‹ La philosophie de st. AugustinChapitre 87 sur 539 · De fera Re/if^tonf, cap. x · texte numérisé non relu

De fera Re/if^tonf, cap. x

corps, si elle est une faculté de l'esprit, pure de tout corps alors même qu'elle représente les corps, il n'en faut pas moins distinguer, à côté de la mémoire sensible, la mémoire intellectuelle. Il y aurait, en effet, illusion à prétendre que le souvenir ne va pas sans représentation sensible '. Telle est la mémoire des sciences, la mémoire des nombres, la mémoire des opérations intellectuelles.

Ce n'est pas tout. La mémoire intellectuelle nous rappelle nos passions et les états de notre esprit. Et, chose singulière ! nous pouvons nous rappeler nos passions sans en subir actuellement les effets, nos tristesses avec joie et nos joies avec tristesse. La mémoire se souvient même de l'oubli, et, pour retrouver un objet qu'on a égaré, il est nécessaire d'en avoir conservé le souvenir.

Augustin pousse encore plus loin ces divisions de la mémoire. Il distingue la mémoire des choses qui passent et la mémoire des choses qui persistent. Le sage se sert comme d'une esclave de la mémoire des choses qui passent, qui s'écoulent, qui fuient en quelque façon. Cette mémoire est reléguée dans la partie inférieure de l'âme*. Il y a, d'un autre côté, une mémoire de ce qui dure. « Je me rappelle mon père qui m'a quitté et qui maintenant n'est plus; je me rappelle Carthage que j'ai quittée et qui maintenant est encore. Évidemment, tout en s'appliquant au passé, la mémoire a pour objet

1. Epist, Ml, Nebridio (389), cap. i. « Memoria tibi nuUa videtur esse posse sine imaginibus vel immjinariis visis^ qtix phantasiarum n(hminc appcHnre vnluisii : ego ahud existimo, >»

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