DE L ORIGINE DE LAME
être considérée comme une émanation ou une parcelle de la substance divine.
a L'âme n*est point une portion de la substance de Dieu, autrement elle serait totalement immuable et incorruptible , et par conséquent elle ne pourrait devenir ni meilleure ni pire. Elle ne serait point sujette à se trouver dans un temps avec quelque chose de plus ou de moins qu'elle n'aurait eu dans un autre temps, et il n'arriverait jamais aucun changement à ses sentiments et à ses afiections. Or, nous savons bien qu'il n'en est pas ainsi, et ceux qui prennent tant soit peu garde à ce qui se passe en eux-mêmes n'ont pas besoin qu'on le leur prouve. Quant à ceux qui veulent que l'âme soit une portion de la divinité , il ne leur sert de rien de dire que ce n'est pas d'elle-même, mais du corps que lui arrive , et tout ce que nous voyons de dépravation et d'abomination dans les méchants, et ce que les plus gens de bien même éprouvent de faiblesse et d'infirmité : car dès là qu'elle est malade, elle n'est point immuable, de quelque part que viennent ses maladies, puisque, si elle l'était, il ne lui pourrait advenir aucun mal d'aucune part que ce pût être; ce qui est véritablement immuable et incorruptible, ne pouvant être changé ni corrompu par quoi que ce soit qui survienne. Car ce n'est que ce qui survient qui altère et qui corrompt; en sorte que si rien ne survenait à nos corps mêmes , ils seraient incorruptibles et invulnérables, et ce que la fable dit de celui d'Achille n'aurait rien eu d'extraordinaire. Ce qui peut être changé en quelque manière, par quelque cause et en quelque partie que ce soit, n'est donc point immuable par sa
nature. Or, ce serait une impiété de dire que Dieu pai* sa nature ne possède pas une vraie et parfaite immutabilité; Tâme n'est donc point une portion de la substance de Dieu ' . »
Ce ne serait pas moins se payer de mots et céder à de grossières illusions, que d'assimiler Tœuvre de Dieu aux œuvres de Thomme. Par exemple, ou a imaginé que de même qu'en soufflant nous introduisons dans des outres Tair qui nous environne , Dieu souffle nos âmes dans nos corps. « Comparaison qui manque de justesse et qui abonde en impiété! Quoi! Dieu, sans soufl'rir aucun déchet dans son être, pourrait tirer de sa nature quelque chose de muable, ou, ce qui est pis, produire un ouvrage, en étant à soi-même la matière de son ouvrage! Si l'on veut, en un tel sujet, emprunter au phénomène de la respiration une comparaison , il convient de mieux entendre les termes qu'on emploie. De même que lorsque nous aspirons et respirons, ce n'est pas de notre fonds; mais, comme nous ne sommes pas tout-puissants, c'est de l'air qui nous environne que nous tirons le soufQe que nous recevons et que nous rendons; et de même encore que le souffle que nous produisons quand nous respirons n'est pas doué de vie et de sentiment, quoique nous soyons sentants et vivants, de même aussi ce n'est pas de sa propre substance, mais parce qu'il est toutpuissant, de telle sorte qu'il peut créer ce qu'il veut; c'est de ce qui n'est absolument pas, c'est-à-dire du néant, que Dieu peut produire un souffle doué de vie