I. Du culte naturel. — De la prièrù
La doctrine de Socrate sur la prière est un des points les plus originaux et leâ plus élevés de sa philosophie : non-seulement il devance sur ce sujet ses contemporains, mais aujourd'hui même ses opinions paraîtraient hardies.
(( Socrate, dit Xénophon, demandait aux dieux « simplement {âiiloiç) de lui accorder les biens « (ràyaSa), parce que les dieux savent parfaitement
c( quels sont les biens (wç xoclharoc eiSôrccg OTTOta âyocBd
(( hu). Demander aux dieux de l'or, de l'argent, la « puissance suprême, c'était, suivant lui, aussi « indiscret que de leur demander un combat, un « coup de dés, ou d'autres choses aussi incer- « taines \ »
Prier, en effet, c'est demander, et demander un bien. Or, il y a deux sortes de biens : les uns intérieurs et moraux, les autres extérieurs et matériels. Ceux-ci, comme l'argent ou la puissance, aux yeux de Socrate, ne sont pas bons en eux-mêmes et par eux-mêmes, mais seulement par le bon usage qu'on en fait; ils sont donc entièrement subordonnés
» Xén., Menu, ï, m. — C'était aussi l'opinion de Pythagore : XirXw; iû-/ioHi 77.yjM (Diod. de Sic, X, D).
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aux biens de l'âme. Les biens de l'âme sont les vertus; et encore, parmi les vertus elles-mêmes, ftmt-il distinguer ce que Platon appellera le relatif et l'absolu. Le courage, par exemple, n'est bon que si l'on s'en sert pour une bonne fin. C'est donc la connaissance de la vraie fin, en d'autres termes la sagesse, qui est le seul bien véritable et suprême dans la vie présente. En conséquence, c'est la sagesse et la vertu qu'il faut demander aux dieux : toute autre prière est indiscrète. Comme les dieux seuls connaissent la fin de chaque chose, et ses résultats bons ou mauvais pour l'avenir; comme ils sont les seuls sages qui distinguent parfaitement le nuisible de l'utile, nous ne pouvons, sans imprudence, spécifier dans nos demandes tel ou tel bien particulier et matériel. Une semblable prière serait un doute au sujet de la providence et de la bonté divines, et de plus elle risquerait fort d'être une erreur dont nous serions les premières victimes.
Le Second Akibiade n'est que le développement de cette haute doctrine sur la prière, dont le germe est dans Socrate.
« Alcibiade, vas-tu dans ce temple pour y prier? « — Oui, Socrate, c'est mon dessein. — Aussi tu c( parais bien rêveur, et je te vois les yeux attachés c( à terre, comme un homme qui réfléchit profon- « dément. — Et a-t-on besoin de réflexions si pro- « fondes, Socrate? — Les plus profondes, Alci- « biade... Ne le semble-t-il pas que la prière exige « beaucoup d'attention, de peur que, sans s'en