Cf. Confestionum , liv. IX . ch. iv
sire concilier avec lu religion. Et au lieu de songer, comme naguère, à justifier par les théories platoniciennes le Christianisme, son espérance est d'établir qu'entre le Christianisme et le Platonisme il n'y a point de contradiction.
Enfin le prêtre, surtout l'évéque, se montre encore beaucoup plus absolu que le simple fidèle. En se laissant consacrer prêtre, puis élever à l'épiscopat, Augustin s'est donné à l'Église sans réserve. A dater surtout de cette époque, l'autorité de l'Église est devenue, dans son esprit, souveraine. Il va jusqu'à subordonner à cette autorité celle des Écritures et déclare que sans l'autorité de l'Église il ne croirait même pas à l'Évangile. L'Église, en un mot, lui apparaît comme une vivante unité, qui a reçu le dépôt des choses divines, mais qui peut toujours en acquérir une connaissance plus explicite et plus claire, comme il arrive par la succession des conciles. En conséquence, c'est au service, à lajdéfense, à l'exaltation de cette glorieuse unité qu'Augustin a finalement résolu de consacrer toutes ses forces. Placé à ce point de vue, les enthousiasmes de sa jeunesse doivent nécessairement s'attiédir. Aussi, en vient-il à nier les vertus des païens. De môme, il nie que les philosophes de l'antiquité aient cherché la vérité avec un amour désintéressé et non point par orgueil. La philosophie, en définitive, ne lui est plus qu'une sorte de distraction, j'ai presque dit une occupation oiseuse de l'intelligence.
Qu'après s'être épris de la philosophie et en avoir parcouru toutes les régions, depuis le dualisme manichéen jusqu'au Platonisme, Augustin s'en soit de la sorte éloigné peu à peu, sans toutefois s'en séparer ja-
mais; que lels aient été, en somme, les dcteloppemeuts de sa pensée, c*estce qu'attestent pleinement ses écrits. Lui-même nous avertit* qu'enlisant ses ouvrages suivant Tordre où il les a rédigés, on pourra se rendre
1 • Retraciationwn Libri duo, Prologus. « Inveniet fortasae quomodo scribendo profecerim , quUquis opuscula mea , ordine quo scripta sunt , legerit, • Il De m'a donc pas semblé inutile, pour entendre les développements de la pensée de saint Augustin, de dresser le tableau sjrnoptiqae et ehronologique de ses principaux ouvrages. C'est toujours en tenant eompte des dates que J'en ai employé ou discuté les textes.
954 ase
De la naissance à la eonversioii
d'augustin
AtTGtTSTlIf, catéchumène, baptisé.
chrétien.
prêtre.
De Pulcbro et Apto?
Contra Âcademicos Libri 111 ^ 386.
De Beata Vita Liber unus, 386.
De Ordine Libri II, 386. Soîiloquiorum Libri II, 387.
De Immortalittite Animée Liber unus, 387. De Moribus Ecclesise caiholicœ, etc., 388» De Quant itate Animas Liber unus, 388.
De diversis Quxstionibus octofjintn tribus
Liber unus, 388.
DeMusica Libri VI, 387-389.
De Magistro Liber unus; De Gencsi contra
Manichœos Libri II, 389.
De Vera Religione Liber unus, 390.
De Utilitate credendi ad Honoratum Liber
unus, 391.
De duabtis Animabus contra Manichœos
Liber unus, 391.
De Genesi ad Litteram imperfeclus Liber,
De Libero Arbitrio Libri III, 388-395.
Contra Epistolam Manichani quam rocant
Fundamenti Liber unus, 397.
compte de Tavancement qu'il faisait dans la doctrine.
Or, sans parcourir un à un tous ses volumineux et nombreux traités, il suffit de rappeler ses compositions principales, leur date, leur objet, pour se convaincre que la philosophie qui d'abord la transporté d amour, s'est trouvée bientôt primée dans son esprit, puis absorbée par la théologie.
Nous n'avons rien de saint Augustin avant sa con-
AUGUSTI N, évêque.
De Doctnna Christiana LibrilV, 397-426.
De Fide renimquif nonvidenUir Liber vum,
De Catechizandis rudibus Liber unus, 400.
Confessionum Libri \IIly 40(^.
De Nalura Boni contra Manichsros Liber unus, 404.
De peccatorum Merilis et HemiMione Libri ///, 412,
De Spiritu et Littera Liber unm, 412.
De Genesi ad Littcram Libri XII ,401-415.
De Natura et Gratia Liber unus, 415.
De Trînitate Libri IV, 400-416.
De Gratia Christi et de peccato originali Libri duo, 418.
De Anima et ejus origine Libri IV, 419.
Contra Manichseot Libri complures, 492-
Enchiridion de Fide, Spe et Charitate Liber unus, 422.
De Civitate Dei Libri XXII, 413-420.
De Gratia et Libéra A rbitrio Liber unus, 4 26.
De Corrcptione et Gratia Liber unus, 427.
Retractationum Libri II, 427.
De Prstdestinatione Sanctorum Liber unus,
428aiir 429.
De dono Perseverantife Liber unus, 428 aut
version, ni son Traité sur leBeau^ ni les déclamations ou les éloges qu'il prononça à Carthage, à Rome, à Milan. Le professeur, le Manichéen, le panthéiste, TAcadémicien, le libre penseur nous est inconnu. Pour nous Técrivain commence seulement à Cassiciacum, et là le philosophe est déjà chrétien.
Cependant les écrits composés à ces premières heures de la conversion d'Augustin ^ reposent manifestement sur un fond tout philosophique. Ce sont les Trois livres contre les Académiciens^ le Traité de la Vie heureuse^ le Traité de l'Ordre^ les Soliloques.
De retour à Milan, conquis au Christianisme et baptisé, Augustin rédige le petit traité de Y Immortalité de fAme. Et comme s'il était ramené par la force de l'habitude vers la science mondaine qu'il a quittée, il se livre à des études discursives touchant les arts libéraux ' . De là sortent un livre sur la Grammaire^ l'ébauche des livres 5Mr la Musique et des fragments relatifs à la Dialectique^ à la Rhétorique^ à la Géométrie^ à Y Arithmétique et à la Philosophie, Encore ces divers fragments, si on excepte les Livres stir la Musique^ ne sont-ils point parvenus jusqu'à nous.
Mais, à partir de ce moment et jusqu'au jour où il deviendra prêtre, le philosophe fléchit de plus en plus chez Augustin, et cède visiblement la place au théologien. Quels sont, en effet, durant son second séjour à Rome, les produits de sa plume? Ce sont, avec le Traité de la Grandeur de l'Ame et le commencement du Traité du Libre A rbitre^ les écrits sur les Mœurs des Catholiques