De Geneêi ad IHteram , lib. VU , cap. xxviii
non point avec la masse d'une grandeur corporelle, mais à Tétat de force et de puissance causatrice...
Comme dans un grain se trouve invisible tout ce qui , par le laps du temps, finit par devenir un arbre ; ainsi faut-il imaginer que le monde, lorsqu'il a été créé de Dieu, renfermait en lui-môme tout ce qui devait plus tard se manifester...
Dieu, par conséquent, ne crée rien ultérieurement, mais, ayant créé toutes choses à la fois, il les gouverne, les meut par son action dirigeante, si bien qu'il opère sans cesse, se reposant et opérant à la fois*. »
Et Augustin a recours encore à d'autres images, afin d'expliquer comment la création qui est entière à l'origine, ne s'en développe pas moins dans le temps.
La création est, suivant lui, comme le langage de Dieu, et le langage de Dieu peut se comprendre par analogie avec le langage humain. Or, lorsque nous entendons parler un homme, son langage résulte pour nous d'une succession de syllabes, et pourtant dans les paroles qu'il prononce, il n'y a pas deux syllabes qui puissent sonner en môme temps. Combien moins pouvons-nous concevoir que toutes choses aient été produites simultanément dans l'acte même par lequel toutes choses ont créées simultanément ^ !
Unité et indivisibilité de l'acte créateur ; création en puissance et création en acte; l'acte procédant de la puissance, voilà les caractères de la création. 11 n'y a pas d'être qui ne fût, à l'origine, contenu dans d'autres
4. De Genesi ad Litteram^ lib. V, cap. xxiii. 2. Ibid,, lib. VI, cap. i]i.
êtres. Toute la plénitude du genre humain notamment était renfermée dans le premier homme, et Dieu y voyait d'avance toute la suite des élus et toute celle des réprouvés. C'est pourquoi, « deux sociétés, comme deux grandes cités, ont pris naissance dans le premier homme.
En effet, de cet homme devaient sortir d'autres hommes, dont les uns, par un secret, mais juste jugement de Dieu , seront compagnons des mauvais auges dans leur supplice, et les autres, des bons dans leur gloire*. »
Étudié à la lumière de ces données, le monde forme un tout admirable, unité tout ensemble et variété de succession. Il est un, et il a eu, il a ses degrés.
Le monde doit être considéré comme une unité ; car la raison aspire à Tunité , et c'est un jeu de l'imagination que de supposer plusieurs mondes^. Le monde forme un tout complet et ordonné; la matière môme y est bonne et rien ne peut se produire de contraire à Tordre naturel du monde.
Mais de ce que le monde est unique , il ne s'ensuit pas qu'il soit simple, la simplicité n'appartenant qu'à Dieu. Le monde a eu ses degrés. Ces degrés sont les degrés mêmes de l'histoire^; les degrés mêmes que parcourt toute âme\ On en compte jusqu'à sept. Le nombre six, en effet, qui tire sa perfection des parties