‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 172 sur 539 · DE L*EXISTENC£ DE DIEU · texte numérisé non relu

DE L*EXISTENC£ DE DIEU

homme inteliigeut, ou plutôt tout homme, quel qu*il soit? Certes il n^est pas besoin d'une grande sagacité à quiconque sait se dégager de Tesprit de contention, pour reconnaître que si Dieu est Tàme du monde et le monde le corps de cette &me, si ce Dieu réside en quelque façon au sein de la nature, contenant toutes choses en soi , de telle sorte que TÂme universelle qui vivifie la masse tout entière soit la substance commune d'où naissent chacune à son tour les âmes de tous les vivants, il suit de là qu'il n'y a aucun être qui ne soit une partie de Dieu. Or, qui ne voit que les confié*quences de ce système sont impies et irréligieuses au suprême degré, puisqu'elles supposent qu'en marchant sur un corps, je marche sur une partie de Dieu, et qu'en tuant un animal, c'est une partie do Dieu que je tue? Mais je ne veux pas dire tout ce que peut ici suggérer la pensée, sans que le langage puisse dé* cemment l'exprimer.

Remarquera-t-on qu'il n'y a que les animaux rait sonnables, comme les hommes, par exemple, qui soient les parties de Dieu ? Mais si le monde tout entier est Dieu, je ne vois pas de quel droit ou retrancherait aux botes leur portion de divinité. Au surplus, à quoi bon insister? Ne parlons que de l'animal raisonnable, de l'homme. Quoi de plus tristement absurde que de croire qu'en donnaut le fouet à un enfant, on le donne à nue partie de Dieu? Que dire de ces parties de Dieu qui deviennent injustes , impudiques , impies , damnables enfin, si ce n'est que pour supporter de pareilles conséquences, il faut avoir perdu le sens? Je demanderai enfin pourquoi Dieu s'irrite contre ceux qui ne l'ado-

rentpas, puisque c'est sMrriter contre des parties de soimême K »

a Sans doute le vrai Dieu est Dieu par nature et non par opinion, mais il ne s'ensuit pas que toute nature soit Dieu ; car Thomme, la bête, l'arbre, la pierre ont une nature, et Dieu n'est rien de tout cela ^. if>

Ce ne sont pas d'ailleurs seulement les rêveries manichéennes qu'Augustin repousse avec cette vivacité, mais aussi l'opinion de la théologie païenne exposée par Yarron, laquelle porte que Dieu est Tàme du monde et qu'il comprend en soi une multitude d'&mes particulières dont l'essence est divine *.

Et en effet, que Dieu soit pur esprit, quelle merveille ! Et ne serait-ce pas plutôt un Dieu corporel qui impliquerait contradiction?

Dieu est; car il y a de l'être. Dieu est pur esprit ; car comment savons-nous qu'il est, sinon surtout en considérant notre propre esprit et l'éternelle vérité qui l'illumine ?

« Si nous ne découvrons rien au-dessus de notre raison que ce qui est éternel et immuable, pouvonsnous hésiter à dire que cela même est Dieu ? Effectivement, comme ce n'est point par un sens inférieur à elle, mais par elle-même que la raison aperçoit tout ensemble qu'il y a quelque chose d'éternel et d'immuable et qu'elle-même est* inférieure à cet être éternel et immuable, il faut de toute nécessité qu'elle avoue que cet être est Dieu... Donc, je proclamerai Dieu

Page 1