Contra Àcademicos f lib. Il, cap. ii
nos cœurs quelques gouttes de leur baume précieux^ projeté quelques rayons de leur lumière, alors s'alluma un incendie incroyable, oui incroyable, Romanien, au delà de ce que sans doute vous croyez de moi; que dis-je? incroyable à moi-même de moi-même. Désormais quels honneurs, quel faste humain, quel désir de vaine renommée, quels attraits de cette vie mortelle et quels charmes étaient capables de m'émouvoir? Ah! je rentrais tout entier en moi-même comme en courant. Je me contentai, je lavoue, de jeter un regard en arrière au milieu de ma route sur cette religion qui nous a été inculquée pendant notre enfance et inoculée jusques aux moelles : mais cette religion m'entraînait vers elle à mon insu. C'est pourquoi, chancelant, me hâtant, hésitant, je saisis Tapôtre saint Paul. Eh ! quoi, me disais-je , de tels hommes auraient-ils pu vraiment de si grandes choses , et auraient-ils vécu comme il est manifeste qu'ils ont vécu , si leurs lettres et leurs doctrines étaient contraires au bien excellent que je poursuis? »
En un mot, la philosophie platonicienne n'a jamais eu dans l'esprit d'Augustin une valeur absolue, ni une autorité qui lui fût propre. Elle n'a guère été pour lui qu'une introduction à Tintelligence des Écritures, qu'il avait toujours respectées, quoiqu'elles lui fussent restées longtemps lettre close, et qui prochainement devaient devenir son unique loi.
« Je me mis à lire avec avidité, 6 mon Dieu, vos augustes Écritures, inspirées par le Saint-Esprit, et, par-dessus tout, l'apôtre Paul... Et je commençai à reconnaître que tout ce que j'avais lu dans les livres des
philosophes, je le trouvais également dans vos Écritures, mais avec le secours de votre grâce * . »
Et encore :
c< Ayant reconnu que nous étions trop faibles pour trouver la vérité par la seule raison, et que nous avons besoin pour cela de la foi aux saintes Écritures, je commençai à croire, 6 mon Dieu, que vous n'eussiez pas permis que ces Écritures fussent parvenues par toute la terre à une si excellente autorité, si vous n'eussiez pas voulu que ce fût par leur moyen que Ton crût en vous et que 1 on vous cherchât*. » C*est donc beaucoup moins à cause d'elle-même que par sa conformité avec le Christianisme que la philosophie platonicienne obtient crédit auprès d'Augustin.
Bientôt même, cette autorité dérivée ira s'affaiblissant chaque jour davantage à ses yeux et finira par s'évanouir. Après être revenu au Christianisme, parce que le Christianisme lui paraissait convenir avec la philosophie platonicienne, Augustin retiendra la philosophie platonicienne, parce qu'il jugera qu'elle s'accorde avec le Christianisme. Puis, le Christianisme occupant sou âme tout entière, il répudiera, au nom de la philosophie chrétienne, la philosophie platonicienne, à laquelle il ramènera toute la sagesse des païens. Et il la répudiera, alors que pourtant il se sera incorporé le plus pur de sa substance.
Ainsi, au début comme au terme des évolutions de sa pensée, ce n'est pas la philosophie, mais une philoso-
t. Confessionum lib. VII, cap. xxi.