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LA SOCIÉTÉ

QUE la vie soit en toute chose, qu'elle se prodigue à tous les êtres, c'est là le postulat d'une induction où la réflexion se hasarde en tâtonnant. L'observation directe est inapte à nous le révéler. Mais pour, moins subtil que soit peut-être son procédé, il est plus sûr ; et en deçà de ce caractère qui serait commun à tous les êtres, elle nous fait. voir en eux des diversités nombreuses et des aspects multiples.

Il est un caractère qui distingue essentiellement les choses que nous disons inanimées, des choses que nous disons animées. Les premières ont un caractère de permanence que les secondes n'ont pas ; celles-là demeurent, celles-ci passent et se reproduisent. On peut donc con-

cevoir la matière inerte comme uhe condition de la matière vivante, puisque le renouvellement de la vie s'effectue dans un état de dépendance vis-à-vis de la permanence de la matière inerte. Sans descendre jusque dans le détail des sciences qui se partagent ces deux ordres, Taine en a fait en quelque sorte la philosophie ; nous avons vu les conclusions auxquelles il s est arrêté dans son étude du monde physique. Poussant plus loin ses investigations, il a recherché les lois qui dominent l'évolution de la matière vivante, et plus particulièrement de cette portion d'elle-même qu on appelle la race humaine. Aussi bien, la psychologie trouve-t-elle dans l'homme son véritable objet ; et somme toute, la philosophie de Taine n'en a pas d'autre.

Après s'être efforcé de percer le mystère qui entoure la cause première, le dieu dont l'homme est un des membres, après avoir établi les principes du monde dont il est un atome, il fallait étudier ses alentours immédiats, les sociétés qui CTiveloppent sa naissance et conditionnent son développement. L'étude des sociétés humaines, qui a toujours été au premier rang des préoccupations intellectuelles de Taine, constitue l'objet d'une science qu'on a appelée la sociologie.

Fidèle à sa conception unitaire de l'univers,

Taine s*est efforcé de ramener toutes les lois particulières que révèle cette science, à une loi générale qui les résumât toutes. C'est la loi des Facteurs Primordiaux, Cette loi est — comme on la dit de la « loi des trois états » dans la sociologie d'Auguste Comte — « 1 épine dorsale )) de la sociologie de Taine ^

Tous les phénomènes sociaux s'expliquent par le jeu de cette loi : toutes les lois qui régissent la société humaine dérivent d'elle. Quel que soit le phénomène social que l'on envisage, son apparition et sa nature s'expliquent toujours par l'action de trois facteurs : la race, le milieu et le moment.

Etant donné tel milieu, telle race, à tel moment de l'évolution de celle-ci, tout événement quelconque, production littéraire ou artistique, institution sociale ou religieuse, fait politique ou individuel, sera le produit de ces trois facteurs. La loi des Facteurs primordiaux est une loi nécessaire et universelle.

La race, c'est l'ensemble des caractères, des façons de sentir et de penser, que manifeste une portion de l'humanité, et qui la distinguent des autres portions, dotées elles-mêmes de carac-

1. Sluart Mill, Auguste Comte et le Positivisme, p. 14. — Cilé par Defourny, La Sociologie Positiviste, p. 24.

tères dislinclifs et propres. Le groupement humain n'est pas seulement géographique, il est aussi ethnographique ; au sein de l'humanité se forment des groupes d'espèces différentes qu'on appelle les races humaines. Pour comprendre cette différenciation, qui se poursuit jusqu'à la formation des communautés locales dont le folk-lore nous apprend les pittoresques traditions particulières et les institutions propres, il faut se reporter à la loi darwinienne de l'adaptation au milieu.

« Par Ibus ses développements l'animal humain continue l'animal brut ^. » Tous deux ont obéi aux mêmes lois, et pour la même raison qu'il y a des espèces animales, il y a des races humaines ; les unes et les autres se sont adap- ' tées au milieu. Probablement n'y faut-il voir que des produits différenciés d'une même matière primitive. La science n'est pas encore assez avancée pour permettre de trancher d'une façon catégorique la question de l'origine des espèces, mais on peut affirmer que « dès qu'un animal vit, il faut qu'il s'accommode à son milieu ^. )) La même nécessité s'impose à l'homme. Aussi, <( parmi ses gestes, ses attitudes, ses idées, ses

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