SermoCCXWy
bon, c'est qu'il Ta voulu. Demandera- t-on pourquoi il Ta voulu ?
« Celui qui cherche pourquoi Dieu a voulu faire le monde cherche la cause de la volonté de Dieu. Que no remarque-l-il que toute cause est efficiente? Or, tout ce qui produit est plus grand que ce qui est produit. Mais il n'y a rien de plus grand que la volonté de Dieu. II n'y a donc point à chercher quelle en est la cause '. »
a En conséquence, à celui qui dit : Pourquoi Dieu a-t-il fait le ciel et la terre ? il faut répondre : Parce qu'il Ta voulu. Car la volonté de Dieu est la cause du ciel et de la terre, et ainsi la volonté de Dieu est plus grande que le ciel et la terre. Quant à celui qui dit : Pourquoi Dieu a-t-il voulu faire le ciel et la terre? il cherche quelque chose de plus grand que la volonté de Dieu, tandis qu'il ne se peut rien trouver de plus grand. Que la témérité humaine sache donc se contenir, et qu'elle ne cherche pointée qui n'est pas, de peur de ne pas trouver ce qui est. Que si l'on désire d'ailleurs connaître la volonté de Dieu, que l'on se fasse ami de Dieu ; car si quelqu'un voulait connaître la volonté d'un honmie, dont il ne serait pas l'ami, on rirait de son impertinence et de sa sottise. Or, nul ne devient ami de Dieu que par la purification des mœurs ^. »
Mais ici apparaissent des difficultés qui sont, ce semble, inextricables.
Effectivement, Augustin professe que le monde n'a pas été créé de toute éternité, sans qu'on puisse dire
1. De Diversiê Qurglionibtii LXXXIU, quœst. xxviii. 3. De Geiieni contra Manichmon^ lib. 1, cap. ii.
qu'en le créant Dieu ait fait succéder une volonté nouvelle à une volonté antérieure '.
N'y a-t-il pas là une insoluble antinomie ?
Que la création ne soit point étemelle, c'est ce quMmplique ridée méroe de création. Car un monde éternel est précisément le contraire d*un monde qui est créé.
« Quels sont les siècles écoulés avant la création du genre humain? écrit Augustin. J'avoue que je l'ignore, mais je suis certain du moins que rien de créé n'est coétemel au créateur ^. »
Cela posé, comment concilier, d'autre part, avec l'éternité immobile de Dieu ^ et sa volonté immuable la succession qu'implique aussi l'idée même de création ? Sans doute si l'on demande pourquoi l'homme n'a pas été créé plutôt, Augustin sera fondé à répondre : « Le premier homme lui-même pouvait demander pourquoi il n'avait pas été créé auparavant, sans que cette difficulté en fût moindre ou plus grande, en quelque temps qu'il eût pu être créé *. »
Soit. Cependant la difficulté subsiste tout entière. Car que faisait Dieu avant de faire le ciel et la terre? S'il était en repos et dans l'inaction, pourquoi n'y estil pas toujours resté, pourquoi y est-il rentré en cessant de nouveau d'agir? S'il peut y avoir en Dieu quelque mouvement nouveau, quelque volonté nouvelle de créer ce qu'il n'aurait pas encore créé, comment