Ibid. lib. VI, cap. v
phie qui triomphe dans rintelligence d* Augustin. EtsMi reste hors de conteste qu'il a philosophé, puisque nul homme apparemment n*a été plus avide du vrai, d'un autre côté on est obligé de reconnaître que sa philosophie a toujours été une philosophie d'emprunt, une doctrine d'autorité, et non point un original et libre système, quelque effort qu'il ait fait pour embrasser la sagesse en elle-même et par elle-même.
Lesmotifs que croitavdir Augustin depréférer, en définitive, à la philosophie païenne la philosophie chrétienne, lui paraissent d'ailleurs aussi puissants que nombreux. Quelle créance en effet accorder à une philosophie, qui, d'après le calcul de Varron, se partage ou peut se partager en deux cent quatre-vingt-huit sectes ^ ? De quel prix peuvent être les sonores arguties des philosophes, a qui n'ont pas connu Dieu, ou qui l'ayant connu ne l'ont pas glorifié comme Dieu^ ou qui, lui ayant rendu grâce, ne s'en sont pas moins évanouis dans leurs pensées, et le cœur rempli de ténèbres et de folie, sont devenus insensés au moment où ils se proclamaient sages; car ils ont avili la gloire du Dieu incorruptible sous les images de l'homme corruptible, et des oiseaux, et des quadrupèdes, et des serpents; et ceuxlà même qui ne se sont point tournés vers ces idoles ou ne se sont point laissés enchaîner par elles, n^en ont pas moins adoré et servi la créature plutôt que le créateur *. »
Augustin a tracé au huitième livre de la Cité de
J . De Ci vitale Dei, lib. XI X, cap. i. 2. Epiit, CI. Mtmorio epiVopo (408).
Dieu * un crayon de la philosophie ancienne, qui témoigne qu'elle ne lui était point étrangère. Or, suivant lui, dans cette philosophie quelles ténèbres! Et, comme Terreur absolue n'est pas, lorsque les philosophes de l'antiquité sont parvenus à percer la nuit qui les enveloppait, quel orgueil! « Aucune de leurs pages, 6 mon Dieu, ne contient la trace de la piété chrétienne, des larmes de la confession, de votre divin sacrifice, des tribulations de l'esprit, d'un cœur humilié et brisé, du salut du peuple, de votre Epouse, la Cité divine, des prémices de votre Esprit-Saint, ni enfin de ce calice qui nous a rachetés ^. »
Ce n'est pas dans un esprit de piété mais d'athéisme, que les anciens se sont appliqués à acquérir la science. Ni Dieu ne leur a été connu, ni le but suprême de la vie, ni la nature de l'àme ou du monde qu'ils se sont imaginés éternels.
Il est vrai que les Platoniciens l'emportent de beaucoup sur les autres philosophes '. Il conviendrait môme de pardonner aux païens, si, au lieu d'ériger, par exemple, un temple à Cybèle, ils eussent consacré un sanctuaire à Platon afin d'y lire ses ouvrages. Platon, par l'excellence de son génie et en considérant le but vers lequel l'homme doit tendre, Platon s'est presque élevé jusqu'à la conception de la Trinité.
Et cependant, chez Platon et les Platoniciens euxmêmes, que d'aberrations ! Augustin les relève avec