Baillet, La Vie de M, Descartes, 2* partie, p
INFLUENCE DE S. AUGUSTIN AU XVIl* SIÈCLE. SW
l'empire d'Aristote. Mais pouvait-on rejeter le joug d'Aristote, sans restaurer du même coup l'autorité de Platon ? Et remettre Platon en honneur, n'était-ce point tout à la fois glorifier saint Augustin? Ajoutez les raisons théologiques qui furent pour les Port-Royalistes décisives et qui les amenèrent à exagérer les rapports de Descartes et de saint Augustin. Ce fut, de leur part, affaire d'instinctive tactique. Le Cartésianisme leur sembla bon conducteur de la doctrine de la grâce. Richard Simon l'écrivait avec raison : <c Les gens de Port- Royal qui sont en toutes choses les aiitipodes des Jésuites, ont pris aussi fortement le parti de Descartes... Et en effet, cette philosophie s'accommode bien mieux avec leurs bons sentiments que celle de l'École '. »
2® Descartes, dont l'éducation avait été surtout péripatéticienne et qui, certainement^ ne connaissait guère les écrits d'Augustin, ne fut pas, au commencement, peu surpris de la communauté que ses amis ou ses adversaires crurent découvrir entre ses opinions et celles de l'auteur de la Cité de Dieu. On dirait même qu'il se sentit secrètement blessé dans sa passion dominante d'originalité. Mais à la réflexion, il en prit son parti et s'efforça de tourner ce rapprochement à son avantage. Repoussé parles Jésuites, qui avaient décUné ses avances, il jugea prudemment que l'appui de deux Compagnies puissantes, Port-Royal et TOratoire, où abondaient les disciples de saint Augustin, ne serait point indifférent à la propagation de ses théories. 11 se laissa
1. BibliothèqHe critique attribuée à Richard Simon , 4 vol. ln-13; Bâle, 1709; IV Yoi., lettre xu.
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donc enrôler de bonne grâce au nombre sinon des Jao* sénistes, du moins des Augustiniens ^ En un mot, outre la sincère admiration qu'il pouvait éprouver pour le plus philosophe des Pères, et sans parler des traditions augustiniennes, dont, même à son insu, il s'était pénétré par saint Thomas, il jugea que rAugustinianîsme lui serait un précieux abri contre les attaques dont Tassaillaient de toutes parts de prétendus défenseurs de l'orthodoxie.
Et en effet, il est permis de l'assurer avec une entière exactitude ; si Descartes s'est plutôt rencontré avec Augustin qu'il ne procède de lui, c'est pourtant à la faveur des doctrines augustiniennes que s'est développé le Cartésianisme. Car c'est sur le terrain de TAugustinianisme que se placent, comme s'ils s'étaient donné le mot, les contradicteurs de Descartes et ses partisans ; les uns lui reprochant d'être en désaccord avec l'évêque d'Hipponc^, les autres le tenant pour justifié, du moment qu'ils parviennent à retrouver l'équivalent de ses doctrines dans des textes de saint Augustin.
1. Cf. Voyage du Monde de Descartes; Paris, 1690, p. 284-Î87. ti H s'était rormé , vers ce lemps-là , en France , un parli louUà-ratt opposé aux Jésuiles, composé de ceux qui se disaient disciplefl de saint Augustin , et qui étaient sectateurs zéléd de M. Jansénius , évèquc
d'Ypres M. Arnauid, tout jeune docteur qu'il était, s'y faisait déjà
valoir d'une manière extraordinaire Je (Descartes) m'assurai donc
de lui... Il fil si bien, que dès lors , on vit peu de Jansénistes philosophes qui ne fussent Cartésiens. Ce furent même ces messieurs qui mirent la philosophie à la mode parmi les dames. » On ne saurait nier qu'il n'y ait du vrai dans cette méchante diatribe du P. Daniel.
2. De La Ville, Sentiments de M. Descartes , etc; Paris, 1680; Examen de la philosophie de M. Descartts^ p. 108.
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Rohault, par exemple, De la Forge, Clerselier, Clauberg, Régis, n'ont pas, à l'endroit de leur maître, d'autre base de discussion ou d'apologie.
(( Il me suffit de dire, écrit Rohault, défendant la définition cartésienne de la matière contre les susceptibilités de quelques théologiens , il me suffit de dire que je conçois la matière des choses naturelles, comme une substance étendue en longueur, largeur et profondeur, ainsi que saint Augustin la définit en plusieurs endroits*. »
De la Forge, en tête de son Traité de r esprit de Fhomme^ de ses facultés et fonctions, et de son union avec le corps, suivant les principes de René Descartes^ j rédige une préface tout exprès pour faire voir la conformité de la doctrine de saint Augustin avec les sentiments de monsieur Descartes^ touchant la nature de Vâme. « Il ne faudrait pas faire une préface, ajoute-t-il d'ailleurs, après des citations multipliées d'Augustin, maisdes livres entiers, si Ton voulait rapporter tous les passages qui se trouvent dans les œuvres de saint Augustin conformes au sentiment de M. Descaries, soit au sujet de l'âme, soit louchant la machine de son corps*. »
Écoutons, à son tour, Clerselier dans sa préface au Traité de l'Homme de René Descaries*, « Après avoir employé ce que le bon sens m'aura pu fournir de raison, écrit-il, je me servirai de l'autorité de saint Augustin, lequel semble avoir fourni à M. Descartes toute