‹ La philosophie de Taine: essai critiqueChapitre 163 sur 181 · Gabriel Monod, op. cit., p · texte numérisé non relu

Gabriel Monod, op. cit., p

sements ou annihilent ceux de la première. Considérées dans leur ensemble, une pareille distinction n'est pas recevable, puisque ces forces se conditionnent l'une l'autre ; mais considérées isolément, après analyse, rien ne pourrait empêTcher un déterministe d'examiner les pomts de vue nouveaux introduits par cette analyse.

Le reproche a cependant un fondement de vérité en ce qu'il fait ressortir, sinon la contradiction entre la philosophie de Taine et son esthétique normative, du moins l'indépendance de celle-ci vis-à-vis de celle-là. — Les préoccupations systématiques sont ici très peu apparentes : on y remarque à peine l'ombre en général si épaisse que projette le système de Taine sur toutes les études particulières qu'il a entreprises et qu'il y a encadrées, — Somme toute, ce reproche devient une louange, et M. de Margerie l'exprimait fort bien en appelant cet affranchissement de Taine, son « ascension esthétique. »

M. Barzellotti oppose à Taine une exception d'incompétence.

<( Ce qui lui manquait le plus — écrit-il. — c'était. . . l 'expérience technique proprement dite. Lui qui n'avait jamais conçu ni exécuté une œuvre d'art figurative, il ne pouvait, com-

me critique, se rendre bien compte que par analogie, et avec les données que lui fournissait son expérience d'écrivain, du travail d'imagination de Tarliste. C est là, d'ailleurs, ce qu'ont toujours fait, plus ou moins bien, les littérateurs devenus critiques d'art, et ce qui n'a cessé de les exposer à l'accusation, de la part des artistes, d'être restés, dans leur critique, uniquement des écrivains et des littérateurs *. »

Il semble que ce reproche ne soit pas justifié ; Taine nest pas, en effet, un critique d'art, à proprement parler. II. s'est évertué à démêler les principes généraux qui doivent guider la production des œuvres d'art ; il a fait œuvre de philosophe, et il ne semble pas que pour la mener à bien, il eût dû justifier de connaissances techniques.

Quoi qu'on puisse arguer de la méthode et des principes de la Philosophie de VArl, il reste que l'esthétique normative de Taine constitue une ascension vers un idéal plus élevé et plus humain, une sorte de trêve aux rigueurs du dé-^ terminisme implacable et rigide.

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