Mid., ibîd,, cap. xrv
9G CUAITIHE I.
« Nous sommes, nous connaissous que nous sommes, et nous aimons notre être et la connaissance que nous en avons. Aucune illusion n'est possible sur ces trois objets ; car nous n'avons pas besoin pour les connaître de Tintermédiaire d'un sens corporel, ainsi qu'il arrive des objets qui sont hors de nous... Je suis très-certain, sans fantôme et sans illusion de l'imagination, que j'eiiste moi-même, que je connais et que j'aime mon être. Et je ne redoute point ici les arguments des Académiciens ; je ne crains point qu'ils me disent : Mais si vous vous trompez? Si je me trompe, je suis ; car celui qui n'est pas ne peut pas être trompé, et de cela même que je suis trompé, il résulte que je suis. Gomment donc puis-je me tromper, en croyant que je suis, du moment qu'il est certain que je suis , si je suis trompé? Ainsi, puisque je serais toujours, moi qui serais trompé, quand il serait vrai que je me tromperais, il est indubitable que je ne puis me tromper, lorsque je crois que je suis. 11 résulte de là que, quand je connais que je connais, je ne me trompe pas non plus ; car je connais que j'ai cette connaissance de la même manière que je connais que je suis. Lorsque j'aime ces deux choses^ j'y en ajoute une troisième qui est mon amour, dont je ne suis pas moins assuré que des deux autres. Je ne me trompe pas, lorsque je pense aimer, ne pouvant pas me tromper touchant les choses que j'aime ; car alors même que ce que j'aime serait faux, il serait toujours vrai que j'aime une chose fausse. Et comment serait-on fondé à me blâmer d'aimer une chose fausse, s'il était faux que je l'aimasse? Mais l'objet de mon amour étant certain et véritable, qui
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peut douter de la certitude et de la vérité de mon amour * ? »
Ce mode de raisonnement, ou plutôt, ce mode d'ex* position est familier à saint Augustin. Il le reproduit en de nombreux endroits de ses ouvrages^, mais notamment dans ce passage des Soliloques , qu'on ne peut se dispenser de citer, et où il institue un dialogue entre la raison et lui :
« La Raison. — Toi qui veux te connattre, sais-tu que tu es ?
AcGcsTiN. — Je le sais.
La Raison. — D'où le sais-tu?
Augustin. — Je l'ignore.
La Raison. — Te sens-tu simple ou composé?
Augustin. — Je l'ignore.
La Raison. — Sais-tu que tu es en mouvement?
Augustin. — Je l'ignore.
La Raison. — Sais-tu que tu penses ?
Augustin. — Je le sais.
La Raison. — Il est donc vrai que tu penses ?
Augustin. — Cela est vrai...
La Raison. — Tu veux être, vivre et comprendre; mais être pour vivre, vivre pour comprendre. Tu sais donc que tu es, tu sais que tu vis, tu sais que tu comprends*. »
Conséquemment, de ce qu'il est, de ce qu'il sait, de ce qu'il sait qu'il est, de ce qu'il connaît son être et aime son être, Augustin infère d'une manière irréfragable que la