‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 28 sur 539 · Ibid, lib. UI, cap. xx · texte numérisé non relu

Ibid, lib. UI, cap. xx

Toutefois, il importe de le remarquer, à cette heure de crise qui devait décider de toute sa vie, c'est beaucoup moins la philosophie qu'une philosophie particulière qu'embrasse saint Augustin. On ne sait même si on ne doit pas estimer que ce vigoureux génie a cessé de pleinement philosopher, le jour où il semble qu'il se soit pour jamais attaché à la philosophie. Effectivement, et cette circonstance cadre à merveille avec le caractère d'Augustin, qui se montra par-dessus tout un homme d'autorité , on ne découvre pas chez lui ces dispositions de libre pensée, cette initiative d'aventureuses recherches, cette indépendance d'esprit qui caractérisent les anciens, et qui, après avoir à peu près disparu durantle moyen âge, ont fait, en reprenant leur empire, le péril et l'honneur des temps modernes. Augustin n'est point un théoricien. Aussi bien, les lugubres agitations qui remplissent son époque, les tumultes de la transition prodigieuse qui pour lors s'accomplit, les tempêtes dont il a lui-même été battu, tout le presse de chercher un port assuré, un refuge inviolable, un centre immobile. Comment, à ce compte, pourrait-il supporter la solitude de sa propre raison? Il erre donc de secte en secte, d'école en école, et lorsque après mille traverses, il croit entrevoiries premiers rayons de la vérité , ce n'est pas tant la philosophie qui l'éclairé , qu'une philosophie, la philosophie platonicienne. Pour l'autorité de Platon, il répudie définitivement l'autorité deManichée. « Comme j'avais lu beaucoupd'ouvrages des philosophes, écrit-il dans ses Confessions^ et que je les avais retenus dans ma mémoire, je les comparais aux fables des Manichéens ; et je trouvais bien plus de vrai-

semblance dans les écrits de ces grands hommes, dont le génie était allé jusqu'à pénétrer le secret delà nature, quoiqu*ils n'en aient pu trouver Fauteur*. » Ces philosophes sont très-particulièrement les philosophes platoniciens.

Il y a plus. C'est pendant de bien rapides, de bien fugitifs instants que la philosophie platonicienne s'impose par sa seule et propre vertu à l'intelligence d'Augustin. Sans doute, c'est parce que cette philosophie lui donne la notion de l'immatériel, le goût de l'invisible, et réveille au plus profond de son âme le sentiment de l'idéal, qu'elle l'attire, le charme, le séduit. Mais c'est aussi et principalement parce que ses préceptes lui deviennent une lumière qui lui rend de nouveau présente la religion de son enfance.

Citons, entre beaucoup d'autres textes, afin de justifier cette observation, des lignes décisives, et citons-les dans toute la rigueur de l'original :

« Cum admoto nobis fomite, discessisses^ écrit de Cassiciacum Augustin àRomanien, nunquam cessavimus inhiantes inphilosopkiam^ atque illam vitam quœ inter nos plaçait atque conveiiit, prorsus nihil aliud cogitare : atque id constanter quidem, sed minus acriter agebamus; putabamus tamen satis nos agere. Et quoniam nondum adei^at ea flamma, quœ summa nos arreptura erat; illam qua lenta œstuabamus^ arbitrabamur vel esse maximam. Cum ecce tibi libri quidam pleni, ut ait Celsinus, bonas res arabicas ubi exhalarunt in nosj ubi illi/lammulœ instillarunt pretiosissimi

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