‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 128 sur 181 · Ibidem, Tome IV, p · texte numérisé non relu

Ibidem, Tome IV, p

Le mol responsabilité peut être compris de deux façons : dans un sens large, il est synonyme d'impulabilité de Tacle à son auteur ; dans un sens plus étroit, il est synonyme d'imputabilité de lacté à son auteur libre.

La responsabilité au sens large du mot se concilie dans une certaine mesure avec le déterminisme psychologique ; au sens étroit, la conciliation n est évidemment pas possible. Or, c'est dans ce sens étroit que Taine entend la responsabilité. Il prétend, en effet, réfuter Tobjection qu'on adresse à son système <( de transformer rhomme en machine... de nier la pér* sonne indépendante et libre.,. », en disant que « les penchants fondamentaux d'une âme lui appartiennent, que ceux qu'elle prend dans la situation générale ou dans le caractère national lui sont ou lui deviennent personnels au premier chef. . »

Je n entends pas, cependant, cette réfutation: telle action que Je pose, je ne puis pas ne pas la poser, puisque je né sui'è pfas^ libre; j'en suis cependant responsable, parce que le penchant dont elle est le résultat m^appartient ou qu'en le prenant dans la situation générale ou dans le caractère national, il m'est devenu personnel au premier chef. Certains penchants m'appar-

tiennent, dit-on ; soit, mais j'ai dû les recevoir, puisqu'il m'est impossible d'en créer librement en moi. D'autres penchants^ je les ai pris dans le milieu, mais c'est une métaphore que ce mol prendre pour signifier Tactiori subie par moi de la part de ce facteur.

Mais alors, comment ma responsabilité peutelle être engagée? Suis-je responsable de mes actes par le seul fait qu'ils s'accomplissent par mes organes ou qu'ils résultent de tendances qui sont en moi, bien que je n'en sois pas l'auteur?

Mais alors l'animal est responsable au même titre que l'homme. Chez l'animal comme chez l'homme, naissent des désirs, des tendances, auxquels tous deux obéissent nécessairement en accomplissant lés. actes que déterminent ces appétitions selon leur véhémence respective. — Les désirs se fixent, en effet, en nous d'après leur force propre : leur fixation constitue la série de nos volitions. Quand on admet le déterminisme psychologique, la morale ne peut plus être qu'un système de dressage. A cela pourtant Taine ne se pouvait résoudre, et sans égard aux contradictions dans lesquelles il versait, il a voulu maintenir dans sa morale la

notion de la responsabilité qui suppose un agent libre *.

Taine a voulu se défendre d'être fataliste ; en réalité, il s'est défendu d'ôtre déterministe. La distinction qu'il pose, en effet, entre le fatalisme et le déterminisme ne tient pas. D'après lui, le fatalisme c'est la doctrine qui attribue la maîtrise de nous-mêmes à une force étrangère et extérieure qui contraint nos résolutions naturelles et nos tendances dominantes ; pour le déterminisme au contraire, ce sont des forces intérieures et personnelles qui provoquent nos résolutions et nos actes ^. — Mais tout d'abord cette force étrangère et extérieure que le fatalisme considérerait comme omnipotente, n'est pas la contrainte physique extérieure, car toute force pour être efficace dans le domaine psychologique, doit devenir intérieure et morale. En second lieu, la contrainte que nous infligent les lois inéluctables qui nous régissent, et dont les tendances prédominantes et les résolutions auxquelles celles-ci aboutissent ne sont que les intermédiaires indispensables, cette contrainte est véritablement extérieure et étrangère. Or, cette contrainte, c'est précisément celle dont

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