‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 177 sur 539 · Cf. Solilaquiorwn lib. I , cap. m · texte numérisé non relu

Cf. Solilaquiorwn lib. I , cap. m

que nous avons aussi une science quelconque, une connaissance positive de Dieu.

Par conséquent , il est utile de s'appliquer à Tétude de la nature de Dieu. Un Dieu indéterminé serait un Dieu abstrait, et pour ainsi dire un néant de Dieu.

Cette détermination requiert d'ailleurs une méthode appropriée. Quelle sera cette méthode? Évidemment, les attributs de Dieu sont ineffables et on ne peut rien dire de Dieu qui soit digne de Dieu. Néanmoins, il faut eiprimerles choses de Dieu par des mots humains, tout en écartant de ces mots les imperfections qu'ils impliquent. En effet, « ce serait parler indignement de Dieu, que de croire avoir trouvé des paroles dignes de lui. Son indéfectible vertu et sa divinité dépassent à un point merveilleux toute espèce de langage humain, et jusque dans notre infirmité toute humaine, nous sommes avertis que tout ce qu'on dit humainement de Dieu, parait méprisable même à l'humanité*. Et pourtant, malgré l'abîme qui sépare les choses divines et les choses humaines, ce n'est point sans profit que les mêmes dénominations sont appliquées aux unes et aux autres. Car les connaissances qui résultent de l'habitude journalière et qui sont le fruit d'expériences accoutumées, nous ouvrent comme une voie vers les sublimes conceptions qui conviennent à Dieu. Ainsi, que j'ôte à la science humaine sa mobilité, que je supprime ces passages d'une pensée à une autre pensée, ces retours que nous faisons pour nous remettre dans l'esprit ce que un peu auparavant nous avions conçu , si bien que nous

1. De Diversis Qnxstionibns ad Shnplicianum, lib. II, qiMtU ii«

n'entendons rien que partiellement et à l'aide de nombreux actes de souvenir; que je supprime, dis-je, ces imperfections, pour rie plu$ coriéidénét qUe la vivacité de la substantielle et inébranlable vérité', qiiî d'ùù seul et éternel regard embrasse l'Universalité descbôsé^; et j'aurai de cette manière ^liètqûe idée dé là stiéticè^ de Dieu *. De tnême, que j'Ôte à la colère hutttalneses'tlàrbulen tes émotions, potir n'y laisser que la fbrcfe d'iitie légitime vengeance, et, dans une certaine tridsûré, fe concevrai ce çjiiî s^àppellè là colère dô Dieu. Ôîi eiàpcore, si vous ôtez à là pitîé ce partage de la sonfifrancè de celui dont vous avez pitié, pout n'y laisser qu*tiné boAté tranquille qui porte à secourir ceux qui souffrent éik les délivrer de leurs misères, vous aurez de la ëcWe quelque notion de la mifeéricorde divlrie^. y> - ' ^

En résumé, partir de l'honmae pour s'élever à Dieu; nier de Dieu tout ce qui dans l'homme e^ înrperfectîôiî, et tout ce qiii dans l'homme eèt bommeûcémebt de ^è^fection l'affirmer' de Diçu, telle est la béthodë à l'aide de laquelle Aiigu^ih e^hiie tjù'ii dônvient de pt^éédér à la détenrilriatiôïi dés attributs de Dieti. Âîb^, «ïtiferrogeons-nouô rious-nifiities et nous recorifaàitrbiis qti^il n'y a rien dé mêllleiit dans notre nature que réntélideraent. Or, y a-t^l là' rien qui ressétkiblë aux Knéàriiërits des formes, à réélàt dèè couletirs, à lai^ ^hiudèùi^ qui remplit l'espace , à là distancé âés parties, à 1^ dilatation d'une masse , au mouvement qui' s'dp^ré d^uri lieu à un autre ? A coup sûr. Une se rôn(i6nlTe rien dèpàreil dans

1. De DiversU Quxstionibtu ad Simplieianum^ llb. H, qusst. il. 2» Ibid,^ ibid.

DE LA NATDRK DE DIEO.

la partie la plus, excellente de notre être, c'est^-dire dans notre eqtepjj^mçn^, par où, autant que nous en eoipmes e.fpàb{i^^.n9U^ saisissons la sagesse. C'est pourimqi?.9Ç,*iu^,i?0VS ne trouvons pas dans ce qu'il y a de meilleur çp l?9f|is> .Ç^MS oe devons pas le chercher dans cel^i, qpi est bien meilleur que ce qu'il y a de [neiUe^l^.,e!l^ ^)j^, Conçevoçs.donç, si nous pouvons, et autant q.1^ upm pouvons, que Dieu est bon sans qualité, j^i^fi I^Pâ quantité, créateur sans besoin; le premier^ ^^^^^ypir de situation ; comprenant toutes choses, san:^,,ay|9J|r ia, manière d'être; partout présent, sans êlr^ j^ijfi ,auqi,iD lieu; éternel, saus être soumis au te^psj ^f^içant, sans subir de changement, les choses muables; n'épr9uvan(;. a^^USp passion. Quiconque pei;^ aÏA^de I||eu, ^ofe i)u'i] nç puisse de tout {M^iôt, décpi^v^iï ce qu!est Biep^ prend <^u moins, autant qu!|l çst po^ble, ^e pieuses, précautions pour ne rien concevoir de Dieu qu'il ne soit pas '. » Et, effectivement, les applications de cette méthode sont certaines.

« Qui êtesnvous, ô mon Dieu! s'écrie Augustin. Qui êles-vpus, je le demande, sinon le Seigneur Dieu? Trèsgrapd,, très-bon, très-puissant, tout-puissant, très-miséricordieux et très-juste, très-caché et partout présent, inâniment beau, infiniment fort, toujours le même, in* compréhensible, immuable et changeant toutes choses, jamais ancien, jamais nouveau, renouvelant tout ce qui est, et conduisant ï la vieillesse les superbes sans qu'ils le sachent; toujours actif et toujours en repos, recueillant de toutes parts sans avoir besoin de rien ; soutenant.

I, De Trinilale, I

remplissant, conservant les créatures auxquelles vous donnez l'être, la nourriture, la maturité ; demandant sans cesse, quoique rien ne vous manque jamais; yous aimez, mais sans désordre; vous êtes un Dieu jaloux, mais sans inquiétude ; vous vous repentez, mais sans douleur; vous entrez en colère, mais sans trouble. Vous changez vos œuvres sans changer vos desseins ; vous ramassez ce que vous trouvez sans avoir jamais rien perdu. Vous n'êtes pas pauvre, et vous aimez le gain ; vous n'êtes pas avare, et vous placez à usure... Mais que sont toutes ces paroles, 6 mon Dieu, ma vie, sainte douceur de mon âme! Que peut-on dire en parlant de vous? Malheur donc à ceux qui se taisent, puisque ceux même qui parlent ne peuvent passer que pour des muets * ! »

Revenons sur cette énumération rapide des attributs de Dieu, et essayons de substituer dans saint Augustin aux élans de l'enthousiasme l'analyse.

Premièrement, Dieu est présent partout.

« Et quand nous disons que Dieu est partout répandu, il faut résister aux pensées charnelles, et soustraire son esprit à l'empire des sens. Quelle erreur, en effet, ne serait-ce pas de penser que Dieu est partout répandu à la manière d'un corps qui remplit l'espace, comme est répandue la terre, l'eau, l'air ou la lumière... Dieu est partout comme est une grande sagesse même dans un homme dont le corps est petit. Et si vous supposez deux sages, dont l'un soit plus grand que l'autre, mais non point plus sage, la sagesse n'est pas plus grande dans le

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