I. De Moribus EccleiixCathoiicx, Mb. 1, cap. xi
Nous venons de le voir. Aux yeux de saint Augustin, le mal n'est point un phénomène qui soit fondé en nature. Car Augustin estime qu'en tant que nature, toute nature est bonne. Nul esprit surtout n'est mauvais foncièrement; car l'esprit est immortel.
Cependant, il y a du mal dans la création.
Augustin se reconnaît impuissant à expliquer le mal parmi les anges. Et du reste, il ne manque jamais de reléguer au nombre dos questions qui nous dépassent, toutes les recherches sur les anges, leurs caractères et leur essence.
Mais dans l'homme, comment rendre raison du mal ?
A cette question, que se sont posée de tout temps les esprits pensants, ont été faites diverses réponses, qui constituent autant de théories.
Ceux-ci ont rapporté le mal à la matière éternelle. C'est le sentiment sur lequel se fonde le dualisme grec.
Ceux-là ont imaginé deux Dieux, l'un auteur du mal, l'autre auteur du bien. C'est l'opinion des Manichéens.
Augustin qui écarte, par le dogme de la création, la solution qui se tire de réternité de la matière, ne repousse pas moins expressément la doctrine des deux principes éternels et contraires. C'est même contre les enseignements du Manichéisme que porte Teffort de sa dialectique. Suivant lui, le mal qui n*est pas la matière, le mal qui n est pas Dieu, le mal ne vient pas davantage de Dieu.
Mais alors, encore une fois, comment expliquer le mal dans Thomme ?
On peut dire qu'il y a eu, en quelque façon, deux moments dans Topinion que s'est faite Augustin touchant ce délicat problème. Constamment, il est vrai, il a reconnu que Dieu n'est pas l'auteur du mal. Mais il a commencé par rapporter le mal à la volonté humaine, comme à sa cause efûciente. Créée de Dieu, quand cette volonté agit mal, c'est elle qui agit et produit le mal. Cette première théorie a été ensuite modifiée, et Augustin a professé d'une manière définitive que Dieu ne pouvait faire qu'une perfection bornée et qu'il a fait pour le mieux. Le mal, à ce compte, n'est qu'un défaut ou un manque d'être, et la volonté mauvaise, cause du mal, qu'une cause déficiente.
tt On nous demande d'où vient le mal. Répondons du bien, mais non du bien souverain et immuable. Les maux sont donc nés des biens inférieurs et muables. Ces maux, sans doute, ne sont pas des natures, mais des vices de nature: cependant il faut entendre en même temps qu'ils ne peuvent être que de quelques et en quelques natures, et qu'il n'y a pas de mal. qui ne soit un défaut do bien. Or, ce défaut évidemment se rapporte
à quelque nature. Car une volonté mauvaise elle-même ne peut être, sans contredit, que la volonté d'une nature. L*ange et Thommesont des natures. Du moment en efPet qu'il y a volonté, ce doit être la volonté de quelqu'un. Et les volontés valent ceque les font lesqualités des natures auiquelles elles appartiennent. Si donc on demandé ce qu'estrange, ou l'homme de mauvaise volonté , on répond très-justement : mauvais, la qualification venant alors plutôt de la volonté mauvaise que de la nature bonne. Effectivement, la nature est la substance même qui est capable de bonté ou de malice ; elle est capable de bonté par la participation du bien qui Ta faite; elle admet de la malice, non par une participation du mal, mais par une privation du bien, c'est-à-dire non qu'elle se mêle à une nature qui est quelque mal, n'y ayant pas de nature en tant que nature, qui soit mauvaise ; mais par déchéance d'une nature qui est le souverain et immuable bien, parce qu'elle a été faite de rien, et non pas de cette nature indéfectible. Une nature ne pourrait avoir une vo« lonté mauvaise, si elle n'était muable, et elle ne serait pas muable, si elle était faite de Dieu, et non point faite par Dieu de rien. C'est pourquoi. Dieu est Tauteur des biens en tant qu'il est l'auteur des natures; quant à la déchéance spontanée du bien qui apparaît dans les natures, elle n'indique point par qui elles ont été faites, mais d'où elles ont été faites. Et cela d'où elles ont été faites n'est point quelque chose, parce qu'au fond ce n'est rien ; et ainsi ce qui n'est rien ne peut avoir
d'auteur ^ »