vers les explications métaphysiques. D'où vient cette idée, dit l'auteur, sinon de l'idée môme du bien? La liberté est jugée bonne; elle est jugée un bien : c'est donc une raison d'action. S'élevant alor ' de la liberté humaine à la liberté divine, l'au-

» Colle idée élait pour nous un moyen terme propre à rapprocher es doctrines adverses. Voir La liberté cl le délerminhnie ,

teiir cherche dans celle-ci le principe, Tcssence même de celle-là. « Être libre, dit-il, c'est être la « raison de ses actes, c'est trouver en soi-même ce « qui rend Faction intelligible; c'est, par sa raison c( même, lui fournir une raison d'être; c'est « lui fournir tout ensemble l'intelligibilité et la « réalité. Qu'on y songe, la liberté en soi n'est rien c( moins que l'absolu. Seul, en effet, l'absolu a en « lui-même la raison et la cause de ce qu'il eU et de (( ce qu'il faiL iMais cet absolu, qui n'a besoin que « de lui-même, n'est-il pas la suprême liberté? Je « vous défie de concevoir un être plus parfaitement « libre que celui qui peut se dire en lui-même : La a raison qui rend mon existence intelligible et a réelle, c'est moi; la raison qui produit ma court naissance, c'est moi; la raison qui explique mon « activité infinie, c'est moi. Car je suis la raison « même, je suis l'être, je suis la puissance. Si la « liberté n'est pas dans ce moi qui s'affirme éter- « nellement et voit dans son être même sa raison c( d'être, où donc est-elle? Ainsi, en dernière ana- « lyse, l'idée innée de Dieu comme bien absolu, où « l'être et la raison intelligible sont un, passant « peu à peu à l'acte sous l'influence des choses (( extérieures, éveille les puissances de notve anie, f( y suscite la vague notion de liberté, puis l'amour « de cette liberté, et enfin la liberté même qui n'y « existait d'abord qu'en puissance... L'attrait du « bien ou de Dieu est la grâce; cette grâce, au lieu « de détruire ma liberté, me fait, au contraire.

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RAPPORT A LWGADÉMIE. 425

« désirer d'être libre, parce que je conçois l'absolu « comme un caractère du bien, et que j'entends « réaliser en moi le bien. »

Telle est, fondée sur l'harmonie du bien et de la liberté, la théorie que, dans la pensée de l'auteur, ni Socrate ni Platon, ni les écoles métaphysiques, ni les écoles psychologiques du passé n'ont su concevoir. Votre section rend pleine justice aux facultés philosophiques déployées par l'auteur dans l'exposé historique de la question de la liberté, et dans l'ingénieuse théorie par laquelle il essaye de la résoudre. Elle reconnaît que cette théorie conserve parfaitement le caractère propre qui fait la responsabilité et la moralité des actions humaines, c'està-dire le sentiment indestructible de notre libre arbitre. Elle admire plutôt encore qu'elle ne goûte la méthode un peu subtile par laquelle Tauteur retrouve et ressaisit cette liberté réelle dont sa discussion ne nous avait d'abord laissé que le sentiment, en faisant voir comment ce sentiment seul, invincible comme il est, devient une nouvelle force qui peut être considérée comme le principe générateur de l'initiative volontaire. Toutefois, jusqu'à plus complète démonstration, il lui semble difficile d'admettre que ce sentiment ne perde pas de son intensité et de sa vertu, du moment que la réalité ellemême est laissée en doute. En tout cas, elle ne croit pas devoir suivre l'auteur dans des explications métaphysiques qui lui paraissent moins claires et moins concluantes pour le problème de la liberté que les

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simples analyses et les descriptions ex|)L'rimentales de la pure psychologie ^ Quand elle entend l'auteur affirmer qu'être libre, c'est être la raison de ses actes, c'est trouver en soi-même ce qui rend l'action intelligible; quand elle le voit conclure qu'il n'y a de liberté que dans l'absolu, parce que Tabsolu seul a en lui-même la raison et la cause de ce qu'il est et de ce qu'il lait, elle craint que Fauteur ne perde un peu de vue la liberté liuniaine pour s'attacher à cette liberté toute divine qui ne serait que la nécessité du bien-, et que tant de niétapliysiciens et de théologiens désignent indifféremment par les mois de volonté, de sagesse, d'amour. Votre section se délie un peu de ces hautes et abstraites délinitions d'îîctes et de facultés qui lui semblent exclusivement ressortir du témoignage de la conscience, et elle trouve que chercher si loin et si haut les vrais caractères et les propriétés intimes de pareils ph(»nomènes% ce n'est peut-être pas puiser la lumière à sa meilleure source, en de pi'A'cilles matières. A son sens, le type de la volonté, de la liberté, dont nous n'aurions pas plus l'idée sans la conscience

* Si nous ne nous sommes pas borné aux descriptions expérimentales de la pure psychologie, c'est que nous les avons crues insullisantes pour résoudre le problème de la liberté, (pii concerne la puissance ahsolue que riiommo a ou n'a pas sur ^^es détorminalions morales.

* îNous n'admettions la nécessité que comme dérivée de la liberté

même.

3 Si nous n'avons pas considéré la liberté comme un phénomène, c'est que nous avons cru, avec Kant, que l'idée de liberté et l'idée de phénomène, qui implique celle de luis nécessaires, sont contradictoires»

que nous n'aurions l'idée de la couleur sans la vue, ne doit être cherché ni au-dessous ni au-dessus de la nature humaine, mais dans le sein de cette nature elle-même \

Sur d'autres points de morale et de théodicée, tels que l'origine du mal et la nature de l'optimisme socratique, nous aurions trouvé peut-être encore à faire quelques réserves, tout en exprimant notre satisfaction \

Mais il faut finir. Sans jamais vouloir raisonner et discuter avec l'auteur du Mémoire N° 8, la section de philosophie a cru nécessaire d'entrer un peu avant dans le travail d'un esprit de cette trempe, pour donner une idée suffisante des mérites d'une pareille œuvre et des qualités d'une pareille intelligence. La citation par laquelle nous terminerons ce rapport aura l'avantage de mettre encore en relief la manière de penser et d'écrire de l'auteur : « Si le spiritualisme de nos jours veut réc( sister au courant qui emporte la philosophie, il (( ne faut pas qu'il revienne aux doctrines du moyen « âge. Il doit opposer à ses adversaires une idée « nouvelle de la Providence, assez large pour em- « brasser tout ce que les théories mêmes qu'il com- « bat renferment de positif. L'idée socratique du « Bien et l'idée chrétienne de la Bonté sont assez

< Voir sur ce point La lîbcvlé et le déterminisme y où nous avons cherché la liberté, non pas au-dessus ni au-dessous de nous-mêmes, mais dans notre moralité propre.

- Ces parties du Mémoire ont été supprimées.

« compréhensives pour concilier l'antinomie de la « Providence et de la liberté humaine. Montrer que c( ces deux choses, loin de s'exclure, peuvent se « déduire Tune de l'autre, sera la tâche de l'ave-

« nir Science, amour, volonté, ne sont au fond

« qu'une seule et même chose ; et comme l'attribut « le plus manifeste de la Providence est la science « du Bien, Socrate a placé dans cette science toute « la vertu deFhomme. Parla, il introduit en nous c( une image de la Providence, une perfection vir- « tuelle qui a besoin du temps indéfini pour seréa- « liser. L'âme enveloppe naturellement la science, a et avec la science tous les biens ; la dialectique « développe les puissances de l'âme, descendant et ce remontant tour à tour l'échelle des genres et des ce espèces; elle définit toutes choses en pensées et « actions, et manifeste sous ses diverses formes « l'harmonie fondamentale du rationnel et du

« réel Dans cet enthousiasme du bien et delà

« science, Socrate n'aperçoit pas la liberté inlime de « Pâme; il accorde à son optimisme idéal une réa- « lité trop immédiate; il rapproche trop le terme (i suprême de la dialectique : l'unité de la science « et du bien. Pour compléter la pensée de Socrate, *« il n'est besoin que de pénétrer plus avant dans « sa propre doctrine, comme le firent Platon et Ari- « slote, l'un s'attachant à mettre en lumière l'idéal « du Bien réalisé en Dieu, l'autre saisissant dans « l'âme l'activité maïeutique qui amène toutes nos « puissances à la réalité... »

Que Pauteur ait résolu le problème proposé par VOUS à la sagacité des concurrents, Socrate métaphysicien, cela ressort avec la dernière évidence de la lecture de son Mémoire. L'a-t-il résolu dans la juste mesure de la vérité, sans jamais exagérer la portée et la profondeur de la métaphysique socratique? Les réserves de votre section sont suffisamment exprimées dans ce rapport pour que l'auteur voie les corrections â faire, dans ses formules encore plus que dans ses pensées, ainsi que les réductions à opérer dans les vastes proportions de son œuvre. Modérer quelques affirmations sur la pensée du philosophe que l'auteur s'est proposé d'accoucher; restreindre un peu l'ampleur, peut-être même l'exubérance des développements; sacrifier quelques formules obscures ou trop abstraites dans lesquelles il est difficile de reconnaître la pensée socratique ; en un mot, se défier un peu plus de sa force, dans le fond et dans la forme, comme d'autres peuvent avoir à se défier de leur faiblesse : tel serait le conseil que votre section, en lui assignant le premier rang dans un concours vraiment fort, croirait utile de donner à l'auteur du Mémoire N" 8, s'il se décide à publier ce travail*.

Au nom de la section de philosophie :

Le Rapporteur j

Et. Vacherot.

* iNoiis avons essayé de ineltre à prolit ces coiiseils bienveillants, en publiant noire Mémcire.

TABLE DES MATIERES

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