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LE MONDE

LA nature est une série de lois, une «hiérarchie de nécessités ». La loi unique et universelle qui est la nature elle-même, se développe en lois subordonnées ; elle est la cause première, ces lois sont les causes dérivées. — Les modalités de son exercice ou de son action sont nombreuses ; elles constituent des ordres, des domaines où cette ^jction se poursuit par l'intermédiaire des facultés qui canalisent sa puissance jusqu'à l'éclosion des événements et des choses. Les sciences se partagent 1 étude de ces différents domaines et se coordonnent dans un ordre de généralité décroissante selon l'ordre naturel lui-même.

Le domaine le plus vaste est celui du monde

physique : les lois qui s'y déploient sont l'objet de la cosmologie.

A se rappeler cette affirmation de Taine, citée plus haut : « Le monde physique n'est qu'une apparence », on serait tenté de croire qu'il n'a pas entendu réserver une place à la cosmologie dans son système philosophique. Et, en effet, pareille étiquette ne se rencontre jamais sous sa plume. Mais comment désigner autrement l'ensemble des principes — assez rares, il est vrai — qu'il a émis en cette matière? Car il faut bien avoir égard à ce que l'apparence du monde physique n'est pas absolue : il n'y a d'apparent que les formes dans lesquelles nous le saisissons ; telle qu'elle nous apparaît^ la matière sensible est un fantôme, mais il reste que les lois qu'elle manifeste sont réelles et objectives. Notre perception extérieure crée un monde de phénomènes dans lequel nous nous débattons, mais il nous est loisible de nous en dégager par un travail de réflexion et d'abstraction, qui nous fera saisir par delà ces phénomènes la hiérarchie des lois.

« Il n'y a rien de réel dans les corps que leurs mouvements ^ », c'est-à-dire le jeu de ces

l. De l'Intelligence, Préface, p. 8.

lois que notre perception sensible nous fait saisir comme des êtres particuliers et des événements isolés. « La substance matérielle est un fantôme créé par les sens ^ » ; nous imaginons sous la collection des phénomènes que nous percevons dans les corps, un principe permanent, source et soutien de ces phénomènes* C'est une illusion à laquelle nous nous laissons prendre. En réalité « il n'y a ni esprits, ni corps, mais simplement des groupes de mouvements ^ », et ces mouvements « considérés directement en eux-mêmes se ramènent à une suite continue de sensations infiniment simplifiées et réduites ». Aussi les événements physiques « ne sont-ils qu'une forme rudimentaire des événements moraux » ; les éléments sont les mêmes, toute la différence gît dans un développement plus ou moins grand de ces éléments. De telle sorte que « nous arrivons à concevoir le corps sur le modèle de Tesprit ; l'un et l'autre sont un courant d'événements homogènes que la conscience appelle des sen* sations, que les sens appellent des mouvements ^ . »

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