LIVRE I
EXPOSraON DE LA PHILOSOPHIE DE S. AUGUSTIN
Si la philosophie est la recherche de la vérité, jamais sans doute il ne s'est rencontré une âme plus philosophe que celle de saint Augustin. Car jamais âme n'a suppoité avec plus d'impatience les anxiétés du doute et n'a fait plus d'efforts pour dissiper les fantômes de l'erreur.
Dévoyé par ses passions des sentiers de lumière ouverts devant son berceau, Augustin n'a pu longtemps marcher dans la nuit, sans se sentir comme glacé par les ténèbres. Aussi, voyez avec quelle fiévreuse ardeur il tâte, pour ainsi parler, tous les abords qui s'offrent à lui ! De la foi il a passé, comme souvent il arrive, aux
superstitions ; destiné au baptême, il est devenu Manichéen. Mais durant ces tristes années de captivité morale, quels gémissements, quels pleurs, quels élans pour surmonter les obstacles et trouver une issue vers la pure lumière! Haletant, éperdu, épuisé par la lutte, il sent parfois ses forces le trahir et tomber son courage. C'est pourquoi il demande tour à tour au doute académique un abri, à TÉpicurisme un repos, à un panthéisme grossier une sorte d'anéantissement. Heureusement, ce ne sont là que de passagères défaillances. La grande âme d'Augustin se relève toujours plus énergique des épreuves où il semble qu'elle doive succomber. Esclave de la caverne, elle ne saurait s'habituer à ne contempler que des ombres, à n'entendre que des échos. Augustin poursuit sang relâche sa laborieuse recherche, jusqu'à ce qu'il voie enfin briller dans le Platonisme les premières lueurs du jour après lequel il a tant soupiré. Et à cet instant suprême, quels ne sont point ses ravissements, j'ai presque dit les chants d'amour par lesquels il célèbre la philosophie I
tt C'est la philosophie, s'écrie alors Augustin, c'est la philosophie qui maintenant, au sein du loisir que j'ai ardemment souhaité, me nourrit et me réchauffe. C'est elle qui m'a délivré sans retour des superstitions où je m'étais précipité. Car c'est elle qui m'enseigne, et qui m'enseigne en vérité, qu'il ne faut rien accorder de son amour à ce qu'aperçoivent les yeux du corps, à ce qui frappe les sens, mais, au contraire, s'en détourner avec mépris*. » ic Oui/ continuait Augustin, quelque faible