Epist. CLXVÎ, Hicronymo
philosophie chrétienne, la concordance de ses préceptes, la salutaire autorité de sa doctrine?
« Lisez cette multitude de philosophes dont nous avons les ouvrages; je ne crois pas qu'on en puisse trouver deux qui soient d'accord en toutes choses. — Quel peuple, quel sénat, quelle autorité publique de la Cité de terre s'est jamais mise en peine de décider entre tant d'opinions différentes, pour approuver les unes et condamner les autres? — Toutes les vérités qu'un certain nombre de philosophes ont aperçues parmi tant d'erreurs et qu'ils ont tâché de persuader avec tant de peine, comme par exemple que c'est Dieu qui a créé le monde et qui le gouverne par sa providence, tout ce qu'ils ont écrit de la beauté de la vertu, de l'amour de la patrie, de l'amitié, des bonnes œuvres et de toutes les choses qui concernent les mœurs, ignorant au surplus et la fin où elles tendent et le moyen d'y parvenir ; tout cela, dis-je, a été prêché aux membres de la Cité du ciel par la bouche des prophètes, sans arguments et sans disputes, afin que tout homme initié à ces vérités ne les regardât pas comme des inventions de l'esprit humain, mais craignît de les mépriser comme la parole de Dieu même * . »
Que l'on compare, d'autre part, le succès qu'a obtenu la prédication des Apôtres à l'influence que les philosophes ont exercée par leurs leçons.
c( Quoique en petit nombre, les apôtres parcourent toute la terre ; ils convertissent toutes les nations avec une facilité admirable ; ils croissent au milieu de leurs
J. De Ci,'italeDri,V\h,\\\\\,idp, xu.
ennemis et se multiplient à forcé de persécutions ; et tous les maux qu'on leur fait endurer ne servent qu'à les répandre jusqu'aux extrémités du monde. D'une poignée de gens qu'ils étaient, grossiers, ignorants et méprisés, ils se trouvent tout d'un coup éclairés et célèbres par tout l'univers, et se multipliant avec une rapidité incroyable , plient au joug de Jésus-Christ les plus grands esprits, les plus éloquents, les plus subtils et les plus savants hommes, dont ils font non-seulement des disciples, mais des prédicateurs de la doctrine du salut et de la véritable piété. Dans les alternatives des adversités et des prospérités, ils ne songent qu'à soutenir courageusement les unes et à user sobrement des autres, et lorsqu'ils voient que le monde tend à sa fin et que la décadence de toutes choses l'annonce , leur espérance se ranime ; et se souvenant que même ces marques du déclin du monde ont été prédites, ils attendent avec plus de confiance que jamais la félicité de la céleste patrie *. »
La philosophie grecque, au contraire, n*a pu persuader qu'un très-petit nombre d'hommes. Elle connaît le but, mais non point le chemin du salut que Jésus- Christ seul a indiqué à ses croyants. La philosophie éclaire la raison, mais elle n'agit qu'imparfaitement sur
1. Epist. CXXXVU, Volusiatw (412), wp. iv. Cf. De /ide rerum qu* Mon videniur, Ub. !,cap. vu , Totius mundi fides in unum verum Deum mirahiliter conciliata. ^ m Et hoc esse factum per unnm hominem ab hominibuM iUusum, comprehensum, vinctum, flagellalum, e.rpalmatum, ejrprobratnm, crucifixum^ occisum : disripulis ejus^quos idiotatf et im-' peritoSt et piscatores, et publicanoSf per quos ejus magislerium cc»*«»n*wdaretuTy elegit^ annuntiantibus ejus resurrectionem,,., »
la volonté. « Platon m'a fait connaître le vrai Dieu, conclut Augustin; Jésus -Christ m'en a montré la voie. »
Que les Platoniciens soient donc parvenus à certaines vérités, c'est ce qui reste indubitable, et leurs maximes ont parfois même de quoi nous faire rougir '. Mais ce sont là les vases d*or de l'Egypte qu'il faut restituer aux autels du vrai Dieu. Ce sont des richesses qu'il s'agit d'arracher à d'illégitimes possesseurs pour les faire rentrer dans les trésors de la philosophie chrétienne, « qui est la seule vraie philosophie'. » Car loin que le Christianisme doive rien aux livres des Platoniciens, ce sont plutôt les Platoniciens qui ont emprunté à l'Écriture tout ce qu'ils peuvent avoir dit de bon. Certainement, Platon n'a point été à même de profiter, comme Augustin l'avait avancé par mégarde, des enseignements de Jérémie, qui vivait cent ans avant lui, ni de la traduction de Jérémie, laquelle n'a été publiée que soixante ans après Platon ^. Mais commeot, d'un autre côté, ne point remarquer entre les plus sublimes paroles de Platon et les textes des Écritures une merveilleuse affinité. Car ce que dit Platon a que le philosophe est celui qui aime Dieu, » l'Écriture sainte ne respire autre chose. Et i( ce qui
1. Contra Julianum Pelagianum, llb. IV, cap. xiv, u Erubescamui intérim verii dinputationibus impiorum^qui didicimns in vern versp pietalis wnrtaque philosophinj et contra spiritnm rarnem^ et contra carnem ronaipiscere êpîritum. {Gafat. v, 17.) >.
2. Contra Julianum^ lib. IV, cap. xiv. « Obsecro te, non sit honestîor pkihsophia Gentium, quam nostra Christianat qnsr. nna est vera philo- Mpkia, n
3. Retract, lib. II, cap. iv. « Tanquam coxtanei fnerint Plato etjeremias; me ftfeUit memofia. » Cf. De Civitate Dei, Ifb. VIU, cap. xi.
montrerait presque que Platon a eu connaissance des Livres saints, c'est qu'on retrouve dans ses écrits la reproduction à peu près littérale de cette expression qui se lit dans Moïse, parlant de Dieu : « Je suis celui qui suis... » Or, c'est ce que Platon établit fortement et ce qu'il a grand soin d'inculquer partout, et je ne sais, ajoute Augustin , si cela se trouve dans aucun livre plus ancien que Platon, excepté les Écritures*. » Quoi qu'il en soit, comment avancer sans une ridicule ignorance et sans blasphème que Jésus-Christ a beaucoup appris dans les livres de Platon ^ ?
Aussi bien, Platon lui-même a eu plus de puissance pour charmer que pour persuader. « Postea suavitis ad legendum quant potentius ad persuadendum scrtpsti Piato^. » C'est pourquoi, « si Platon vivait encore, s'écriait Augustin , et qu'il voulût bien me répondre lorsque je l'interrogerais , ou plutôt si quelqu'un de ses disciples l'eût interrogé de son temps, lorsqu'il s'efforçait de les convaincre, que la vérité ne se voit point par les yeux corporels, mais par un esprit purifié ; que toutes les âmes qui s'y tiennent unies deviennent parfaites et bienheureuses ; que rien n'empêche plus de la connaître que la corruption des mœurs et