‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 129 sur 181 · Vie, Tome IV, pp · texte numérisé non relu

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supportables, que la connaissance de tous les éléments psychologiques qui ont déterminé un coupable à perpétrer son crime doit nous empêcher de le flétrir, on n'est plus recevable à vouloir maintenir la distinction entre le bien et le mal, autrement que dans le sens d'un ensemble de conventions utiles ou puériles.

En réalité, Taine a reculé devant l'application pratique de ses principes, et il a préféré la contradiction et le démenti, aux conséquences immorales que sa probité condamnait. M. Paul Bourget a appelé cela (( l'aventure intellectuelle de M. Taine ».

« Nul n'avait plus nettement, plus constamment professé la doctrine que tout dans l'âme est nécessité, « que les faits soient physiques ou » moraux, avait-il^crit dans son Introduction » à la Littérature anglaise, il n'importe ; ils ont » toujours des causes. Il y en a pour l'ambi- » tion, pour le courage, pour la crainte, com- » me pour la digestion, pour le mouvement » musculaire... » Et ailleurs, après avoir comparé notre imperfection innée à l'irrégularité, foncière des facettes dans un cristal : « Qui esl- » ce qui s'indignera, concluait-il, contre une » géométrie vivante ? » Est-ce bien le même homme qui a trouvé des accents si émus pour

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saluer le stoïcisme du savant pauvre dans un Franlz Woepke, Théroïsme politique du bon citoyen dans un Mallet du Pan, l'inlassable dévouement aux pauvres et aux malades chez les congréganistes catholiques, « ces corvéables volontaires » comme il les appelle ? C'est qu'il a rencontré, lui aussi, cette énigme de la vertu et son grand cœur s'en est ému, malgré son esprit, de même qu'en dépit de son déterminisme^ ce cœur a frémi devant les crimes de la Terreur, d'une indignation dont l'écho a si profondément retenti en nous tous. Le bien et le mal ont imposé leur évidence à ce philosophe sincère, comme jadis à cet Emmanuel Kant dont le nihilisme radical s'est transformé en un dogmatisme absolu, rien qu'à constater le mystère de cette réalité indiscutable : la conscience se soumettant à la loi, c'est-à-dire la vertu ^. »

Il n'est pas de meilleur argument contre certaines doctrines que ce divorce entre une très vaste intelligence et un très grand cœur.

1. Paul Bourget, Discours sur la Vertu, prononcé à rAcadémie: Française le 29 novembre 1906.

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