‹ La philosophie de Socrate [microform]Chapitre 24 sur 64 · CONSIDÉRÉ SURTOUT COMME MÉTAPHYSICIEN · texte numérisé non relu

CONSIDÉRÉ SURTOUT COMME MÉTAPHYSICIEN

« Il suftil d'être au courant des études historiques de notre temps pour voir qu'il y avait une importante lacune à combler dans le domaine de la philosophie grecque. IHaton, Aristote, les Alexandrins avaient été successivement l'objet de laborieuses et savantes recherches. Le philosophe à qui l'histoire assigne le rôle d'initiateur et de promoteur de tout le grand mouvement philosophique qui commença

* Nous indiquerons en noie les principaux changements et éclaircissements que nous avons apportés à noire mémoire primitiL

392 API'ENDICE.

la réfutation de la sophistique et finit aux derniers Alexandrins, Socrate restait un mystère, sinon dans sa vie et sa mission, du moins dans sa doctrine, et surtout dans la partie la plus haute et la plus profonde de cette doctrine, dans sa métaphysique. Qu'est-ce que Socrate? N'est-ce que Tadversaire des sophistes, opposant une méthode modeste, mais sure, à un étalage de fausse dialectique et de captieuse rhétorique, ou bien encore un l)on sens imperturbable à des paradoxes fondés le l)lus souvent sur des équivoques et des jeux de mots*: N'est-ce qu'un sage venant apprendre à cette société d'Athènes, si légère et si mobile, comment on vit et comment on meurt pour rester en paix avec sa conscience? N'est-ce qu'un grand moraliste qui aurait ramené à l'étude de l'homme et à la science des mœurs la philosophie égarée jusqu'à lui par l'erfort ambitieux d'une explication universelle des choses? Ou, enfin, Socrate n'a-t-il pas encore, outre ces mérites incontestés, un mérite supérieur, bien que moins apparent, celui d'être un métaphysicien qui aurait eu pour véritables disciples, même en métaphysique, Platon, Aristote, les sloïcietis eux-mêmes? En sorte qu'on pourrait dire, s'il en était ainsi, comme Leibnitz l'a dit de certain disciple fameux de Descartes, que toutes ces écoles n'ont fait que cultiver les semences de la philosophie socratique.

« Tel est le problème livré par l'Académie à la sagacité de la critique; problème d'autant plus

difficile à résoudre, que Socrate n'a i)as écrit une ligne de sa doctrine, et que les témoignages où elle s'est conservée sont très-divers et parfois contradictoires; problème si obscur encore, après tant d'études sur la philosophie grecque, que la recherche d'une métaphysique socratique a, même aujourd'hui, aux yeux de bons esprits et de savants critiques, quelque peu l'air d'un paradoxe historique.

« Après le concours que vous êtes appelés à juger, le problème est résolu; le paradoxe est devenu une claire et incontestable vérité. Le métal)hysicien est enfin apparu, dégagé des préjugés historiques qui avaient réduit Socrate à n'être qu'un dialecticien, un moraliste et un sage; nous retrouvons un vrai, un grand métaphysicien, père de toutes les écoles si métaphysiques qui ont rempli la seconde et même la troisième période de la philosophie grecque.

(( Le sujet a tenté la curiosité d'un grand nombre de concurrents. Huit Mémoires ont répondu à votre appel; plusieurs sont des travaux considérables qui ne craindraient pas l'épreuve de la publicité. Le meilleur de tous, d'un mérite vraiment rare, nous semble destiné à prendre rang parmi les livres les plus remarquables publiés, depuis trente ans, sur l'histoire de la philosophie ancienne.

« L'auteur de ce Mémoire a trop bien compris la pensée du programme de votre section pour ne pas le suivre, non-seulement dans toutes ses par-

lies, mais encore dans l'ordre de ces parties ellesmêmes, tel que le programme l'avait tracé. Sobre sur la biographie de Socrate et sur tous les incidents historiques qui se rattachent plus ou moins directement au sujet, l'auteur a surtout cherché, surtout vu en Socrate le métaphysicien sous le dialecticien, le moraliste et le théologien , subordonnant toutes les questions du programme à ce problème capital. Logique, psychologie, morale, théodicée, religion, esthétique, il parcourt toutes les parties de la doctrine de Socrate pour dégager et produire au jour la pensée métaphysique qui en fait, à son sens, Fesprit et rame tout à la fois. Avant d'avoir lu ce vaste travail de près de 1,400 pages, on est tenté de se demander comment il a pu fournir une telle carrière avec un philosophe qui n'a pas laissé une seule ligne, sans agrandir ou enrichir son œuvre par des digressions et des développements plus ou moins étrangers au sujet. Quand on l'a lu tout entier, l'étonncment cesse, et on comprend qu'un esprit de cette trempe ait fécondé un pareil sujet de façon à en tirer une composition très-sévère, très-bien ordonnée jusque dans ses^plus amples développenients, puisque toutes les parties qu'elle contient concourent également à la soluti^ai du problème qu'il s'est posé. Ce grand Mémoire c- ! la démonstration d'une vérité unique qui se retrouve partout, sous toutes les analyses et sous toutes les critiques de l'auteur, sans qu'il tombe pour cela dans les répétitions qui sont recueil d'une pareille méthode. Il avoue lui-

même, au début de son œuvre, qu'il n'a pas vu d'abord comment il pourrait trouver ce que le programme de l'Académie lui prescrivait de chercher avant tout, un Socrate métaphysicien. Ce n'est qu'à mesure qu'il avance dans l'analyse et l'explication des textes qu'il découvre ce qui lui avait échappé jusqu'ici, et ce qui échappera toujours à une analyse moins sagace, à une critique moins pénétrante, à une préoccupation moins ardente du problème

que la sienne.

« Son entreprise s'annonce tout d'abord dans la méthode qu'il compte appliquer à ce délicat et difficile sujet, méthode large et hardie dont il nous livre le secret par un mot : accoucher Socrate. C'est la maieutique du maître appliquée à sa propre doctrine. On ne peut se taire une juste idée de cette méthode qu'en la voyant expliquée par l'auteur luimême. Le début en est parfaitement sage : c'est Xénophon qu'il prendra pour base de ses analyses de la doctrine socratique; mais c'est Platon qu'il prendra pour guide et pour flambeau dans l'interprétation des textes qui leur sont communs; quant au sens littéral, Aristote interviendra comme arbitre entre les textes obscurs et contradictoires des deux premir 3, chaque fois qu'il a bien voulu dire son mot sur la question en litige. Jusqu'ici rien de bien original dans la manière de traiter un pareil sujet. Mais avec les ressources d'esprit que l'auteur compte déployer dans l'application, voici le résultat qu'il en espère. Il faut citer textuellement :

« — Le vrai Socrate, le Socrate coinplcl, celui « dont rinfluence est toujours vivante, et dont la « mort fut un triomphe, non une détailc, est le So- « crate de Platon. Celui de Xénophon est vrai aussi, « mais seulement à moitié. Celui-là, on ne l'aurait « pas mis à mort. Sans doute, dans tous les chefs- « d'œuvre de Platon, il y a autre chose que Socrate ; « il y a Pythagore et Parménide, et surtout il y a « Platon lui-même. Mais aussi, Socrate y est tout « entier, sinon tel qu'il a été toujours, du moins tel « qu'il eut voulu être, tel qu'il s'est efforcé d'être. « Et on ne s'efforce d'être explicitement que ce « qu'on est déjà implicitement. Encore une fois, « on trouve dans Platon, sinon le Socrate absolu- (( ment réel, du moins le Socrate vrai, dont l'autre (( n'est que la réalisation vivante. Pour emprunter « à Platon son propre langage, je dirai qu'il a su « admirablement nous faire contempler l'Idée de

c( Socrate »

(( La première impression de ces fortes et quelque peu téméraires paroles sur la section de philosophie a été, nous devons le dire, un sentiment d'inquiétude. La force a son écueil comnae la faiblesse. L'auteur du précédent Mémoire s'était trompé en restant fort en deçà de la vérité. Celui-ci ne risquerait-il point de se tromper en se laissant entraîner au delà par l'essor de sa pensée? N'y avait-il pas à craindre qu'un esprit de cette portée, armé d'une méthode qu'on pouvait juger aventureuse, sous l'expression hardie et même paradoxale que lui donnait

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l'auteur, ne nous fit un Socrate imaginaire avec cette prétention de nous montrer un Socrate idéal? Mais nous ne l'avons pas plutôt vu à l'œuvre, que nous avons compris à quel esprit nous avions affaire, non moins solide que hardi, non moins profond qu'élevé, non moins rigoureux et démonstratif dans ses analyses et ses critiques que décidé dans ses conclusions. Et à mesure que nous avancions dans cette œuvre si savamment élaborée, nous éprouvions une véritable satisfaction à reconnaître que l'auteur n'affirme rien qu'il ne prouve, qu'il n'imagine et ne devine rien, et que toutes ses thèses reposent sur une analyse exacte et une interprétation ingénieuse, mais toujours sûre des textes.

<( C'est, ainsi qu'il le promet au début, toujours Xénophon qui lui sert de point de départ; c'est de Xénophon lui-même qu'il aime à dégager les hautes et profondes idées qu'il attribue à la philosophie de Socrate. Pour cela, il est vrai, il ne se borne point, comme l'auteur du N° î2, à citer les texte, sans les interpréter ni les expliquer; il les interroge, il les lait parler un peu comme Socrate faisait parler la conscience et la raison de ses audieturs.

c( Mais, en examinant ce travail avec l'attention la plus vigilante, la plus défiante même, pourrionsnous dire, nul de nous ne l'a trouvé en flagrant délit d'erreur ou même d'inexactitude. Si parfois son interprétation semble dépasser la lettre , elle reste presque toujours dans l'esprit et dans le fond de la pensée socratique. Ce que l'auteur cherche et

découvre dans les textes y est réellement contenu, bien qu'il laille une faculté d'analyse comme la sienne pour l'y retrouver. Socrate n'est plus simplement le maître de Xénophon, c'est-à-dire l'habile dialecticien et le moraliste consommé; c'est le vrai maître de Platon et même d'Aristote, le père véritable de cette doctrine spiritualistc que Platon et Aristote ont développée, chacun selon son génie propre. Car il faut ajouter à la louange de l'auteur que, s'il restitue à Socrate tout ce qui lui appartient, il n'enlève rien à l'originalité de ses grands disciples. En montrant comment les plus hautes théories de Platon ont leur racine dans la méthode et la doctrine socratiques, il ne manque jamais de faire voir en même lenqjs où finit l'œuvre du maître, et où commence celle du disciple, dans cette élaboration comnuine de la grande métapliysique à laquelle le puissant disciple a attaché son nom.

« Est-ce à dire que, même avec une science aussi exacte et une critique aussi forte, un tel esprit et une pareille méthode ne soient pas quelque peu sujets à des explications trop ingénieuses qui transforment plus ou moins la pensée de l'original? Le compte rendu qui va suivre vous montrera combien il est difficile à un esprit aussi original de garder toujours la juste mesure, en cliercliant constamment le coté nouveau et profond des choses, et comment on risque parfois, en accouchant les textes, d'en faire sortir de ces idées qui font penser au pré-

RAPPORT A LWCADÉMIE. 599

tendu mot de Socrate sur l'infidélité de son disciple

Platon \

c( L'auteur a divisé son Mémoire en trois parties avec une introduction : 1° logique et psychologie ; 2* morale et théodicée; o° histoire de Socrate et conclusion. L'introduction est déjà un savant et profond travail qui prépare parfiiitement à l'intelligence de la philosophie socratique. L'auteur y traite les questions avec une supériorité qui est de bon augure pour le reste de l'ouvrage. L'esquisse des doctrines antésocratiques y est tracée d'une tout autre main que dans les Mémoires précédents. Sans s'arrêter aux détails, il va droit aux principes qu'il caractérise et définit d'une manière aussi sûre que précise, faisant ainsi connaître en quelques traits la physionomie générale de chaque école. Toutes les variétés de l'empirisme ionien et atomis tique y sont ramenées à leurs formules radicales. Déjà un savant historien de la philosophie ancienne, Ritter, avait réduit les doctrines cosmologiques de ces écoles à deux points de vue : le mécanisme, qui explique tout être organisé par une simple agrégation d'éléments; le dynamisme, qui explique toute organisation par le développement d'un germe primitif. L'auteur a-t-il eu raison, en reconnaissant cette distinction féconde, de substituer à la formule de Ritter, qui ijaraissait consacrée, sa formule propre

» On a essayé, dans ce travail, soit de contirmer par des textes nouveaux, soit de ramener à une expression plus exacte les niterprétations qui avaient niolivé cette critique.

de la génêraliori et de la mitrUion? Oii peut en douter d'autant i»lus que ces deux mots expriment hal)ituellement des ordres de phénomènes que riiistoire naturelle a toujours considérés comme de même nature, et tout à fait inséparables dans leur succession, tandis que mécanisme et dynamisme sont des termes qui répondent à des ordres de phénomènes essentiellement différents, et ne pouvant s'exi)liquer par les mêmes principes. Il ne pourrait faire rentrer récole atomistique dans sa formule de la nutrition qu'eu confondant le germe avec l'atome ou molécule simple, et raccroissemcnt par assimilation avec l'accroissement ])ar simple juxta-position. Peut-être aussi pourrait-on trouver impropre le mot de panthéisme appliqué indistinctement à toutes les écoles antésocratiques. Il ne suttit pas, pour justilier cette formule, de dire qu'aucune de ces écoles, sauf celle d'Anaxagore, n'a nettement distingué et surtout séparé la Nature de son principe. Si l'école ionienne peut s'y prêter, en raison de son vague naturalisme, il est manifeste que l'école atomistique s'y refuse absolument. C'est une école d'athéisme pur, non de panthéisme. Nous n'aurions pas ve\c\c ces inexactitudes dans un travail excellent, si nous n'y avions vu les premiers symi)tônu's d'une tendance aux formules originales ([ui s'accusera par de nombreux exemples, dans tout le cours de ce

vaste ouvrage \

« Sur la sophistique, sur le vrai caractère de hi ré-

* Cette partie du travail a été siiiM.>riméc.

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forme socratique, sur les maifros de Socrate, il n'y a qu'à louer des études où la sagacité de l'auteur ne se trouve pas plus en défaut que sa connaissance des textes, où il juge les sophistes sans passion et sans complaisance, tenant compte à certains, comme Protagoras et Prodicus, de la valeur réelle de leur pensée et de leur science, à tous de ce que leur rôle de vulgarisateurs a pu avoir d'utile en même temps que de malfaisant; où il apprécie la révolution socratique comme ravéncment, non pas seulement d'une nouvelle méthode, mais encore et surtout d'une grande doctrine qui aura pour caractère i)ropre de substituer des principes vraiment métaphysiques aux principes purement physiques des écoles antérieures, dans l'explication ujiiverselle des choses. C'est ce que l'auteur résume fortement dans la formule suivante : « L'unité de la morale et de la métaphysique dans la notion pratique et spéculative tout ensemble de la cause lînale. » Seulement, dans ce même chapitre, n'est-ce pas faire Socrate un peu trop subtil que de dire « que, pour lui, la pensée imiversclle est la mesure de tout ce qui est^? » Encore s'il se lut borné à dire la pensée divine, ainsi que l'a compris Platon. On pourrait croire alors qu'il

* Xous ne voulions pas parler de la pensée présente à l'univers, mais de la pensée humaine en tant qu'elle juge l'universel ou le général, la pensée universelle pour opposition à la sensation particulière. Voir tome 1", p. 101 et suivantes, les textes où Aristole dit que Socrate recherchait par la définition l'élément universel de la pensée : To ofî^eaOai y.aO'JXcu. — Voir aussi, dans le Théélète^ la réfutation de Protagoras qui faisait de la sensation la mesure de tout ce qui est. I. 20

1 • 1 vî.^ An In no ' (lu disci|)lc à celle n'y a pas bien loin de la pe.. ^^^^ ^ i

du inaitrc.

« Lalo-ique est la première partie de la plulosoplue

socratique où s'est déployée dans toute sa tbrce la faculté d'aualvse de l'auteur. Ou voit par cette profonde étude que la méthode de Socrate n'est pas une choso aussi simple qu'on serait îcnié de le croire au premier abord. L'auteur en a parlailement demele, décomposé, dénni tous les procédés. 11 en moulre d'abord les deu:c parties bien distinctes sous les noms historiques iVirmiie et de maiGuliquc : 1 ' :ucthode réfutative, réduction à l'absurde, analyse proprement dite; 2' méthode d^invenlion con)prcii:iut L trois procédés de la division, de l'induction, de la déiinilion. On a plaisir à le suivre dans la discussion et l'explication des textes où il accouche véritablement Socrate, sans violence et sans trop d et- (brt en se bornant à presser doucement les lexl s pour en faire sortir tout ce (pVils contiennent re.llement. Pendant qu'il est eu train de faire cette opération où il excclb, no se laisse-t-il pas deja eiitraincr un peu au delà de l'exacte vérité? il est di ficile d'en juger, parce que l'auteur, aussi habile que hardi, entend souvent attribuer à Socrate le cerme d'une doctrine plutôt que la doctrine ellemême passée à rétat de formule et de théorie. Pourtant on a quelque peine à le suivre dans des conclusions al)straite3 comme celles-ci : « L'époque socra- « tique est la période de synthèse où la lo-ique et a l'ontologie s'enveloi)i)ent muluellement dans la

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« théorie de la dérniition... L'essence véritable dece demeure l'objet propre de la métaphysique ^ c< Cette essence est l'individualité dont l'intuition (( n'est point relative à un contraire comme la c( notion logi(iue. » Il y a ici un mot qui serait l'expression d'une erreur capitale, s'il fallait le prendre à la lettre; c'est le mot imlkidualilé que ni Pla.ton ni même Aristote n'ont jamais confondu avec ce qu'ils ont ai)pelé, chacun dans un sens particulier, l'essence des choses. Que Socrate et Platon aient délini par Pespèce aussi Lien que par le genre, tandis qu'Aristote a eu le mérite proi)re de délinir par la propriété essentielle, et par conséquent de substituer la délinition scientifique ù la simple définition logique, c'est ce qui parait résulter de la comparaison attentive des trois méthodes et des trois doctrines. Mais qu'aucun de ces philosophes n'ait songé :i assigner à la science un autre objet que le général, c'est ce qui n'avait point semblé douteux jusqu'ici, et ce que l'auteur lui-même n'a pas eu sans doute l'idée de mellre en question autremiMit qne }jar la formule paradoxale par laquelle il conclut -.

« Sur la psychologie de Socrate, l'exposition de l'auteur n'est i)as moins remarquable, et se résume dans les quatre points suivants : 1'' Foiidemciiis jisy-

* Ceci est un jugeiiieiil crArislole. Voir t. I", p. '104-107.

* II y a ici une nié[)rise par laquelle nos i)hrases se sonl. Iroavées coiii'ondues avec des textes et des t'oiiiiules d'Aristote, qu'on trouvera au tome 1*% p. lOi et suivantes. Nous avons essayé, du re le, d'éclaircir tout ce pass.'ge.

404 APPENDICI'.

chologiqucsdc la iiiéllioile socraliqui;; 2" loiideiiiciiLs ontologiques; ^ i)sycliologic proprement .dite; 4'^ Ihi'orie de la volonté. Peut-être i)Ourrait-on relever dans ce travail un petit défaut de plan, en ce qu'il semble que la première et surtout la deuxième partie se rattachent bien plus naturellement à la logique qu'à la i)sycliologie elle-même. Quoi ipf il en soit, Fauteur a supérieurement expliqué les (ondements [)sycliologiques de la méthode socratique, en montrant, par des textes comparés de Xénophon et de Platon, que le principe même de cette mé- Ihode est Vinnéilê de la science. Or, de Vinnéilê à la réminiscence, il n'y a ([u^ui i)as. l;auteur a Irop le sens critique pour le franchir, et attribuer ainsi au maitrece qui n'appartient (ju'au disciple. Mais il a lo droit d'aller jusqu'à dire, en ce sens, que la pensée de Socrate est grosse de la théorie de Platon. Quant aux londemeiits ontologiques de la méthode socratique, tout en reconnaissant ici comme partout la puissance d'analyse de l'auteur et sa merveilleuse habileté à mettre les textes du coté de sa thèse, il est ililïicile de ne pas éprouver un peu de défiance, en le vovant s'em^aiier dans une anahse d'un caractère liiétaphysique aussi abstrait, et aboutir à la conclusion suivante : « La raison, avec les princi|)es innés « qu'elle porte en elle, a son origine dans (( quelque communication mystérieuse de la raison « universelle et divine : celle-ci est comme un « Dieu en elle. Voilà, sous les formes abstraites et « techniques de la philosophie moderne, la doc-

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« trine de Socrate sur l'origine de la connaissance. » N'est-ce pas là un nouvel exemple de l'abus des formules appliquées à la philosophie de Socrate^?

« Sur la doctrine psychologique de Socrate, votre section de philosophie n'a pu que louer sans réserve un exposé excellent, complet, fait sur les textes comparés et conciliés de Platon et de Xénophon.

« Mais c'est particulièrement sur l'analyse de la théorie de la volonté qu'elle a dû api)récier tout le mérite d'un travail où cette théorie apparaît avec une clarté, une profondeur, une originalité que nulle étude antérieure n'avait fait ressortir à ce point. On savait que Socrate n'avait guère vu dans l'àme que la raison à laquelle obéit irrésistiblement le Ov^j^oç, éclairé par elle, et dans la vie que la doctrine. Mais l'auteur, en poursuivant cette vue psychologique exclusive de Socrate en a compris et montré le principe métaphysique : « Nul doute, dit-il, que « Socrate n'admit la tendance naturelle de l'àme vers « le bien conçu par la raison, et qu'il n'y fit consister (( ressence du vouloir. » C'est déjà la doctrine qui fera le fond de toute la psychologie platonicienne transmise par saint Augustin à la philosophie du dix-septième siècle. Le libre arbitre méconnu par Socrate et Platon, reconnu, mais réduit par saint Augustin el Malebranche à la faculté de mal faire, n'est point considéré, dans cette doctrine, connue le caractère propre et le type de la volonté, pas plus dans

* Xoiis avoiis rcmphitr c^> formules par de:^ U'n'os il,» Ximid.iIioii.

riioinme qu'on Dieu. F.a vraie volonlr, au coulraire, est cette volonté sans contingence, dont la nécessité morale fait la véritable liberté, et qui est identique avec la pensée et le désir du Bien. Socrale s'est-il aussi bien rendu compte do la portée de sa théorie que l'auteur paraît le croire? On [icut encore en douter, même après l'analyse du Mémoire N^ 8. Ce qui résulte certainement de cette belle et forte étude, c'est que toute une grande tradition est en germe dans la doctrine deSocrate.

a Du reste, le sens psychologique de l'auteur n'osl pas moins à remarquer ici que son sens métaphysique. Tout en admettant au fond le principe de la théorie socratique de la volonté, il rei)roclie à Socrat:^ <!îMiiéconnaître, dans sa sublime mais excessive confiance, la limite qui sépare en ceci la nature humaine de la nature divine. « Soc , nit-i!, n'a pas « compris que celte identité de la s('i<^nce et de la vo- « lonté est uu idérd réalisé en Dieu seul, de même « que l'identité du bien et du bonheur. » Pourquoi n'a-t-il pas ajouté que cette illusion était bien digne d'un sage qui mesurait la nature humaine sur sa j)ropre nature, et pour lequel voir et vouloir le bien était une seule et même chose? Socrate est l)ien le père de cette école de moralistes (jui ne comptent point avec des passions qu'ils u'ont jamais connues, ou qu'ils ne connaissent plus à ce Uioment de haute sagesse où ils enseignent la vertu.

* Nous avons encore njoulc de iiouveaîix clofiim nls à noire [U'eniier travail.

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« L'étude tout entière de l'auteur sin^ la morale socratique est un chef-d'œuvre d'analyse et de critique. Tandis que les auteurs des précédents Mémoires, d'accord avec plusieurs historiens de la philosophie ancienne, avaient cru retrouver dans l'identité du bien et de l'utile constamment professés par Socrate le principe de la morale utilitaire de certains philosophes modernes, notre auteur y découvre, au contraire, le caractère idéal et sévère jusqu'au paradoxe de la doctrine platonique. Science et vertu, science et bonheur : toute cette morale est là. Mais quelle science? Ici l'auteur montre trèsl)ien, par Vidée que s'en fait Socrate, comment la science devait avoir une si grande part dans la vie pratique. La science, en effet, dont parle Socrate, c'est la science du bien en toutes choses, c'est-à-dire la science de toutes choses au point de vue du bien; c'est, selon la traduction ingénieuse de l'auteur, c( la science de la valeur rationnelle et absolue de cliaque chose. » Ici la faculté d'interprétation libre qui distingue l'auteur nous a paru d'une heureuse application. On sait que Socrate, au témoignage d'Aristote, ne séparait point les idées des choses, ainsi que Ta fait Platon, il s'ensuit que le monde sensible est pour Socrate quebiue chose d'intelligible, c'est-à-dire de rationnel et d'idéal, au moins dans une certaine mesure, tandis qu'il n'est pour Platon qu'une sorte de représentation illusoire du monde transcendant des idées. Si le Bien absolu, le Dieu de Socrate habite à part et au-dessus du Cos-

408 APPEM)ICE.

iTios, sa Providence qui n'en est que l'action incessante e! universelle est partout et préside à tout dans le monde de la réalité! Ce monde est plein de lois, de raisons, d'idées qui toutes se ramènent à la loi, à la raison, à l'idée du Bien. De là un optimisme très-décidé qui recevra plus tard son complet dévelo|)pement dans la doctrine stoïcienne. Ce n'est jias Soerate qui eût désavoué cette belle parole : Il inj a rien de vil dans la maison de Jupiter. L'auteur n'a donc point exagéré la portée de la doctrine socratique, quand il a dit, sous une formule un peu tro|) liegélienne peut-être : « L'antithèse do la naliu^^ et de la raison ne pouvait paraître à Soerate définitive ; il cherche la synthèse, et sa dialectique la lui fait découvrir. La raison est dans la nature des choses dont elle constitue l'essence définissable. » N'est-ce pas déjà le loyjg aîTcppanzo; des Stoïciens, et l'auteur ne sera-t-il pas en droit de dire plus tard que Soerate est bien réellement le père de toutes les grandes ••(^oles dont il fut le précurseur, du stoïcisme aussi l)ien que du péripatétisme et du platonisme?

« Voilà pour le principe de la morale socratitjue. Ouanl aux détails, l'auteur ne laisse rien à dire sur la division, la définition et le rôle des vertus, dans l'œuvre totale de la moralité luunaine. 11 explique coiiimcnt la morale pratique de Soerate conserve son caractère de parfaite pureté, du moment qu'au lieu do procéder de rutile au bien, elle procède du bien à l'utile : méthode aussi forte que juste dont le

RAPPOllï A L'ACADÉMIE. 409

De officiis de Cicéron nous offre une admirable ap- ])lication, dans la savante discussion des rapports de l'utile et de l'honnête : « Faire le bien, selon Soerate, » dit notre auteur, dans sa fidèle interprétation de la doctrine, « c'est faire du bien à soi-même, et « c'est aussi en faire aux autres. » Il n'est pas jusqu'à la maxime antique : « Faire du bien à ses amis, faire du mal à ses ennemis, » répétée par Xénophon, que l'auteur n'explique de manière à la faire rentrer de la faeon la plus naturelle dans l'idée de la stricte justice. Pour Soerate, comme pour Platon, l'ennemi étant le méclAut, le mal qu'on lui fait est une peine qui lui est inlligée, par conséquent un bien qu'on lui fait, et qu'il doit désirer s'il a conservé le sentiment de la justice. Encore un fruit de la pliilosophie socratique, qui, pour avoir presque la nouveauté d'une révélation, n'en est pas moins le légitime produit d'un accouchement naturel.

« De la morale de Soerate à sa théodicée, la transition est simple et nécessaire. Elles ont le même objet, sous des noms différents : le Bien est Dieu, comme Dieu est le Bien. La comiaissance du Bien se résout dans la connaissance de Dieu, de même que la connaissance de Dieu se résout dans la connaissance du Bien. Voilà comment la morale et la théologie, la vertu et la piété se confondent, selon Socraie, en ayant leur principe commun dans l'idée métaimysique du Bien absolu. L'auteur montre à merveille comment Soerate est métaphysicien à sa manière, nullement à celle des physiciens des écoles

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anlérieurcs, en se préoccupant en tontes choses de la cause finale, tandis que les spéculations des philosophes ioniens, atomistes et même éléates, ont pour unique objet la recherche de la cause élémentaire, matérielle, comme dit Aristoto. Or, pourSocrate déjà, comme plus tard pour Aristote, la vraie cause, la cause réellement efficiente, c'est la cause finale, dans Tordre cosmique tout entier, aussi bien que dans Tordre des clioses humaineS:

« Socrate, Tauteur du Mémoire N' 8 le reconnaît, n'a pas dépassé le Démiurge, le second Tien di: T\mée qui fait et gouverne le monde, les regards fixés sur Tarchéhpedes idées, leBic!'. alisolu : « L'éi)oque « deSocrate, dit-il, élaitTenfancedescausesfinales; « le Dieu artiste de Socrate ressemble encore trop aux « dieux des Grecs. Dieu n'est ])as une sorte de Pygma- « lion qui descend dans le tciiii)s et dansTespace pour « animer Targiic. » CeiTestdonc pas encore le Dieu d'Aristote qui meut et organise tout par la simple attraction du Bien, encore moins le Dieu de Leibnitzqui est « un ouvrier d'o^n;rîe/\^, et non simple- « ment un ouvrier d'œ^a'/'c'.s', » puisqu'il crée des monades, c'est-à-dire des forces cai)ables de se mouvoir spontanément; c'est le Dieu d'Anaxagore, TIuAelliaence, avec ciûte différence à son avaniage que Socrate la fait intervenir dans les ])lus menus détails de Torganisation cosmique, tandis qu'Anaxagore la laisse planer seulement sur le monde livré à Taction des causes naturelles. Mais Socrate n'en reste pas moins le père de cette grande école métaphy-

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siquequi, à Tencontre des philosophes mécanistes et matérialistes, cherche en tout et partout, en théologie comme en psychologie, la cause des mouvements et des actions dans une raison finale, dans une force intentionnelle, dans une attraction du bien. En ce sens, Tauteur a raison de dire que Socrate est gros d'Aristote, et môme de Zenon, comme il est gros de Platon. L'optimisme de Socrate, sans être aussi savant, aussi développé que celui d'Aristote, ni même que celui des Stoïciens, en peut être considéré comme le principe générateur.

« Sur la religion de Socrate, Tauteur nous donne des explications qui font parfaitement comprendre pourquoi Socrate a encouru les anathcmes des dévots d(î son temps. S'il n'entend nullement se poser en novateur et en réformateur de la religion, il est certain qu'il ne néglige aucune occasion d'interpréter, de corriger même les traditions de la religion nationale à Taide du sentiment moral et de Tidée théologique qui laisaient le fond de sa doctrine. En fait, c'était transformer la religion de son pays, sans toucher aux pratiques du culte. Xénophon n'a donc qu'à moitié raison, même si Ton s'en tient à son seul témoignage, quand il essaye de justifier son maître de Taccusation d'impiété portée contre celui-ci. Tout en reconnaissant que ce point de vue de Tauteur n'est pas nouveau, et que c'est Texplication de pdusieurs des Mémoires précédents, d'accord avec la plupart des historiens de la jdiilosophie, il n'en faut pas moins le louer d'y avoir iiîsisté avec

une force et une netteté toutes particulières, et surtout d'avoir trouvé dans les textes de Xéiiophon lui-même le hardi théologien que l'on avait coutume de chercher exclusivement dans certains dialogues de Platon, tels qucVI'jilInjphroiL

« Reste un dernier problème de la philosopliie de Socrate : c'est la manière dont il faut entendie son Démon. Ce qui est vraiment original dans l'étude de l'auteur sur ce sujet, ce n'est point l'explication elle-même, connue, et on pourrait mèiue dire, acceptée généralement par la critique, malgré l'autorité de savants physiologistes; c'est la mélhode vraiment ingénieuse, en verlu de laquelhî l'auteur fait sortir cette explication, non d(Mpii'l(iues textes seulement, mais de l'analyse com[)lèle de la doctrine, de la i)ersoiuie et de la vie même de Socrate. C'est ainsi qu'il fait voir connnent celle croyance à un démon lamilier n'est (pie la consé([U(MH'e naturelle de rinspiration, de Fanniur, de la [)rotbiule réflexion, de la force de contemplation et d'intuition intérieure, de la croyance à l'action divine, tantôt générale, tanlùt particulièro, (pu* Socrate entendait par Providence, en(in de toutes les idées théoriques et de toutes les habitudes i)rati(iues ([u'on i)eut recueillir dans la doctrine et dans la vie do Socrate. Bien qu^on ne puisse, sans forcer un peu rexi)lication, assimiler tout ;• fait ce phénomèn(\ où la superstition a une certaine part, au pliéiiomène dont il vient d'être question, ainsi cpie semble le faire l'auteur, il est certain qu'en le replaçant dans

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l'ensemble de tous ces phénomènes, au lieu de l'envisager à part, la méthode de l'auteur a singulièrement contribué à éclaircir le mystère. Si l'avertissèment de son génie n'est ni une inspiration, ni un simple effet île la sagesse socratique douée d'une extraordinaire faculté de j)révoyance, mais un véritable i)ressentiment de l'avenir dans des cas déterminés, et tous dépendants de la volonté humaine, on ne peut nier (pn* ce sentiment ne soit en |)arfait accord avec toute la doctrine et toute la personne de Socrate. L'auteur n'a-L-il pas domié parfois une trop grande portée métaphysique à son explication, selon son habitude? On serait tenté de le croire, en lisant cei'tains jiassages de cette remarquable étude, (ju'il résume, du reste, par la conclusion suivante : « Socrate, vivant à une époque encore peu instruite « des lois de la nature, et ayant l'imagination exal- « tée par le sentiment religieux, attribua à la Pro- « vidence toutes ces inspirations instinctives, et les f< appela des voix divines. Ce n'est point là une hal- « lucination physiologique, mais, si l'on veut, une (( hallucination psychologique. » Hallucination n'est pas un mot juste ici, puisque c'est l'état physiologique seul qui constitue riiallucination proprement dite. La métaphore du savant Stapfer vaut mieux : le démon de Socrate n'est qu'une sorte d'illusion d'optique psychologique. Du reste, entre les physiologistes et les moralistes qui diffèrent d'opinion sur ce sujet, il ne s'agit point de savoir si Socrate était un fou ou un sage. Les premiers,

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notre coiil'rère, M. Lélut, en tèle, s'accordent à rendre hommage à la profonde sagesse du philosophe athénien. La question, entre eux, se réduit à savoir au juste si Socrate a réellenuMit cru entendre la votx de son démon, au sens littéral du mot; auquel ras il eùl été véritablement halluciné, malgré toute sa raison. Peut-être, par parenthèse, en i'ut-il ainsi de Jeanne Darc et de certaines femmes mysliijues, chez lesquelles Texaltalion palrioli([ue ou religieuse ne suiJpriniait nullement les facultés de hou sens ou de haute intelligence dont elles étaient naturellement douées. 11 ne semble pas (pie cette concession puisse être faite à propos de Socrate; el c'est parce qu'il est dillicile de prendre ici le mot voix à la lettre, dans les divers [jassages de Xénophon et de Pkiton où il ligure, que la critiiiue s'est décidée pour rinterprétation métaphorique du mol, et par suite pour l'explication |)syehol(ïgiî[ue du phénomène. L'auteur du Mémoire X' o aura beaucoui) contribué à.assurer cette conclusion par sa savante discussion i\v:y lexles où il est question de la voix démonique. Nous devons ajouter que notre savant confrère, M. Lélut, rcgrelle de ne pouvoir, sur ce point délicat, partager entièrement Tavis de votre seclion, et s'en tient à la conclusion de son livre bien connu sur le démon de Socrate.

« L'espill dont l'auteur du lléiuoire N" 8 a pénétré son riK'Jyst^ et sa critique, dans le cours de cette longu ' i xposition, en fait [iressentir la conclusion. Le gr.aiil [vrohième du sujel e^l résolu. Si la substi-

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tution de la cause finale à la force mécanique ou physique, pour l'explication des phénomènes naturels aussi bien que des phénomènes moraux, est le caractère propre de la philosophie socratique, il n'est plus possible de mécoimaitre le métaidiysicien dans ce Socrate, coniui surtout pour un dialecticien, un moraliste, un sage par excellence. Quand on ne pense qu'à des métaphysiciens tels que Platon, Plotin, Malebranche, Spinoza, Schelling, llégel, ou hésite à donner le même titre à Socrate, dont la méthode et la doctrine ne rappellent guère le genre de spéculations taniilier à ces puissants génies de l'abstraction. Mais il suflit de nommer Aristote et Leibnitz, pour l'aire comprendre comment Socrate a i)u faire de la vraie métaphysique sans se perdre dans les spéculations obscures, lui que notre auteur nous montre si bien comme le père de la grande tradition spiritualiste, dont ces deux philosophes peuvent passer pour les plus fidèles organes. Si métaphysique veut dire une philosophie dont le caractère propre soit d'expliquer toutes choses, dans l'homme et dans la nature, par des principes d'un ordre supérieur à l'ordre physique, il n'est pas de philosophe plus métaphysicien, en ce sens, que Socrate, dont le spiritualisme absolu va jusqu'à remplacer partout et toujours les causes naturelles par des raisons tirées de l'ordre moral.

(( C'était la pensée de la section de philosophie et dé son président, quand elle vous a proiiosé de mettre ce sujet au concours; pensée dans laquelle

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