VI PRÉFACE
de puro philosophie ; car, outre qu'il a beaucoup mieux su les concilier avec la religion, on trouve d'ailleurs dans ce Père un bien plus grand effort de génie sur toutes les vérités métaphysiques, quoiqu'il ne les ait touchées que par occasion et sans ordre* De telle sorte, ajoute-t-il, que si un homme éclairé ramassait dans les livres de saint Augustin toutes les vérités sublimçs que ce Père y a répandues comme par hasard, cet extrait , fait avec choix, serait très-supérieur aux Méditations de Descartes, quoique ces Méditations soient le plus grand effort de l'esprit de ce philosophe ^» Quoi qu'il en soit d'une assertion si favorable à saint Augustin , il est hors de conteste que cet évêque incomparable a eu sa philosophie, ou du ;noins qu'il a philosophé. De très-bonne heure, il est vrai , les intérêts de la foi ont préoccupé uniquement son âme d'apôtre , et les besoins de son époque absorbé l'activité de son vaste esprit. Augustin reste par conséquent, avant tout, un Père de l'Église. Mais avec quelle anxieuse ardeur ne s'est-il point d'abord livré à la réflexion, et plus tard, jusque dans les ouvrages de son extrême vieillesse, avec quelle pénétration ne
1. Lettres sur divers êujels de métaphysique et de religion, ieltrc IV
PRÉFACE. Vil
l'a^-l-on pas vu agiter ces problèmes toujours anciens et toujours nouveaux , gui ont le privilège de captiver tontes les grandes intelligences , parce qu'ils sont, par excellence, des problèmes humains? C'est pourquoi Fleury avait raison de déclarer que si on cherchait ce qui mérite proprement le nom de science , on n'en trouyerait nulle part plus que chez les Pères. « Je dis, poursuivait le judicieux écrivain , je dis cette vraie pbilosophiCf qui se servant d'une exacte dialectique, remonte par la métaphysique jusqu'aux premiers principes et à la connaissance du vrai bon et du vrai beau , pour en tirer par des conséquences sûres les règles des mœurs, et rendre les hommes fermes dans la vertu et heureux, autant qu'ils en sont capables. Qu'y a-t-il en ce genre de com-*parable à saint Augustin? Quelqu'un a-t-il des pensées plus sublimes, et des réflexions plus subtiles ? Qui ne l'admire pas ne lui ôte rien ; mais il se fait tort à soi-même, en montrant qu'il n'a pas l'idée de la véritable science *. »
Et déjà, au dix-septième siècle, confirmant ces paroles en même temps qu'il prévenait les vœux de Fénelon, un modeste prêtre de l'Oratoire, le savant André Martin , sous le pseudonyme d'Am-