‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 155 sur 181 · Voyage en Italie, T. I. p · texte numérisé non relu

Voyage en Italie, T. I. p

mitent pas ; mais tous les arts tendent à la traduction et à l'expression de certains caractères : les premiers les prennent dans les choses, les seconds les recherchent dans les idées.

« Les uns et les autres cherchent à rendre dominateur quelque caractère notable. Les uns et les autres y arrivent en employant un ensemble de parties liées dont ils combinent ou modifient les rapports. La seule différence est que les arts d'imitation, la peinture, la sculpture et la poésie reproduisent des liaisons organiques et morales et font des œuvres correspondantes aux objets réels, tandis que les autres arts, la musique proprement dite et Tarchiteclure, combinent des rapports mathématiques, pour créer des œuvres qui ne corres- ,pondent pas aux objets réels. Mais une symphonie, un temple... sont des êtres vivants comme un poènàe écrit ou une ligure peinte ; car ils sont aussi des êtres organisés, dont toutes 4es parties sont mutuellement dépendantes et régies par un principe directeur ; ils ont aussi une physionomie, ils manifestent aussi une intention, ils parlent aussi par une expression ; ils aboutissent aussi à un effet. A tous ces titres, ils sont des créatures idéales du même .ordre que les autres, soumises aux mêmes lois

de formation comme aux mêmes règles de critique... ^ »

La créature architecturale ou musicale n'est pas un amas de pierres symétriques ou une succession de notes harmonisées, mais « une sorte d'être inteUigent, expressif, tout imprégné de la pensée intérieure qui le fonde et le soutient ^ ».

On peut donc légiférer d'une façon générale pour toutes les formes de l'art. Quand on s'est rendu compte des lois qui dominent la production des œuvres d'art, on peut rechercher les règles dont l'observation est capable de leur assurer la place éminente qui revient à l'art, parmi les produits de l'activité humaine. Il fallait connaître ces lois avant de rechercher ces règles ; car l'art n'est que l'achèvement de la nature. Et si la beauté trouve dans la nature sa patrie d'origine, elle doit trouver dans Uart son expression consciente et sa traduction parfaite.

Le but de l'art est donc en quelque sorte de corriger la nature, puisque c'est opérer une sélection dans l'amas des caractères et des éléments naturels, et construire un agencement

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