In Ptalmum C Enarratio
a Je ne connaissais jpofot, écrX saint Augustin, cette justice intérieure et véritable, quî'né juge pas selon la coutume, mais selon la loi trfes-justè âii^Dieii tout-puissant, et qui ordonne des pratiques différentes selon les diverses rencontres des temps et les divers génies des peuples, qnoiqu*elle demeure la même dans tous les temps et chez tous les peuples.' Je ne considérais pas que c'est suivant cette justice qu'ont été justes Abraham, Isaac, Jaeob, Moïse et David, et tôUs ces autres patriarches qui ont été loués par la bouche de Dieu même; et que, sMls passent dans Testime de quelques ignorants pour injustes, c'est parce qu*on les juge au point de vue du moment présent et qu'on applique l'étroite mesure de ses propres actions ai la conduite universelle du genre humain. De même que si quelqu'un qui ne saurait pas comment il faut s*armer, se couvrait la tête avec des jambarts, et se chaussait avec un casque; puis se plaignait que ces pièces d^équipement fussent mal faites. Ou comme si un jour où l'on aurait défendu de tenir marché après-midi, quelqu'un s'offensait de ce qu'il ne lui serait pas permis de vendre alors ce qu'il aurait pu vendre le malin. Ou enfin comme si on s'étonnait que dans une maison certains serviteurs maniassent dos choses, auxquelles celui qui donne à boire no doit pas toucher ; et qu'on trouvât mauvais tiuc ^'ous un même toit et parmi les serviteurs d'un mOme maître toutes choses ne fussent pas également permises, ni à tous, ni en tous lieux.
Or, c'est précisément ce que font ceux qui ne peuvent souffrir qu'on leur dise que ce qui a été permis aux
anciens justes dans leur siècle, ne Test plus aux gens de bien dans celui-ci, parce que Dieu, selon la nécessité des temps, leur a commandé des choses qu'il ne nous commande plus aujourd'hui, quoique ces justes aient été soumis aussi bien que nous à son éternelle justice. Et néanmoins ils n'ont pas de ^ peine à comprendre que dans un même homme le vêtement qui est propre à Tun de ses membres ne le soit pas à Tautre ; que dans un même jour ce qui a été permis le matin ne le soit plus le soir. Ainsi la justice de Dieu est immuable, parce qu'elle est éternelle; mais les temps changent, parce qu'ils s'écoulent sans cesse, et que leur être n'est qu'une perpétuelle révolution. C'est ce que les hommes entendent difficilement. Car vivant si peu, ils ne sauraient accorder avec ce qu'ils voient tous les jours les événements si différents , qui se déroulent dans la suite des siècles, et qui s'étendent à travers toutes les contrées du monde; au lieu qu'ils jugent par leurs propres yeux de ce qui convient ou ne convient pas à un même pays, aux heures d'un même jour et aux membres d'un même corps. C'est pourquoi, ils se soumettent à cet ordre humain dont ils reconnaissent actuellement l'utilité ; et accusent, au contraire, l'ordre de la providence dont ils ignorent le merveilleux enchaînement.
Je ne savais alors rien de tout cela, ou plutôt je n'y donnais aucune attention, et je n'apercevais point ces vérités, quoique mes yeux en fussent frappés de toutes parts. Je ne considérais pas que, lorsque je faisais des vers, il ne m'était pas permis de mettre toute sorte de
DE LA MATURE I>£ DIEU. 29i
pieds pailout où j'aurais \oulu les mettre; mais qu'Urne fallait les placer différemment, selon les différentes es»* pècesde vers; et que, dans un même vers, je ne pouvais pas répéter toujours le même pied, quoique Fart de la versification demeurât indivisible en soi-même; qu'ainsi la justice suprême, à laquelle toutes les âmes saintes sont soumises, devait d'une manière sans comparaisoa plus sublime et plus excellente renfermer en ellemême toutes les lois qu'elle peut donner aux hommes, sans varier jamais, encore qu'elle ne commaode pas toujours la même chose, et qu'elle diversifie ses ordres selon la diversité des personnes et des temps* C'est ce qui me jetait dans l'aveuglement, et me portait à blâmer ces saints patriarches, qui non-seulement ont usé des choses présentes, selon l'inspiration et le com* mandement exprès de Dieu, mais qui ont même annoncé les choses futures, éclairés qu'ils étaient par sa lumière.
Mais de même qu'il y a des lois qui peuvent changer, il y en a d'autres qui ne changent pas. Car peut-on ima* giner ou quelque temps, ou quelque lieu, où il ne soit pas juste d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et son prochain comme soi* même? Et ainsi les crimes infâmes doivent être rejetés avec exécration et punis avec sévérité, en quelque temps et en quelque lieu que ce puisse être. Et quand tous les hommes de la terre s'accorderaient à les commettre, ils seraient tous également coupables selon les prescriptions de la loi divine * . »
I, Coiifessionum lib. III , cap. vil, viiu
292 CHAPITRE m.
Dieu, qui est le bien, est la vérité, le Verbe, Téternelle raison .
« La raison éternelle est votre Verbe môme, 6 mon Dieu! Et c'est le Principe, car c'est lui qui nous parle [Jean^ viii, 25), et sa parole a retenti extérieurement aux oreilles des hommes, afin qu'ils crussent en lui et qu'ils le cherchassent en eux-mêmes, dans réternellc vérité où un seul et bon maître enseigne tous ses disciples. C'est là que j'entends, Seigneur, votre voix qui me parle, car celui qui nous enseigne est le seul qui nous parle, et celui qui n'enseigne pas, môme lorsqu'il semble parler, ne nous parle pas en réalité. Mais qui donc nous enseigne, si ce n'est l'immuable vérité? Ainsi, lorsque nous sommes instruits par quelque créature sujette au changement , c'est qu'elle nous conduit à la vérité qui ne change pas ; là , nous nous instruisons véritablement , en l'écoutant immobiles; et nous tressaillons de joie à la voix de l'époux {Jean^ ui, 29) qui nous rappelle au principe d'où nous sortons. 11 est lui-môme ce principe : et s'il ne demeurait immobile, nous ne saurions où revenir quand nous nous égarons. Mais revenir sur ses pas après s'être égaré , c'est connaître. Or, c'est lui qui nous enseigne à connaître, parce qu'il est le Principe, et que c'est lui qui nous parle*. »
Enfin, Dieu est beauté, la beauté par excellence.
« Que j'ai commencé tard à vous aimer, s'écrie Augustin, ô beauté si ancienne et si nouvelle!... Vous m'avez appelé , vous avez crié, et vous avez ouvert