Les origines. Régime Moderne, Tome I, pp
centralisée comme l'élail la France à la fin du XVIIP siècle.
La Révolution ne fut que la maladie d'enfance du régime qui naquit de cette rencontre : la désorganisation sociale était venue s'ajouter à la centralisation politique pour donner naissance au régime de la centralisation à outrance sous lequel vivent les Français depuis plus d'un siècle.
Taine ne rapporte pas d'exemple du régime opposé. Il ne pouvait dès lors déterminer a priori les circonstances dont le concours fait naître ce régime. Aussi bien est-il vis-à-vis du régime centralisateur — le seul dont nous trouvions dans les Origines la genèse exposée — un régime négatif puisque sa caractéristique est la réduction au minimum possible de l'action gouvernementale. C'est en l'envisageant de cette façon seulement que Taine pouvait en parler.
Et il en devait parler pour établir la comparaison entre ces deux régimes-types, comparaison qui devait lui permettre d'introduire les critiques qu'il adresse au premier et les louanges qu'il décerne au second.
Le régime de la centralisation à outrance a, en effet, d'après Taine, d énormes inconvénients. Sous ce régime, les gouvernants et les gouvernés
ne peuvent remplir convenablement leur mission ; l'Etat absorbe toutes les fonctions, il prétend assumer toutes les besognes. Or, <( TEtat est mauvais chef de famille, mauvais industriel, agriculteur et commerçant... médiocre administrateur de la province et de la commune, philanthrope sans discernement, directeur incompétent des Beaux-Arts, de la science, de renseignement et des Cultes » parce que « son ressort tout extérieur est insuffisant et trop faible pour soutenir et pousser les œuvres qui ont besoin d un moteur interne, comme Tintérêt privé, les affections de famille, le patriotisme local, la curiosité scientifique, Tinstinct de charité, la foi religieuse ^. »
La grande faute du gouvernement centraliste est de méconnaître le « principe des spécialités ». Une même main ne peut manier habilement tous les outils dont se sert une nation pour satisfaire ses besoins et parfaire ses besognes. Chacun a ses outils propres, que seul il manie convenablement avec souplesse et économie ; la charité a ses hospices, les beaux-arts ont leurs musées et leurs académies, la finance a ses banques, la science a ses écoles, la religion a ses