LIVRE II
C'est toujours un problème d'une extrême délicatesse, que celui dont la solution consiste à indiquer les sources auxquelles une grande intelligence a puisé, et d'où elle a comme dérivé toute une philosophie. 11 ne suffit point, en effet, d'avoir étudié cette philosophie en se pénétrant du génie de son auteur. H est, en outre, nécessaire d'être versé dans les doctrines qui ont précédé celle qu'on examine, comme aussi de savoir exactement quelle connaissance en a eue le penseur dont on se propose d'apprécier les écrits. Enfin, on conviendra que si, pour démêler dans ces écrits les parties d'emprunt d'avec les parties originales, le critique a besoin d'une sagacité rare, il lui faut sans doute une retenue plus rare encore, qui Tempéche de se jw'écipiter et de voir tour à tour de^^
identités là où ne se rencontrent que de simples et même de lointaines analogies, et des différences irréductibles là où existent d'étroits rapports et une filiation incontestable.
Mais l'embarras s'accroît et devient presque insurmontable, s'il s'agit d'une de ces époques de crise où les théories évoquées en quelque sorte de toutes les profondeurs du passé comme de tous les points de l'horizon, se confondent en un syncrétisme indécis; et d'un de ces sublimes esprits qui unissent à une science étendue la vive puissance de l'invention.
Toutefois, pour difficile que puisse être le problème^ il n'en subsiste pas moins. Il offre même, en ce qui touche la philosophie de saint Augustin, un intérêt particulier.
Effectivement, d'un côté, Augustin n'est resté étranger à aucune des doctrines de son temps. De l'autre, il a été le représentant accrédité, le défenseur inébranlable et heureux du Christianisme et de l'Église. On est conduit à chercher, par conséquent, à quelles sources il a plus spécialement demandé les principes qui devaient faire le fond de sa philosophie. Est-ce à la libre spéculation, est-ce à la révélation qu'il les doit? Ou si, comme il n'est pas permis d'en douter, Augustin s'est inspiré à la fois des systèmes de la philosophie et des enseignements catholiques, qu'a-t-il emprunté aux doctrines de l'antiquité païenne, tout en se tenant invariablement attaché à l'Évangile?
Il faut manifestement avoir établi ce départ, sinon pour apprécier la valeur intrinsèque de la philosophie de saint Augustin, du moins pour reconnaître jusqu'à
quel point elle est originale; ou encore dans quelle mesure nilustre évêque a su, sans dénaturer les théories des anciens, sans compromettre les dogmes de la religion révélée, les réduire, en les conciliant, à un tout homogène.
Or, comme la plupart des problèmes d'origine, cette question des sources de la philosophie de saint A^ugustin ne peut se résoudre que par induction , et les éléments d'induction se ramènent ici à trois priqcipaux :
1** Quel était, au quatrième siècle de notre ère, l'état des écoles qu'a pu fréquenter saint Augustin?
2° Qifelle était, en particulier, l'érudition d'Augustin ?
3"" Quelles sont, dans ses ouvrages, les citations ou les analogies, les identités ou les ressemblances qui se rencontrent avec les doctrines de ceiix qui l'ont précédé?