‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 58 sur 539 · I. J)r Gniesi ad l.ittermu. Uli. XII. cap. \iv · texte numérisé non relu

I. J)r Gniesi ad l.ittermu. Uli. XII. cap. \iv

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que Qous apercevons la beauté qui rend belles toutes les choses belles *. Et tf que dire de cette beauté de Tâme qui est la justice, laquelle rend les hommes beaux, alors même qu'ils ont un corps difforme et disgracieux? Non plus que l'âme, la beauté de l'âme ne se voit point avec les yeux du corps. Où donc connaît ce que c'est qu'être juste, celui qui ne l'est pas encore et qui, pour le devenir, aime la justice? Y aurait-il dans les mouvements corporels quelques signes de nature à manifester que tel ou tel homme est juste? Mais ces signes d'une âme juste, comment les interpréter, si on ignore absolument ce que c'est qu'être juste? Par conséquent, nous ne l'ignorons pas. Mais où avons-nous appris ce que c'est qu'être juste, alors même que nous ne sommes pas encore justes. Si nous l'avons appris hors de nous, nous l'avons appris dans quelque corps. Mais la justice n'appartient point au corps. C'est donc en nous-mêmes que nous avons appris ce que c'est qu'être juste. Car lorsque je me mets à parler de la justice, ce n'est pas ailleurs qu'en moi-môme que je découvre ce qu'est la justice; et si je demande à quelqu'un ce que c'est qu'être juste, c'est en lui-même qu'il cherche ce qu'il me répondra; et quiconque parvient à faire en un sujet semblable une réponse vraie, a trouvé en lui-même cette réponse. Et sans doute lorsque je veux parler de Carthage, je cherche en moi-môme cequeje dirai, et c'est en moi-même que je trouve l'image de Carthage ; mais c'est par lecorpsquej'ai reçu cetteimage, c'est-à-dire par les sens du corps, parce que j'ai habité corporellement

1» Df divenin Qttprstionibii's IiX,\\III . qiiii'tl. \x\.

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Carlhage; j'ai vu celte ville, je l'ai perçue par les sens et j'en ai retenu Timage dans ma mémoire, de telle sorte que je trouvasse en moi le mot qui la désigne, quand je voudrais en parler.... De même, lorsque je veux parler d'Alexandrie, que je n'ai jamais vue, aussitôt s'offre à moi l'image de cette ville. Car j'ai souvent entendu dire et j'ai cru que c'était une grande cité, et d'après les descriptions qui m'en étaient faites, je m'en suis formé dans l'esprit quelque image... Que si je pouvais tirer de mon esprit cette image et la mettre sous les yeux de ceux qui ont vu Alexandrie, à coup sûr ou tous diraient : ce n'est pas là Alexandrie ; ou s'ils disaient : c'est là Alexandrie, jem'étonnerais grandement, et contemplant cette ville dans mon esprit, c'est-à-dire son image et comme sa peinture, je n'en aurais pas moins conscience d'ignorer Alexandrie, et me fierais à ceux qui l'auraient vue. Il n'en va pas de la sorte, lorsque je cherche ce que c'est qu'être juste, ni lorsque je le découvre, ni lorsque je le conçois, ni lorsque je l'exprime; ce n'est pas davantage de la môme, manière qu'on m'approuve lorsque je parle de la justice, ou que j'approuve moimême ceux qui m'en parlent; il n'est pas alors question d'un objet que j'aie vu avec les yeux du corps, ou que j'aie perçu à l'aide de quelque autre sens, ou que m'aient révélé d'autres hommes qui eux-mêmes l'auraient connu par l'intermédiaire du corps. En effet, quand je dis et que je dis le sachant : l'âme juste est celle qui sciemment et raisonnablement observe la mesure dans la vie et dans les mœurs ; je ne pense point à une chose absente comme Carthage, non plus que je ne l'imagine telle quelle, comme Alexandrie ; mais j'a-

perçois quelque chose de présent, et je Taperçoisen moi-même quoiq^e je ne sois pas ce que j'aperçois, et le grand nombre en m'entendant m*approqvera. Et quiconque m'eutend et m'apppuve sciemment , aperçoit en lui-même ce que moi-même j'aperçois, quoiqu'il qp soit pas ce qu'il aperçoit ' . y>

Ainsi, en nous, non hors de noqs, d*une vue plu,s pénétrapte que celle des sens et plus haute, se perçoiveqt, avec une pleine évidence, les plus essentielles conceptions de l'esprit.

a Pour ce qui est de la justice et de la sagesse, et dp tout ce qui leur ressemble, il n'y a point d'un côté iina^ation, et de l'autre intuition.

C*est par une simple inspection de l'esprit et par Ip 8ei|l regi^d de |a raison que nous contemplons ces objets inyis^)les. Car ils p'ont point de formes non plqs qu'ils ne sont ppint engagés dans une masse corporelle ; ils n'offrent ni linéaments, ni figures ; ils ne sont contenus ni dans les bornes du lieu, ni daps les espaces infinis ^. »

Et qu'on ne croie pas que ces conceptions, ou môme que les idées en général tiennent indissolublement aux mots qui les expriment.

« La connaissance comprend quatre éléments : le mot, la chose, la notion du mot et la notion de la chose ^. »

Or, toute parole, il est vrai, n'est pas un son, et nous parlons souvent notre pensée sans aucun bruit de la

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